L’Encyclopédie/1re édition/CHEMISE

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

* CHEMISE, s. f. est la partie de notre vêtement qui touche immédiatement à la peau ; elle est de toile plus ou moins fine, selon la condition des personnes. Celle des femmes est une espece de sac, fait d’un même morceau de toile, plié en deux. On coût les côtés sur toute leur longueur, excepté par en-haut où l’on laisse deux ouvertures pour y assembler les manches, & par en-bas pour y ajuster des pointes ou morceaux de toile coupés en triangle, qui donnent à la chemise plus d’ampleur par le bas que par le haut, & lui font faire la cloche. On échancre le haut du sac ; mais l’échancrure n’est pas divisée en deux parties égales par le pli du morceau de toile dont une des parties forme le devant de la chemise, & l’autre le derriere. Elle est toute prise sur le devant ; cependant la chemise laisse le cou entier & une petite portion des épaules découvertes par-derriere, & la moitié de la gorge au moins par-devant. On fait un ourlet au bas & au-haut. On orne assez souvent le haut d’une petite bande de toile plus fine, ou d’une dentelle, qu’on appelle tour-de-gorge. La chemise descend presque jusqu’au coup-de-pié ; les deux manches ne vont guere au-delà du coude. On appelle gousset, les morceaux de toile qui sont placés sous les aisselles, & qui servent à assembler dans ces endroits les manches avec le corps de la chemise. Elles sont partout de la même largeur, excepté vers leurs extrémités, où elles sont retrécies & froncées sur un poignet ou sur un ruban de fil, qui entoure assez exactement le bras.

La chemise des hommes ne descend guere au-delà des génoux ; elle est ouverte par les deux côtés, où l’on ajuste deux petites pointes ou coins pour assujettir la couture ; & sur la poitrine, pour empêcher la toile de se déchirer & de s’ouvrir davantage, on la contient avec un petit cœur & une bride. Les manches en descendent jusqu’au-delà des mains ; mais elles s’attachent sur l’extrémité du bras par le moyen de poignets à boutonniere. Les côtés n’en sont pas cousus jusqu’au bout, on en laisse une partie ouverte de la longueur d’un douzieme, qu’on appelle la fourchette. Les manches ont aussi leurs goussets. Comme nos chemises fatiguent beaucoup sur les épaules, on couvre ces deux parties de morceaux de toile qui les fortifient, & qu’on appelle écussons ; on fixe les écussons sur le corps de la chemise, par de petites bandes qui sont cousues depuis le cou jusqu’à l’endroit où les manches s’assemblent à la chemise, & qui partagent les écussons en deux parties égales : on appelle ces bandes épaulettes. Les côtés ouverts, les bords inférieurs, & l’ouverture du devant de la chemise sont ourlés : on ajuste ordinairement tant au bord des poignets & des fourchettes qu’à l’ouverture de dessus la poitrine, des morceaux d’une toile plus fine, simple, ou brodée, ou des dentelles ; celles des poignets s’appellent manchettes, voyez Manchettes celle de l’ouverture du devant s’appelle jabot, voyez Jabot.

Pour une chemise d’homme, il faut trois aunes de toile ; deux aunes pour le morceau du corps, & une aune pour les manches ; sur cette aune on fait une levée de la hauteur d’un demi-quart ou environ, qui sert pour le col, l’épaulette, l’écusson, les goussets, les petits coins des côtés, & la petite piece de devant. Il ne faut pas que la toile ait plus de deux tiers de large, ni moins.

Pour une chemise de femme grande, il faut deux aunes & un quart de toile ou environ pour le corps ; si la toile n’a que deux tiers, on leve une pointe de chaque côté des épaules ; si elle a trois quarts, on fait une levée droite sur le côté de la lisiere, qui servira pour les deux pointes. Vous donnerez de largeur à cette levée, le quart de la largeur de la toile. La manche a demi-aune environ d’amplitude, & un quart ou un tiers tout au plus de longueur.

On appelle chemise en amadis, des chemises d’hommes faites pour la nuit, d’une toile moins mince, & dont la façon ne differe principalement des chemises de jour que par la largeur & l’extrémité des manches. Les manches sont plus étroites, & leur extrémité qui s’applique presqu’exactement sur le bras, depuis l’ouverture de la fourchette & même au-delà, est fortifiée par un morceau de toile qui double la manche en-dessous. Les anciens n’ont point usé de chemises. On a transporté le nom de chemise dans les Arts, par l’analogie des usages, à un grand nombre d’objets différens. Voyez la suite de cet article.

Chemise, en terme de Fortification, se dit du revêtement du rempart. Voyez Revêtement.

Le mur dont la contrescarpe est revêtue, se nomme aussi la chemise de cette partie. (Q)

Chemises à feu, (Art milit.) morceaux de toile trempés dans une composition d’huile de petrole, de camphre, & autres matieres combustibles. On s’en sert sur mer pour mettre le feu à un vaisseau ennemi. (Q)

Chemises de mailles, c’est un corps de chemises fait de plusieurs mailles ou anneaux de fer, qu’on mettoit autrefois sous l’habit pour servir d’arme défensive. (Q)

Chemise, (Ecriture.) lettre en chemise ou à la duchesse, espece d’écriture tracée tout au rebours de l’écriture ordinaire. Les pleins y tiennent la place des déliés, & les déliés la place des pleins. Il faut que la plume soit très-fendue, & taillée à contre-sens, ou comme disent les maîtres écrivains, en fausset.

Chemise, s. f. (Commerce.) morceau de toile qui enveloppe immédiatement les marchandises précieuses, telles que la soie, le lin, & autres, qu’on emballe pour des lieux éloignés. On met entre la chemise & la toile d’emballage, de la paille, du papier, du coton, & autres choses peu coûteuses, mais capables de garantir les marchandises.

Chemise, (Maçonn.) est une espece de maçonnerie faite de cailloutage, avec mortier de chaux & ciment, ou de chaux & sable seulement, pour entourer des tuyaux de grès.

On appelle encore chemise le massif de chaux & ciment qui sert à retenir les eaux, tant sur le côté que dans le fond des bassins de ciment. Voyez Massif. (K)

Chemise, s. f. (Métallurgie & Fonderie.) c’est la partie intérieure du fourneau à manche dans lequel on fait fondre les mines, pour en séparer les métaux. Lorsque le fourneau a été une fois construit, on a soin de le revêtir par le dedans ; on se sert pour cela de briques sechées au soleil, ou de pierres non vitrifiables, & qui soient en état de résister à l’action du feu, afin que les scories & les fondans que l’on mêle à la mine ne puissent point les mettre en fusion. Cependant, malgré cette précaution, on ne laisse pas d’être très-souvent obligé de renouveller la chemise, sur-tout dans les fourneaux où l’on fait fondre du plomb, parce que ce métal est très-aisé à vitrifier, & qu’il est très-difficile ou même impossible que le feu n’altere & ne détruise des pierres qui sont continuellement exposées à toute sa violence. Une des observations nécessaires, lorsqu’on met la chemise du fourneau, c’est de lier les pierres avec le moins de ciment qu’il est possible. (—)

* Chemise ou Demi-chemise, (Verrerie.) c’est ainsi qu’on appelle le revêtement de la couronne. Il est de la même terre que celle qu’on a employée pour les briques de la couronne, & son épaisseur est de quatre pouces ou environ. Voyez les art. Couronne & Verrerie.