L’Encyclopédie/1re édition/ELCESAITES, HELCESAITES ou ELCESAIENS

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ELCESAITES, HELCESAITES ou ELCESAIENS, comme les appelle Théodoret, s. m. plur. (Théol. & Hist. ecclés.) hérétiques qui parurent au commencement du second siecle de l’Église, & qui prirent leur nom d’Elcesaïe ou d’Elxaï leur chef. Il vivoit du tems de Trajan.

On connoîtra leurs principaux dogmes, par les rêveries que débitoit ce fanatique. Elxaï étoit Juif d’origine & de sentimens, mais il n’observoit pas la loi. Il se prétendit inspiré, composa un livre où il ordonnoit à ses sectateurs une forme de serment mystérieux par le sel, l’eau, la terre, le pain, le ciel, l’air, & le vent. D’autres fois il leur ordonnoit de prendre sept autres témoins de la vérité, le ciel, l’eau, les esprits, les SS. anges de la priere, l’huile, le sel, & la terre. Des livres du nouveau Testament & de ceux de l’ancien, il n’admettoit que quelques passages détachés. Ce prétendu prophete contraignoit ses sectateurs au mariage. Il disoit qu’on pouvoit, sans pécher, céder à la persécution, adorer les idoles, & dissimuler sa foi au-dehors, pourvû que le cœur n’y eût point de part. Il reconnoissoit le Christ pour le grand roi ; mais il ne paroissoit pas clairement par son livre, si sous ce nom il désignoit J. C. ou s’il en entendoit un autre. Il défendoit de prier vers l’orient, & vouloit qu’on tournât le visage vers Jérusalem en quelque pays que l’on fût. Il condamnoit les sacrifices comme indignes de Dieu, & ne lui ayant, disoit-il, été offerts ni par les peres, c’est-à-dire les patriarches, ni en vertu de la loi. Il défendoit de manger de la chair comme faisoient les Juifs, & rejettoit l’autel & le feu ; mais il croyoit que l’eau étoit bonne, ce qui pourroit faire conjecturer qu’il admettoit une sorte de baptême.

Elxaï décrivoit le Christ comme une vertu céleste qui, née dès le commencement du monde, avoit paru de tems en tems sous divers corps, & il en décrivoit ainsi les dimensions : Vingt-quatre schoenes en longueur, c’est-à-dire quatre-vingt-seize mille pas ; six schoenes en largeur, ou vingt-quatre mille pas, & l’épaisseur à proportion. Ces mesures semblent avoir été forgées sur une interprétation grossiere de ces paroles de S. Paul aux Ephesiens, ch. iij. V. 18. ut possitis comprehendere cum omnibus sanctis, quæ sit latitudo, & longitudo, & sublimitas, & profundum. Par une erreur semblable, il donnoit au saint Esprit le sexe féminin, parce qu’en Hébreu rouats ou touach, qui signifie esprit, est de ce genre. Il le faisoit semblable au Christ & posé devant lui, droit comme une statue, sur un nuage entre deux montagnes, & toutefois invisible. Il donnoit à l’un & à l’autre la même mesure, & prétendoit l’avoir connue par la hauteur des montagnes, parce que leurs têtes y atteignoient. Enfin, il enseignoit dans son livre une priere en termes barbares, dont il défendoit de chercher l’explication, & que S. Epiphane traduit ainsi : la bassesse, la condamnation, l’oppression, la peine de mes peres est passée par la mission parfaite qui est venue. Ce pere, Origene, & Eusebe ont parlé des Elcésaïtes. Le premier les nomme aussi Samséens, du mot hébreu sames, qui signifie le soleil. Scaliger s’est trompé en prétendant qu’Elxaï étoit le même qu’Essaï ou Ezen ; & par une suite de sa premiere erreur, il a confondu les Elcesaïtes avec la secte des Esséens. Les disciples d’Elxaï se joignirent à ceux d’Ebion, & gardoient comm’eux la circoncision ; ils subsisterent plusieurs siecles, quoiqu’Eusebe, liv. VI. ch. xxxviij. assûre le contraire. Fleury, hist. ecclés. liv. I. tom. II. pag. 291. & 92. (G)