L’Encyclopédie/1re édition/ENTORSE

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ENTORSE, s. f. terme de Chirurgie, mouvement dans lequel une articulation est forcée, sans que les os souffrent de déplacement sensible. Les mouvemens des articulations ne peuvent être portés au-delà des bornes naturelles, sans que les ligamens destinés à borner ces mouvemens ne soient forcément allongés ou rompus. Ces extensions violentes & les ruptures plus ou moins considérables des tendons & même des muscles occasionnent plus ou moins d’accidens, parmi lesquels la douleur & le gonflement se manifestent d’abord. Les entorses du pié sont les plus communes ; elles sont la suite des faux pas. Les douleurs sont très-vives, & l’inflammation proportionnée à la sensibilité des parties affectées & à l’effort qu’elles ont souffert. La rupture des ligamens & des capsules articulaires occasionne assez souvent l’épanchement de la synovie, dont l’altération peut ulcérer les parties, carier les os, & produire des maladies très-longues, souvent incurables, & même mortelles.

Pour prévenir ces fâcheux accidens, il faut, s’il est possible, dans l’instant que l’entorse est arrivée, plonger la partie dans un seau d’eau très-froide. Ce repercussif empêche l’épanchement de la synovie, previent l’inflammation, & appaise la douleur.

Si l’on n’a pas employé ce moyen sur le champ, il faut saigner copieusement, prescrire une diete sévere, tenir le ventre libre, & appliquer sur la partie des linges trempés dans des liqueurs spiritueuses, coupées avec des décoctions résolutives. On met ensuite des cataplasmes fortifians de mie de pain & de vin. Quand les accidens sont passés, on met la partie, si c’est la main ou le pié, dans le ventre ou dans la gorge d’un bœuf ou autre animal nouvellement tué. On fait des douches de différentes especes ; & s’il est besoin, on a recours aux eaux minérales de Bourbon, Bourbonne, Barege, Aix-la-Chapelle, &c. Voyez les maladies des os de M. Petit. (Y)

Entorse, (Manége, Maréchall.) maladie commune à l’homme & au cheval, & qui quelquefois est si rebelle dans l’un & dans l’autre, qu’elle est en quelque façon l’opprobre de ceux à qui le traitement en est confié.

On entend par le terme d’entorse tout mouvement dans lequel l’articulation est forcée, sans cependant que les os souffrent de déplacement sensible.

Quoiqu’elle soit infiniment moins dangereuse que la luxation, elle peut être accompagnée d’accidens très-graves. Les plus fâcheuses sont celles des parties qui ont un grand nombre de ligamens capables de s’opposer au déplacement, d’autant plus que ces ligamens doivent avoir beaucoup souffert, & qu’il a fallu un grand effort pour vaincre leur résistance. Ajoûtons que non seulement elles sont d’autant plus funestes que les articles sont munis de ligamens plus multipliés ; mais que les suites en sont terribles, si ces articulations sont encore recouvertes de plusieurs tendons, qui, de même que leur gaîne, ne peuvent être violemment distendus qu’il ne survienne de vives douleurs & une inflammation proportionnée à la sensibilité des parties affectées. La synovie, cette humeur dont l’usage est de lubrefier & de faciliter le mouvement, s’amassant ensuite dans ces gaînes, augmente beaucoup les douleurs, tant par la distension & l’écartement de ces mêmes gaînes, que par la compression des tendons.

Les symptomes de l’entorse sont la claudication, l’action de traîner la partie souffrante, la chaleur, la dureté & le gonflement causés par l’inflammation de toutes les parties distendues, & sur-tout conséquemment à l’amas de la synovie qui, rompant aussi quelquefois les gaînes, s’épanche dans tout le voisinage de l’article, & forme même des tumeurs dans lesquelles on trouve une fluctuation sensible.

Ses causes sont constamment externes, & sont renfermées dans le nom que nous lui donnons relativement aux chevaux, c’est-à-dire dans celui de mémarchure, terme qui nous en offre sur le champ une idée. En effet, un cheval fait un faux pas, il pose le pié à faux dans un lieu raboteux, il se trouve pris dans une orniere, & l’arrache sur le champ avec force, il se le détourne entre des pavés, ce qui arrive fréquemment par la faute des palefreniers, qui tournent l’animal trop court ; & l’on conçoit que dès-lors il peut en résulter une entorse plus ou moins formidable, selon le plus ou le moins d’extension des tendons & des ligamens dans l’articulation du boulet, ou dans celle du paturon, ou dans celle de la couronne. Je dois encore observer que celles dont sont atteintes les unes & les autres de ces parties dépendantes des extrémités postérieures, sont toûjours plus à craindre que celles qui arrivent à ces articles des colonnes qui soûtiennent l’avant-main, parce que les premieres étant extrèmement travaillées dans toutes les différentes actions de l’animal, les humeurs y affluent avec plus d’abondance, & en rendent toûjours les maladies plus compliquées & plus difficiles à vaincre.

En général, la marche du maréchal dans le traitement de celle-ci doit être différente selon le tems & ses degrés. Les remedes repercussifs, restrinctifs, conviennent dans ses commencemens, parce qu’ils préviennent l’épanchement qui pourroit se faire, & rendent aux parties leur ton naturel ; ainsi on peut mener le cheval à l’eau, appliquer sur le lieu affecté des linges trempés dans de l’eau & du vinaigre, &c.

Dans le cas où il y a inflammation, douleur, épanchement, il faut nécessairement saigner à la jugulaire, appliquer en forme de cataplasmes des résolutifs doux & qui ne crispent pas, tels que celui des roses de Provins bouillies avec du gros son dans du gros vin, &c. & les réitérer soir & matin : j’ai été quelquefois obligé de mêler avec ces mêmes roses des plantes émollientes, & je ne suis parvenu souvent à la guérison de ces maux, fréquemment opiniâtres, que par les applications répétées de ces derniers médicamens employés sans mélange.

J’ai de plus eu à combattre des dépôts ensuite de l’acrimonie & de la perversion des humeurs : j’ai été forcé d’en hâter la suppuration par les mêmes émolliens, ou par l’onguent suppuratif, & de leur frayer ensuite une issue, en pratiquant une ouverture avec le fer plûtôt qu’avec le feu, par la raison que la plaie en étoit plus aisément guérie.

Enfin les humeurs ayant acquis dans d’autres circonstances, & après des fautes encore commises par des maréchaux, un caractere d’induration, j’ai eu recours aux emplâtres fondans, tels que le diachylon, celui de mercure, de mucilage, dont j’ai fait usage séparément, ou en les mêlant les uns & les autres avec beaucoup de succès.

Dans tout le traitement de cette maladie l’animal doit joüir du repos ; cependant, dans ce dernier cas d’endurcissement, quelques mouvemens modérés favoriseront l’atténuation & la résolution de l’humeur. (e)