L’Encyclopédie/1re édition/COUCHÉ

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COUCHÉ, participe, (la maniere de se tenir), Méd. posture dans laquelle on se tient au lit, soit en maladie ou en santé ; c’est ce que les Latins nomment en un seul mot decubitus, & nous le disons en trois ou quatre. Nous manquons presque toûjours de substantifs pour exprimer sans périphrase les actions animales ; c’est un défaut de notre langue qu’il seroit bon de rectifier à l’imitation de nos voisins.

On juge assez bien par la posture dans laquelle on se tient couché, de la force ou de la foiblesse de la faculté motrice ; car lorsqu’il arrive que le corps se meut avec peine, qu’il a de la difficulté à se tourner ou à demeurer debout, c’est un signe que la faculté animale est diminuée, affaissée ; tant qu’elle demeure dans son entier, le corps se meut aisément, se tourne ou se leve suivant la volonté : les bras, les mains & la tête se soûtiennent en l’air.

Il est assez indifférent d’être couché sur le dos, du côté droit, ou du côté gauche ; car plusieurs personnes par habitude, & sur-tout les enfans, se couchent de toutes les façons.

Hippocrate, parlant de la meilleure maniere de se tenir couché, dit que le medecin doit trouver le malade couché sur l’un des côtés, avec les bras, le cou & les jambes un peu retirés, & tout le corps dans une situation libre & commode, comme cela est ordinaire à ceux qui sont en santé. On sent en effet qu’une telle posture indique la force conservée de la faculté motrice des muscles, sans aucun degré de tension préter-naturelle.

Quand les forces sont affoiblies, on aime à être couché sur le dos, les bras & les jambes étendues & sans mouvement ; mais ne pouvoir demeurer longtems dans la même position, ni rester couché sur le même côté, & néanmoins sentir de la difficulté à changer de posture, voilà des indications de maladie.

Demeurer couché sur le dos, un moment après se découvrir, éloigner continuellement les couvertures du lit, s’agiter, tenter de dormir dans une position différente de l’ordinaire, ne pouvoir rester couché que d’une même maniere, & toûjours d’une façon inquiete ; ce sont des signes d’un état de maladie encore plus grave.

Quand cette inquiétude continue dans les douleurs d’estomac, dans la dépravation ou l’abondance des humeurs, dans l’inflammation, la colique, la fievre maligne, les douleurs aiguës par tout le corps, la tension, l’enflure & l’inflammation du bas-ventre ; alors le danger devient beaucoup plus grand, & réquiert la guérison de ces divers maux.

Par la mauvaise façon dont on est couché dans l’esquinancie, la péripneumonie, la pleurésie, l’empiême, la phthisie, l’asthme ; on a lieu de juger que la poitrine, les poumons, & les organes de la respiration sont accablés avec danger : mais il ne faut pas moins craindre la mauvaise maniere d’être couché dans le délire, la phrénésie, l’assoupissement, & semblables maladies, parce qu’elles signifient l’action troublée du cerveau.

Dans les maladies aiguës, les fievres ardentes continues, dans l’inflammation, dans la grande foiblesse ; la maniere d’être couché indique des anxiétés dangereuses, ou une métastase fâcheuse dans les parties internes, comme il arrive quelquefois dans la rougeole, la petite vérole, & le pourpre.

Lorsque le malade, dans les maux qu’on vient de détailler, demeure couché sur le dos, dort continuellement la bouche ouverte, les jambes courbées & entrelacées, ou ne dort point dans cette posture, que la respiration est en même tems empêchée, c’est un fort mauvais signe : l’ouverture seule de la bouche désigne alors une résolution particuliere dans les muscles de la mâchoire inférieure, & un grand affaissement dans toute la machine.

Si le malade se tient couché les jambes découvertes, sans ressentir de chaleur violente, s’il jette ses bras, son corps, & ses jambes de côté & d’autre, ou qu’il se couche sur le ventre contre son ordinaire ; ces signes présagent de l’inflammation dans quelque partie du bas-ventre, une fievre interne, ou le délire.

Quand le malade repose sur le dos, avec les bras & les jambes étendues, ou extrèmement retirées, la tête renversée sur l’oreiller, le menton élevé ou entierement panché, les yeux hagards, & les extrémités froides ; tous ces symptomes réunis annoncent une mort prochaine.

Ainsi, suivant la connoissance des causes qui produisent dans le malade les diverses postures qu’il tient étant couché, & l’examen réitéré que le medecin donne à ces causes & à ces postures, il peut presque prédire les convulsions, l’hémorrhagie, le sphacele, l’accouchement, l’avortement, le délire, les crises prochaines, la mort. Mais cette science du prognostic est le fruit du génie & du talent de l’observation ; deux qualités rares. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Couché, adj. en termes de Blason, se dit du cerf, du chien, du lion, & autres animaux.

Caminga, au pays de Frise, d’or au cerf couché de gueules, accompagné de trois peignes. (V)

Couché, s. m. (Brodeur.) point de broderie qui se fait en cousant avec de la soie, l’or, ou l’argent, que l’on devide de dessus la broche à mesure qu’on les employe.

Couché, adj. se dit, chez les ouvriers en soie, d’un arrangement convenable de la trame dans l’ouvrage. Pour que la soie soit bien couchée, il faut qu’elle ne soit point tortillée, lâche, ou inégalement placée entre les fils de chaîne ; précautions nécessaires à la perfection de l’ouvrage.

Couché, (Géog. mod.) petite ville de France dans le Poitou, sur une petite riviere qui se jette dans le Ciain.