L’Encyclopédie/1re édition/CAIMACAN ou CAIMACAM

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 536).
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CAIMACAN ou CAIMACAM, s. m. (Hist. mod.) dignité dans l’empire Ottoman qui répond à celle de lieutenant ou de vicaire parmi nous.

Ce mot est composé de deux mots Arabes, qui sont caim machum, celui qui tient la place d’un autre, qui s’acquite de la fonction d’un autre.

Il y a pour l’ordinaire deux caimacans : l’un réside à Constantinople, dont il est gouverneur ; l’autre accompagne toûjours le grand-visir en qualité de lieutenant. Quelquefois il y en a trois, dont l’un ne quitte jamais le grand-seigneur, l’autre le grand-visir, & le troisieme réside à Constantinople, où il examine toutes les affaires de police & les regle en partie.

Le caimacan qui accompagne le grand-visir n’exerce sa fonction que quand il est éloigné du grand-seigneur, & sa fonction demeure suspendue quand le visir est auprès du sultan. Le caimacan du visir est comme son secrétaire d’état, & le premier ministre de son conseil.

Un auteur moderne, qui après beaucoup d’autres a écrit sur le gouvernement des Turcs, parle ainsi du caimacan : « Le caimacan est proprement le gouverneur de la ville de Constantinople ; il a rang après les visirs, & son pouvoir égale celui des bachas dans leurs gouvernemens ; cependant il ne peut rien statuer par rapport à l’administration de la justice ou le reglement civil, sans un mandement du visir.

» Si ce ministre est engagé dans quelqu’expédition militaire, & que le grand-seigneur soit resté au sérail, ce prince nomme toûjours un des visirs du kubbe ou un bacha à trois queues, rekiaf kaimacan, c’est-à-dire, député pour tenir l’étrier. Le visir azem ne fait donner cette charge qu’à une de ses créatures, de peur qu’un autre abusant du privilége de sa place, qui veut qu’en l’absence du premier ministre le caimacan ne quitte jamais sa hautesse, ne profite de la conjoncture pour le supplanter.

» Cet officier est chargé, dans l’absence du visir, de toutes les affaires qui regardent le gouvernement, & que le visir décideroit s’il étoit présent : mais il ne peut pas créer de nouveaux bachas, ni dégrader ceux qui le sont, ou en mettre aucun à mort. Dès que le premier ministre est de retour, le pouvoir du caimacan cesse. Il n’a nulle autorité dans les villes de Constantinople & d’Andrinople, tant que le sultan y est présent : mais si ce prince s’en absente seulement huit heures, l’autorité du caimacan commence, & va presque de pair avec celle du souverain ». Guer, Mœurs des Turcs, tome II. (G)