L’Encyclopédie/1re édition/EPIRE

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  EPIQUE

EPIRE, (Hist. anc. Géog.) Le nom d’Epire se prend en deux sens par les écrivains grecs ; ils s’en servent quelquefois pour exprimer en général ce que nous appellons Continent, & quelquefois pour désigner plus particulierement un pays d’Europe, qui étoit situé entre la Thessalie & la mer Adriatique, & qui fait partie de l’Albanie moderne.

Son voisinage avec la Grece a sur-tout contribué à le rendre fameux dans l’ancienne histoire ; & quoiqu’il fût d’une très-petite étendue, cependant Strabon y compte jusqu’au nombre de quatorze nations Epirotes : tels furent les Chaoniens, les Thesprotes, les Molosses, les Ethisiens, les Athamanes, les Perrhebes, les Embrasiens, &c. Mais nous ne nous engagerons point dans ce défilé ; nous ne rechercherons pas non plus les raisons qui ont porté les Poëtes à placer leur enfer dans cette partie de la Grece ; encore moins parlerons-nous du combat d’Hercule & de Geryon, qui rendit ce pays célebre ; tout cela n’est point du ressort de cet Ouvrage. Nous devons, au contraire, nous hâter de dire que l’Epire, qui étoit d’abord un royaume libre, fut ensuite soûmis aux rois de Macédoine, & tomba enfin sous le pouvoir des Romains. On sait que Paul Emile ayant vaincu Persée, dernier roi de Macédoine, ruina soixante-dix villes des Epirotes qui avoient pris le parti de ce prince, y fit un butin immense, & emmena 150 mille esclaves.

Les empereurs de Grece établirent des Despotes en Epire, qui posséderent ce pays jusqu’au regne d’Amurat II. Ce conquérant le reunit aux vastes états de la porte ottomane. Ainsi les Epirotes libres dans leur origine, riches, braves, & guerriers, sont à présent serfs, lâches, misérables : épars dans les campagnes ruinées, ils s’occupent à cultiver la terre, ou à garder les bestiaux dans de gras pâturages, qui nous rappellent ceux qu’avoient les bœufs de Geryon, dont les historiens nous ont tant parlé ; mais c’est la seule chose des états du fils d’Achille qui subsiste encore la même. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.