L’Encyclopédie/1re édition/CEREALIA

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 838).
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CEREALIA, (Hist. anc.) fêtes de Cerès, instituées par Triptoleme, fils de Celéus, roi d’Eleusine, dans l’Attique, en reconnoissance de ce que Cerès, qu’on croyoit avoir été sa nourrice, lui avoit appris l’art de cultiver le blé & d’en faire du pain.

On célebroit à Athenes deux fêtes de cette déesse ; l’une nommée Eleusines, & l’autre Thesmophories. Voyez Eleusines & Thesmophories.

Toutes deux, & en général toutes les solennités de Cerès avoient cela de commun, qu’on les célebroit avec beaucoup de religion & de tempérance, jusques-là qu’on s’abstenoit du vin & de tout commerce avec les femmes pendant ce tems-là, pour honorer une divinité qui s’étoit distinguée par sa chasteté & sa sobriété. Quelques critiques ont même prétendu qu’en memoire de ces deux vertus, on n’offroit point de vin à la déesse dans ses sacrifices, & que les libations s’y faisoient seulement avec du mulsum, sorte de mixtion de vin & de miel bouillis ensemble ; & que c’est ce que Virgile appelle miti bactho, du vin adouci : cependant Caton assûre expressément qu’on s’y servoit de vin : d’autres croyent que Cerès seule n’étoit pas honorée dans ces fêtes, qu’on y révéroit encore Bacchus & Hercule, en leur sacrifiant des porcs ou des truies avec du mulsum, à cause que ces animaux causent beaucoup de degât aux biens de la terre, dont Cerès & Bacchus étoient regardés comme les divinités tutélaires.

Ces fêtes passerent des Grecs aux Romains, qui les célebroient pendant huit jours, à compter depuis le cinquieme des ides d’Avril. Les dames seules vêtues de blanc, y faisoient l’office de prêtresses ; & les hommes habillés de la même couleur, celui de simples spectateurs. Toute personne en deuil ou qui avoit assisté à des funérailles, étoit exclue de cette solennité : & après la bataille de Cannes, comme toute la ville étoit dans un deuil universel, on fut obligé de remettre à une autre année les fêtes de Cerès : entre les autres cérémonies, celle-ci étoit remarquable, on ne mangeoit que le soir après soleil couché, parce que Cerès en avoit fait de même en cherchant sa fille Proserpine enlevée par Pluton. On y couroit encore çà & là avec des flambeaux, pour représenter les courses inquietes de cette mere alarmée. On y portoit en pompe, selon Macrobe, un œuf, ovum in cerealis pompæ apparatu numerabatur primum ; & cet œuf, dit-on représentoit le monde ou la terre, que Cerès avoit enrichie par le blé. Au sacrifice succédoient des festins, suivis de combats de gladiateurs, & de courses de chariots dans le cirque. Les prêtres de Cerès chez les Grecs étoient nommés Eumolpides, d’Eumolpe fils de Triptoleme ; on les appelloit encore taciti mystæ, parce qu’il ne leur étoit pas permis de divulguer les mysteres de la déesse. (G)