L’Encyclopédie/1re édition/ENGRAIS

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ENGRAIS, s. m. (Œcon. rustique.) On comprend sous ce nom toutes les choses qui, répandues sur la terre, servent à la féconder, comme sont les fumiers, les terres, &c.

Les engrais sont en général la plus grande ressource qu’ait l’Agriculture. Ils suppléent, jusqu’à un certain point, aux défauts des labours, & corrigent même l’intempérie des saisons. C’est un objet de dépense ; mais ce qu’il en coûte est pour le cultivateur un fonds placé au plus haut intérêt ; usure honnête que les lois & les mœurs devroient encourager de concert.

Quelques écrivains qui ont traité de l’Agriculture, ont paru vouloir affoiblir la nécessité des engrais. Ils disent que les plantes se nourrissant des parties les plus déliées de la terre, il suffit de les atténuer pour rendre celle-ci féconde. Ils ajoûtent que le fumier le fait par fermentation, mais qu’on y parvient beaucoup plus sûrement par la fréquence des labours ; que la charrue brise méchaniquement les molécules à une plus grande profondeur & beaucoup mieux. Nous connoissons dans toute son étendue l’utilité des labours ; & nous savons que la division des molécules de la terre est nécessaire à sa fécondité : mais cette division qu’operent les labours ne peut être que momentanée ; une pluie longue & violente l’anéantit. Quelque bien labourée qu’ait été une terre, si l’on y seme du blé sans l’avoir fumée, on la trouvera totalement affaissée à la fin de l’hyver, & ordinairement les racines du blé seront à la superficie. Un engrais, par sa fermentation continuelle, l’auroit défendu de l’affaissement. Il est difficile de se persuader qu’une division faite méchaniquement puisse fournir aux plantes assez de parties déliées pour leur nourriture. Une production continuelle doit épuiser ces parties, & les engrais en réparent l’épuisement : on doit attendre d’autant plus sûrement ce bien de ceux qu’on employe le plus, comme sont les fumiers, qu’eux-mêmes ne sont que les parties un peu altérées des plantes, qu’ils aident à reproduire. Ils contiennent des sels & des huiles qui sûrement, indépendamment de leur action, concourent, avec la terre proprement dite, à la nourriture des plantes.

Parmi les engrais que l’expérience a mis en usage, il en est dont l’effet dure un grand nombre d’années. Nous ne connoissons en France que la marne qui soit de ce genre. Les Anglois ont de plus leurs glaises, dont l’effet est excellent, & que peut-être nous pourrions avoir comme eux. Nous osons même assûrer, sans avoir fait là-dessus d’expériences directes, que le mélange de certaines glaises réussiroit dans nos terres legeres & chaudes. Tout mélange de terres de différente nature a toûjours eu des effets si heureux, que le succès de celui-là paroît démontré : il n’est question que d’éprouver si nous avons ici, comme en Angleterre, des mines de glaise à portée des terres auxquelles elles conviendroient. L’éloignement rendroit la dépense excessive. Voyez Culture.

La marne est une espece de terre blanchâtre & cretacée, qui se trouve quelquefois presque à la superficie, mais plus souvent à une assez grande profondeur. Elle contient beaucoup de sels : de leur quantité dépend en partie la durée de son effet ; mais elle dépend aussi de la qualité de la terre. Les Laboureurs disent de certaines terres, qu’elles usent leur marne plus promptement que d’autres. La durée la plus ordinaire est entre dix-huit & vingt-cinq ans ; il est rare que cette impression de fécondité se fasse sentir jusqu’à trente. La marne convient à toutes les terres froides, & elle est sur-tout excellente dans les terres appellées blanches, qui sont très-communes. La chaleur & l’activité qu’elle leur communique les rend aussi propres à rapporter du blé, qu’aucune terre que ce soit. Il n’est pas possible de déterminer d’une maniere précise la quantité de marne dont un arpent a besoin, puisque cela dépend & de sa qualité & de celle de la terre : cependant on peut l’évaluer à peu près à quatre cents minots, mesure de Paris, pour un arpent à 20 piés pour perche ; c’est une quantité moyenne sur laquelle on peut se regler, mais en consultant toûjours l’expérience pour chaque endroit. Les deux excès doivent être évités avec le plus grand soin ; ne pas marner assez, c’est s’exposer à recommencer bien-tôt une dépense considérable. Il y auroit encore plus de danger à marner trop. L’effet de cet engrais est d’échauffer ; il brûleroit, si l’on passoit certaines bornes.

Pendant les deux premieres années après qu’une terre est marnée, on doit y semer de l’avoine ; les recoltes de ce grain équivalent alors à des recoltes ordinaires de blé, soit par leur abondance, soit par le peu de frais qu’exige la culture : d’ailleurs le blé n’y réussiroit pas dans ces premiers momens du feu de la marne. La fermentation qu’elle excite le laisseroit trop long-tems verd ; il mûriroit tard, & par-là seroit exposé à la rouille, qui est un des plus grands maux que le bled ait à craindre. L’avoine au contraire court moins de risque à proportion de ce qu’elle mûrit plus tard. Après deux recoltes de ce dernier grain, on peut en faire deux très-bonnes de bled, sans qu’il soit besoin d’employer d’autre engrais. Cependant quelques laboureurs, qu’on ne peut qu’approuver, craignant d’épuiser trop tôt leurs terres, y répandent du fumier en petite quantité, & du fumier le moins chaud, pour tempérer un peu le feu de la marne : quatre ou cinq années étant passées, on reprend le cours de la culture ordinaire, & une terre marnée devient alors dans le cas de toutes celles qui n’ont jamais eu besoin de l’être. Le bon effet de la marne se fait sentir, comme nous l’avons dit, pendant un tems plus ou moins long ; mais un inconvénient auquel il faut s’attendre, c’est que la terre devient plus stérile à la fin que si on ne l’avoit pas contrainte à cet effort de fécondité : il est peut-être dans la nature qu’une fermentation extraordinaire soit suivie d’un repos proportionné. Quoi qu’il en soit, il est aisé de distinguer une terre marnée trop anciennement : son aspect est triste ; la pluie qui semble ouvrir toutes les autres terres, bat celle-ci, & en rapproche toutes les parties ; le Soleil la durcit plus qu’il ne l’échauffe ; les mauvaises herbes, & sur-tout le pavot sauvage, y dominent ; le grain y jaunit. Il n’est pas possible de la méconnoître à ces marques de stérilité. Le remede se trouve dans la marne même ; & alors elle devient absolument nécessaire : cela fait dire à quelques laboureurs, qu’elle enrichit le pere & ruine les enfans. On peut dire aussi qu’elle paye d’avance avec usure ce qu’il en coûte pour la renouveller. Nous devons ajoûter ici qu’avec l’aide des fumiers, on prolonge pendant plusieurs années l’effet de la marne ; mais il faut ne pas les épargner, & savoir s’exécuter sur la dépense : cette prolongation est même utile à la terre, & la pratique en est à conseiller. Enfin lorsqu’on renouvelle la marne, ce ne doit pas être sans y apporter des précautions : elle seroit pour une terre ainsi épuisée, ce que sont certains remedes actifs pour un estomac usé ; ils ne le raniment d’abord, que pour le laisser bien-tôt plus languissant. Il est donc presque nécessaire de donner du repos à la terre, avant de la marner une seconde fois : mais afin que ce tems de repos ne soit pas perdu, on peut y semer de la luzerne, du sain-foin, &c. comme nous le dirons ci-dessous, en parlant des terres fatiguées de rapporter du grain.

De tous les engrais, les fumiers sont ceux dont l’usage est le plus généralement reçû ; mais tous ne sont pas indifféremment propres à toutes sortes de terres. Le fumier de mouton, sur-tout celui qui est ramassé dans le fond de la bergerie, doit être reservé pour les terres froides & médiocrement fortes. Le fumier de cheval, pour les terres froides & fortes en même tems. Le fumier de vache est le meilleur engrais des terres chaudes & legeres : ces différens fumiers mêlés & consommés ensemble conviennent aux terres d’une qualité moyenne entre celles-là ; & ce sont les plus communes. Le plus chaud de tous les fumiers, est celui que donnent les pigeons ; mais il n’est jamais possible de s’en procurer beaucoup : il ne convient non plus qu’aux terres extremement froides. Loin d’en couvrir la terre, comme on doit faire des autres fumiers, on le seme legerement avec la main ; sa chaleur en rendroit la quantité dangereuse.

Le parcage des moutons a cela d’avantageux, que l’engrais est porté sur les terres par ces animaux mêmes. Par cette raison, il est à préférer à tous les autres pour tous les endroits éloignés de la ferme, & où la dépense des charrois seroit grande. Dans quelques provinces, les laboureurs intelligens empruntent les moutons de ceux qui ne le sont pas. Ils achetent le droit de les faire vivre pendant un certain tems sur leurs terres ; & l’abondance des recoltes est toûjours le fruit de cette location.

Une terre fumée habituellement conserve plus long-tems le principe de sa fécondité que celle qui ne l’est qu’en passant ; mais en général on ne peut guere évaluer qu’à deux ou trois ans la durée des effets du fumier. On fume ordinairement sur la jachere ; on en recueille le premier fruit par une abondante moisson de blé : celle d’avoine ou d’orge qui la suit se sent encore des bons effets de l’engrais. Après cela on laisse une année de repos à la terre, pour la façonner & la fumer de nouveau, avant de lui redemander une récolte de blé. C’est là le train commun de la culture pour la plus grande partie des terres ; mais cette année que l’on voit perdue, peut être employée dans les terres grasses par elles-mêmes, ou dans celles qui ont été bien engraissées ; on peut, on doit même y semer des pois ou de la vesce, qui donnent un fourrage excellent : ces plantes extirpent l’herbe, rendent la terre legere, sans l’épuiser beaucoup, & la disposent, peut-être mieux que les labours, à recevoir la semence du blé. Les pois ou la vesce étant recueillis, un seul labour, avec un leger engrais, devient une préparation suffisante. Une attention nécessaire dans ce cas là, & toutes les fois que l’on fume sur le dernier labour d’une jachere, c’est de n’employer que du fumier presqu’entierement consommé : s’il étoit trop crud, il tiendroit d’abord soulevées les parties de la terre ; elle s’affaisseroit ensuite pendant l’hyver, & laisseroit à découvert les racines du blé.

Si les fumiers ne sont pour les terres qu’un engrais passager, on peut dire aussi que c’est celui dont les effets sont les plus heureux & les plus sûrs. Il n’arrive presque jamais que la recolte soit mauvaise dans une terre fumée assidûement & depuis long-tems : on ne s’apperçoit pas non plus que la fermentation excitée par le fumier étant passée, les terres soient moins fertiles qu’auparavant, comme nous l’avons remarqué de la marne. Celle-ci ne fait guere que mettre en mouvement les parties de la terre ; le fumier, outre son action, augmente ses parties propres à nourrir, de toutes les siennes. On ne peut donc assez chercher les moyens de procurer à ses terres une grande quantité de cet engrais. Outre son excellence, c’est celui qui se trouve le plus aisément sous la main de tous les cultivateurs : les engrais dispendieux & dont l’effet est durable, comme est la marne, & comme pourroient être les glaises, devroient être réservés aux soins des propriétaires. Les fumiers doivent être l’objet & la ressource des fermiers, parce qu’il en retire promptement le fruit. L’augmentation du bétail entraîne celle du fumier, & les fumiers, à leur tour, procurent des recoltes qui mettent à même de nourrir une plus grande quantité de bétail. Les Anglois nous ont donné sur ce point l’exemple le plus encourageant : depuis que les pâturages artificiels ont multiplié chez eux les troupeaux & les engrais, leurs moissons sont augmentées à un point dont on douteroit, si l’on pouvoit se refuser aux témoins qui en font foi. Nous le savons ; & les moyens qui ont été employés sont connus de tout le monde : mais l’ignorance est moins à craindre dans ce genre, que la langueur. Un soufle de vie répandu sur la pratique pénible de ce qu’on sait, développeroit des connoissances qui ne sont étouffées que par le peu d’intérêt qu’on trouve à les employer. Dans tous les arts, une routine languissante est le partage du plus grand nombre des praticiens : l’activité & l’industrie en distinguent quelques-uns ; & ce sont elles qui paroissent multiplier les ressources entre leurs mains. Il en est ainsi dans l’Agriculture : un laboureur attentif trouvera des moyens d’engraisser ses terres, qui, quoique rarement employés, n’en sont pas moins connus de tout le monde ; & son exemple ne réveillera peut-être pas la stupidité de ses voisins.

La marne ne convient pas à toutes les terres ; l’engrais des fumiers est nécessairement borné ; certaines terres n’acquerreroient avec beaucoup de dépense, qu’une fécondité médiocre. Il suppléera de différentes manieres au défaut des fumiers. Nous avons dit que le mêlange des terres étoit excellent. La campagne en offre quelquefois des monceaux qui restent inutiles par la négligence des Laboureurs. On cherche de l’or en fouillant dans le sein de la terre : on y trouveroit des richesses plus réelles, en répandant sur sa superficie la plus grande partie des terres que l’on tire du fond. Toutes, excepté le sable pur, deviennent d’excellens engrais ; celles même qui paroissent stériles, comme la craie, ont leur utilité. Sur les terres froides elle fait presque l’effet de la marne : des parties de ruines, celles qui peuvent se dissoudre feront le même effet sur les mêmes terres, & les fertiliseront pendant quelques années. Tout le monde sait que ces amas d’ordures qui incommodent les villes peuvent enrichir les campagnes : il faut seulement que ceux qui les employent les laissent fermenter en dépôt pendant quelques tems, avant de les répandre sur les terres. Il est nécessaire aussi, dans l’usage de cet engrais, de multiplier les labours. Il contient les graines d’une infinité de plantes qui couvriroient la terre si on ne les arrêtoit pas. Outre les choses qui sont communes à tous les pays, il en est quelques-unes qui sont particulieres à chaque endroit. Toutes les cendres, celles de tourbe, celles de charbon de terre, celle de bruyere, sont d’excellens engrais. Dans quelques provinces on brûle la terre même, ou du moins le gazon qui la couvre ; & la pratique en a des effets très-heureux. Le marc d’olives est une ressource dans les pays où elles croissent. On peut dire en général que les secours ne manquent guere à l’activité qui les cherche & à l’industrie qui les fait valoir. Les plus mauvaises terres ne seront pas toûjours incultes pour l’homme intelligent. Leur défrichement lui donnera, pendant plusieurs années, des récoltes assez bonnes, au moins en menus grains : si elles ont un peu de fond, il prolongera cette fécondité par la culture ; si elles en manquent, il attendra qu’un nouveau repos leur ait donné de nouvelles forces. Il y a des lieux où l’on ne fait rapporter les terres que tous les deux ans ; mais cette oisiveté périodique est un grand mal, & ne peut être envisagée comme une ressource que quand toutes les autres manquent. Nous avons dit qu’il y en avoit une également sûre & avantageuse pour les bonnes terres épuisées, savoir le changement de plantes. Nous sommes bien éloignés de vouloir décider ici si les plantes se nourrissent indifféremment de tous les sucs ; ou si avec beaucoup de principes communs, chaque plante n’en a pas de particuliers qui ne passent jamais dans d’autres. Nous savons seulement que les plantes qui vont chercher leur nourriture à une grande profondeur, comme la luzerne, le sainfoin, le trefle, servent de repos & d’engrais à la terre fatiguée de rapporter du grain. Ces plantes donnent beaucoup d’herbe, & d’une herbe excellente pour les bestiaux. La luzerne demande une terre qui ait beaucoup de fond, & elle y dure jusqu’à 15 ans. Le sainfoin exige moins de profondeur, & ne va guere jusqu’à dix ans. Le trefle ne dure tout au plus que 3 ans : aussi ne le seme-t-on ordinairement qu’avec de la graine de luzerne. Il donne de l’herbe pendant que celle-ci croît en racines, & il meurt lorsqu’elle devient en état de produire. Le tems étant arrivé auquel ces plantes commencent à languir, on défriche la terre, & elle est améliorée. Sa vigueur est telle qu’il faut prendre les mêmes précautions que pour une terre marnée, & y faire deux ou trois récoltes d’avoine consécutives, avant que d’y semer du blé.

Voilà tout ce qu’il est essentiel de savoir sur l’engrais des terres. Les prés méritent une attention particuliere ; ils en ont qui leur sont spécialement propres. Les prés sur lesquels on peut détourner l’eau des rivieres, trouvent dans cette eau seule un engrais plus sûr & meilleur qu’aucun autre. Il est surtout excellent, si cette eau est un peu limoneuse. On la répand ordinairement vers le 15 d’Avril pour la premiere fois, & dans les premiers jours de Mai pour la seconde. On ne fait alors qu’arroser les prés ; mais il n’est pas inutile de les noyer tout-à-fait pendant l’hyver, & d’y laisser séjourner l’eau pendant quelques jours. Cette précaution fait périr entierement les taupes, les mulots, & tous les insectes qui nuisent à la racine de l’herbe. Il ne faut cependant jamais risquer cette inondation sans être sur de pouvoir retirer l’eau dès qu’on le voudra. Loin de féconder les prés, elle les détruiroit par un trop long séjour. Il est si peu dispendieux de procurer cet engrais aux prés voisins des rivieres, que c’est un soin rarement négligé. Arroser les prés, c’est les fertiliser sûrement : retirer l’eau d’un grand nombre de marais, ce seroit en faire sûrement des prés fertiles ; mais cette opération exige ordinairement beaucoup plus de dépense & d’industrie que l’autre. Dans les lieux où cela est facile, on ne peut que conseiller aux particuliers de s’y prêter. Dans ceux où l’objet seroit important & l’opération trop dispendieuse, un avantage aussi sur mériteroit peut-être l’attention & le concours du gouvernement. Nous avons fait sentir l’influence que les paturages ont sur toute l’agriculture, par la multiplication des troupeaux & des engrais. Souvent une seule chaussée pourroit faire d’un marais inutile & malsain, une prairie féconde & un étang bien empoissonné.

Les prés ont cet avantage sur les terres, que l’engrais est la seule culture qu’ils demandent. Dans tous les lieux voisins des grandes villes, où la consommation des fourrages est sûre, on les regarde comme précieux ; mais ils le sont aussi dans les endroits les plus reculés, par toutes les ressources que fournit le bétail qu’ils nourrissent.

Les terres de toute espece, excepté le sable pur, sont un très bon engrais pour les prés. Nous n’entendons parler ici que des terres proprement dites ; il n’est pas d’usage d’y répandre de la marne ni de la craie. Nous croyons cependant que dans les prés extrèmement froids, ces deux engrais mis en petite quantité pourroient réussir ; mais nous n’avons pas d’expériences là-dessus. Le parcage des moutons est excellent dans les prés un peu froids, & le fumier de vache dans ceux qu’on appelle haut-prés. Le parcage qui comme nous l’avons dit est très-utile aux terres, nous paroît avoir encore du côté de l’abondance un meilleur effet pour les prés. Nous disons du côté de l’abondance, parce que tous les fumiers, & surtout celui des moutons, donnent la premiere année au fourrage une odeur & un goût qui rebute le bétail au premier abord ; mais il s’y accoûtume peu-à-peu. L’abondance doit d’ailleurs être le premier & peut-être le seul objet des cultivateurs. En voilà assez pour que l’on soit instruit de l’importance dont les engrais sont dans l’agriculture, & de la maniere dont ils doivent être employés. Les jardins de fleurs, les potagers, les serres où l’on force un grand nombre de plantes à croître sous un ciel étranger, ont aussi des préparations d’engrais qui leur sont propres ; mais nous n’entrerons point ici dans les détails de cette culture particuliere. Cet article est de M. le Roy, lieutenant des chasses de Versailles.