L’Encyclopédie/1re édition/CHATIMENT

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* CHATIMENT, s. m. terme qui comprend généralement tous les moyens de sévérité, permis aux chefs des petites sociétés, qui n’ont pas le droit de vie & de mort ; & employés, soit pour expier les fautes commises par les membres de ces sociétés, soit pour les ramener à leur devoir & les y contenir. La fin du châtiment est toûjours ou l’amendement du châtié, ou la satisfaction de l’offensé. Il n’en est pas de même de la peine, voyez Peine. Sa fin n’est pas toûjours la réformation du coupable, puisqu’il y a un grand nombre de cas où l’espérance d’amendement vient à manquer, & où la peine peut être étendue jusqu’au dernier supplice. Quant à l’autorité des chefs des petites sociétés, voyez Peres, Maîtres, Supérieurs, &c. c’est le souverain qui inflige la peine ; c’est un supérieur qui ordonne le châtiment. Les lois du gouvernement ont désigné les peines ; les constitutions des sociétés ont marqué les châtimens. Le bien public est le but des unes & des autres. Les peines & les châtimens sont sujets à pécher par excès ou par défaut. Comme il n’y a aucun rapport entre la douleur du châtiment & de la peine, & la malice de l’action, il est évident que la distribution des peines & des châtimens, relative à l’énormité plus ou moins grande des fautes, a quelque chose d’arbitraire ; & que, dans le fond, il est tout aussi incertain si l’on s’acquitte d’un service par une bourse de loüis, que si l’on fait expier une insulte par des coups de bâton ou de verges ; mais heureusement, que la compensation soit un peu trop forte, ou trop foible, c’est une chose assez indifférente, du moins par rapport aux peines en général, & par rapport aux châtimens désignés par les regles des petites sociétés. On a connu ces regles, en se faisant membre de ces sociétés ; on en a même connu les inconvéniens ; on s’y est soûmis librement ; il n’est plus question de reclamer contre la rigueur. Il ne peut y avoir d’injustices que dans les cas où l’autorité est au-dessus des lois, soit que l’autorité soit civile, soit qu’elle soit domestique. Les supérieurs doivent alors avoir présente à l’esprit, la maxime, summum jus, summa injuria ; peser bien les circonstances de l’action ; comparer ces circonstances avec celles d’une autre action, où la loi a prescrit la peine ou le châtiment, & mettre tout en proportion ; se ressouvenir qu’en prononçant contre autrui, on prononce aussi contre soi-même, & que si l’équité est quelquefois sévere, l’humanité est toûjours indulgente ; voir les hommes plûtôt comme foibles que comme méchans ; penser qu’on fait souvent le rolle de juge & de partie ; en un mot se bien dire à soi-même que la nature n’a rien institué de commun entre des choses dont on prétend compenser les unes par les autres, & qu’à l’exception des cas où la peine du talion peut avoir lieu, dans tous les autres on est presque abandonné au caprice & à l’exemple.

Chatimens militaires, sont les peines qu’on impose à ceux qui suivent la profession des armes, lorsqu’ils ont manqué à leur devoir.

Les Romains ont porté ces châtimens jusqu’à la plus grande rigueur. Il y a eu des peres qui ont fait mourir leurs enfans ; entr’autres le dictateur Posthumius qui fit exécuter à mort son propre fils, après un combat où il avoit défait les ennemis, parce qu’il avoit quitté son poste sans attendre ses ordres. Lorsqu’il arrivoit qu’un corps entier, par exemple une cohorte, avoit abandonné son poste, c’étoit, selon Polybe, un châtiment assez ordinaire de la décimer par le sort, & de faire donner la bastonnade à ceux sur qui le malheur étoit tombé. Le reste étoit puni d’une autre maniere ; car au lieu de blé, on ne leur donnoit que de l’orge, & on les obligeoit de loger hors du camp exposés aux insultes des ennemis.

Les François, lors de l’origine ou du commencement de leur monarchie, userent aussi d’une grande séverité pour le maintien de la police militaire ; mais cette séverité s’est insensiblement adoucie. On se contente de punir les officiers que la crainte ou la lâcheté ont fait abandonner de bons postes, par la dégradation des armes & de la noblesse.

Le capitaine Franget ayant été assiégé dans Fontarabie, sous François I. en 1523, & s’étant rendu au bout d’un mois, quoique rien ne lui manquât pour soûtenir un plus long siége ; après la prise de la place il fut conduit à Lyon, & mis au conseil de guerre ; il y fut déclaré roturier, lui & tous ses descendans, avec les cérémonies les plus infamantes.

M. du Pas ayant en 1673 rendu Naerden au prince d’Orange, après un siége de huit jours, qu’on prétendit qu’il pouvoit prolonger beaucoup plus de tems, fut aussi mis au conseil de guerre après la prise de la place, & dégradé de noblesse & des armes, pour s’être rendu trop tôt. Il obtint l’année d’ensuite de servir à la défense de Grave, où il fut tué, après avoir fait de belles actions qui rétablirent sa réputation. Ces sortes d’exemples sont beaucoup plus communs en Allemagne qu’en France. M. le comte Darco, ayant rendu Brisack en 1703, après 13 jours de tranchée ouverte, fut condamné à avoir la tête tranchée, ce qui fut exécuté.

Le maréchal de Crequi étant assiégé dans Treves après la perte de la bataille de Consarbick, & quelques officiers de la garnison ayant traité avec l’ennemi pour lui remettre la ville, ce qu’ils exécuterent malgré ce maréchal : la garnison ayant été conduite à Metz, les officiers les plus coupables furent condamnés à avoir la tête tranchée ; les autres furent dégradés de noblesse, & l’on décima aussi les soldats, parce que M. de Crequi s’étant adressé à eux, ils avoient refusé de lui obéir.

La desertion se punit en France par la peine de mort. On fait passer les soldats par les armes ; mais s’il y en a plus de trois pris ensemble, on les fait tirer au sort. Voyez Deserteur.

Il y a des crimes pour lesquels on condamne les soldats au foüet ; il y en a d’autres plus legers pour lesquels on les met sur le cheval de bois. C’est ainsi qu’on appelle deux planches mises en dos d’âne, terminées par la figure d’une tête de cheval, élevées sur deux treteaux dans une place publique, où le soldat est comme à cheval avec beaucoup d’incommodité, exposé à la vûe & à la dérision du peuple. On lui pend quelquefois des fusils aux jambes, pour l’incommoder encore davantage par ce poids.

C’est encore un châtiment usité que celui des baguettes. Le soldat a les épaules nues, & on le fait passer entre deux haies de soldats qui le frappent avec des baguettes. Ce châtiment est infamant, & l’on n’y condamne les soldats que pour de vilaines actions. On les casse & on les chasse quelquefois de la compagnie après ce supplice. (Q)