L’Encyclopédie/1re édition/COEFFURE

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COEFFURE, s. f. en terme de Marchand de modes, est proprement tout ce qui sert à couvrir la tête des femmes, dans le négligé, demi-négligé, & dans l’ajusté. Ce terme sera bientôt au nombre de ceux auxquels on n’attache plus d’idées ; déjà la moitié des dames ont trouvé le moyen de se coëffer sans coëffure.

Cette partie de l’ajustement des femmes a été de tout tems sujette à bien des révolutions, tant chez les Grecs que chez les Romains & les autres nations ; il est impossible d’en faire mention. Les modes changeoient alors comme aujourd’hui : en dix-neuf ans du regne de Marc Aurele, sa femme paroît avec trois ou quatre coëffures différentes. Chacune de ces modes avoit son nom. Loin de connoître celui des pieces de toutes ces coëffures, nous n’avons seulement pas ceux de la coëffure entiere : il y en a en cheveux, d’autres en perles & pierres précieuses, &c.

Les coëffures sont faites le plus ordinairement de belles dentelles, de gase, de blonde, &c. Les veuves en portent de mousseline unie, ourlée tout-autour d’un grand ourlet large & plat. Les femmes d’artisans en portent de mousseline & de batiste ; & les femmes au-dessus du commun se servent de ces coëffures pour la nuit.

Les coëffures à quatre barbes sont de deux pieces, dont celle de dessous est plus large que celle de dessus ; il y faut près de six aulnes de der telle ; car pour les barbes on coud deux dentelles de la même façon à côté l’une de l’autre, ce qui forme la largeur de la barbe, qui peut avoir demi-aulne de long, & est tout en plein de dentelle : le bas forme une coquille plissée : le dessus de tête est aussi de la même dentelle, & tient aux barbes ; il peut avoir un quart & demi de long, & est attaché ou monté sur un morceau de mousseline unie, ou rayée, ou brodée : en la cousant à ce morceau, on plisse cette dentelle de plusieurs plis. C’est sur la seconde piece que l’on monte le fer qui forme le gros pli du milieu, qui se pose sur la premiere piece. Les pieces s’accolent l’une sur l’autre ; elles se montent ensuite sur un bonnet piqué, & s’y attachent avec de petites épingles.

Il y a aussi des coëffures appellées à bavolet, parce que la seconde piece, qui n’est à proprement parler qu’un dessus de tête sans barbe, s’appelle bavolet ; mais il fait le même effet que les coëffures à deux pieces.

L’on garnit toutes ces coëffures en-dessus de rubans de différentes couleurs, & qui y sont assujettis avec de petites épingles. La façon de les poser differe suivant les modes.

Autrefois, c’est-à-dire il y a quarante ou quarante-cinq ans, les coëffures de femmes étoient beaucoup plus larges, & montées sur des fers à trois, quatre, cinq, ou six branches de chaque côté, qui étoient plus courtes les unes que les autres, qui formoient de gros plis tout-autour du visage qui représentoient des tuyaux d’orgue.

Aujourd’hui les femmes ne sont coeffées qu’avec de petites coëffures qui, quand elles sont montées, ne sont pas plus larges que la paume de la main ; les cheveux qui sont frisés font le reste de la coëffure. On appelle cette façon de coeffure, en-arriere.

L’on fait aussi des coëffures de geai monté sur du fil-de-laiton, que l’on appelle coëffures en comete.

Ce seroit encore ici une longue affaire de nomenclature, que de rapporter toutes les variétés que les coëffures ont eu, & tous les noms qu’on leur a donnés selon ces variétés.