L’Encyclopédie/1re édition/DÉPUTÉ

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
DÉRAC  ►

* DÉPUTÉ, AMBASSADEUR, ENVOYÉ. L’ambassadeur & l’envoyé parlent au nom d’un souverain, dont l’ambassadeur représente la personne, & dont l’envoyé n’explique que les sentimens. Le député n’est que l’interprete & le représentant d’un corps particulier, ou d’une société subalterne. Le titre d’ambassadeur se présente à notre esprit avec l’idée de magnificence ; celui d’envoyé, avec l’idée d’habileté ; & celui de député, avec l’idée d’élection. On dit le député d’un chapitre, l’envoyé d’une république, l’ambassadeur d’un souverain.

Député, adj. pris subst. (Hist. mod.) est une ou plusieurs personnes envoyées ou députées au nom & en faveur d’une communauté. Voyez Député.

Plusieurs provinces de France envoyent tous les ans des députés au Roi, pour lui présenter le cahier des états. Ces députés sont toûjours au nombre de trois ; un pour le clergé, l’autre pour la noblesse, & le dernier pour le peuple ou le tiers-état. Le député du clergé porte toûjours la parole.

Dans toutes les villes de Turquie il y a toûjours des députés, pour traiter ainsi avec les officiers du grand-seigneur, des impôts & de toutes leurs autres affaires. Ces députés sont trois ou quatre des plus riches & des plus considérables d’entre les bourgeois.

Nous avons de même en France des députés du Commerce, qui sont des négocians extrèmement versés dans cette matiere, résidans à Paris, de la part des principales villes maritimes & commerçantes du royaume, telles que Nantes, Bordeaux, Lyon, avec des appointemens de la part de ces villes, pour veiller aux intérêts & poursuivre les affaires de ces négocians au conseil du Commerce.

Député, chez les Anglois, ne suppose souvent qu’une commission ou emploi, & non une dignité ; ensorte qu’on s’en sert indifféremment pour un vice ou lieutenant. Voyez Lieutenant.

Chez les anciens, deputatus a premierement été appliqué aux Armuriers ou ouvriers que l’on employoit dans les forges à fabriquer les armes, &c. & secondement à ces hommes actifs qui suivoient l’armée, & qui étoient chargés de retirer de la mêlée & de soigner les blessés.

Deputatus, ΔΕΠΟΥΤΑΤΟΣ, étoit aussi dans l’église de Constantinople un officier subalterne, dont les fonctions étoient d’aller chercher les personnes de condition auxquelles le patriarche vouloit parler, & d’empêcher la presse sur le passage de ce prélat.

Il paroît que cet officier étoit une especé d’huissier, qui étoit outre cela chargé du soin des ornemens sacrés ; en quoi son office ressembloit en quelques parties à celui de sacristain. Chambers & Trév. (G)

Députés du Clergé : ils sont tirés tant du premier que du second ordre, qui dans les assemblées de ce corps représentent les provinces ecclésiastiques, & en stipulent les intérêts : ceux de l’université ou des cours souveraines vont au lieu de la députation présenter le vœu de leur ordre ou compagnie : ainsi après la victoire de Fontenoy, le Roi fut complimenté par des députés de toutes les cours, souveraines, qui se rendirent pour cet effet au camp devant Tournay. (G)

Député du Tiers-état, (Histoire mod.) nous traduisons ainsi le mot anglois commoner ; nom qu’on donne aux membres de la chambre des communes, en opposition à celui de pair ou de seigneur, que l’on donne aux membres de la chambre-haute. Ces députés peuvent être choisis parmi toutes sortes de personnes au-dessous du rang de baron, c’est-à-dire parmi les chevaliers, les écuyers, les gentilshommes, les fils de la noblesse, &c. Voyez chacun de mots sous son propre article, Chevalier, Écuyer, &c. (G)

Député du Commerce, (Comm.) c’est un marchand, négociant, faisant actuellement le commerce, ou qui l’a exercé pendant plusieurs années, qui est élû à la pluralité des voix ou par le scrutin dans l’assemblée générale des chambres particulieres de Commerce établies dans quelques-unes des principales villes de France, pour assister au nom de la chambre dont il est député, au bureau général du Commerce établi à Paris, ou en poursuivre les affaires au conseil royal de Commerce.

Il n’y a que le député des états de la province de Languedoc qui soit dispensé de la profession actuelle du négoce, ou du moins exercée pendant long-tems ; le Roi ayant trouvé bon que le syndic des états en tour de député à la cour, de quelque condition qu’il se trouve, puisse aussi faire les fonctions de député de la chambre du Commerce de la province.

Il y a treize députés du Commerce ; savoir deux de Paris, & un de chacune des villes de Lyon, Roüen, Bordeaux, Marseille, la Rochelle, Nantes, Saint-Malo, Lille, Bayonne, Dunkerque, & celui de la province de Languedoc.

Les appointemens de ces députés du Commerce ne sont pas les mêmes pour ceux de toutes les villes ; car celui de Lyon, par exemple, a 8000 liv. celui de Roüen en a autant : & dans la plûpart des autres chambres les appointemens de ces députés sont fixés plus ou moins haut, à la volonté du Roi. Dictionn. de Comm. & de Trév. & Regl. du Comm. (G)