L’Encyclopédie/1re édition/CENSAL

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 817).
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CENSAL, s. m. (Commerce.) terme en usage sur les côtes de Provence & dans les échelles du Levant. Il signifie la même chose que courtier. V. Courtier.

Les marchands & négocians payent ordinairement un demi pour cent au censal pour son droit de censerie ou de courtage. Voyez Courtage.

La plûpart des censals du Levant, mais particulierement ceux qui font la censerie ou courtage au grand Caire, sont Arabes de nation. Dans les négociations qui se font entre les marchands Européens & ceux du pays, ou pour l’achat ou la vente des marchandises, tout se passe en mines & en grimaces ; & c’est sur-tout une comédie quand le censal veut obliger le marchand Européen de payer la marchandise de son compatriote à son premier mot, ou du moins de n’en guere rabattre.

Lorsque l’Européen a fait son offre, toûjours au-dessous de ce que le vendeur en demande, le censal Arabe fait semblant de se mettre en colere, hurle & crie comme un furieux, s’avance comme pour étrangler le marchand étranger, sans pourtant lui toucher. Si cette premiere scene ne réussit pas, il s’en prend à lui-même, déchire ses habits, se frappe la poitrine à grands coups de poing, se roule à terre, & crie comme un desesperé, qu’on insulte un marchand d’honneur, que sa marchandise n’a point été volée pour en mesoffrir si extraordinairement. Enfin le négociant d’Europe accoûtumé à cette burlesque négociation, restant tranquile & n’offrant rien de plus, le censal reprend aussi sa tranquillité, lui tend la main, & l’embrasse étroitement en signe de marché conclu, & finit la piece par ces mots halla quebar, halla quebir, Dieu est grand & très-grand, qu’il prononce avec autant de sens-froid qu’il a marqué auparavant de véhemence & d’agitation. Dictionn. du Comm. (G)