L’Encyclopédie/1re édition/ESCALIER, DEGRÉ, MONTÉE

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ESCALIER, DEGRÉ, MONTÉE, synonymes : ces trois mots désignent la même chose, c’est-à-dire cette partie d’une maison qui sert par plusieurs marches à monter aux divers étages d’un bâtiment, & à en descendre. Mais escalier est aujourd’hui devenu le seul terme d’usage. Degré ne se dit plus que par les bourgeois, & montée par le petit peuple. Degré s’employoit dans le dernier siecle, pour signifier chaque marche d’un escalier, & le mot de marche étoit uniquement consacré pour les autels. Nous aurions peut-être bien fait de conserver ces termes distinctifs, qui contribuent toûjours à enrichir une langue. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Escalier, du latin scalæ ; montées ; c’est, dans un bâtiment, une piece dans laquelle sont pratiqués des degrés ou marches, pour monter & descendre aux différens étages élevés les uns au-dessus des autres. Ces degrés se font de marbre, de pierre, de bois, selon l’importance de l’édifice, & se soûtiennent en l’air par différentes especes de voûtes, dont la poussée est retenue par les murs qui forment la cage de l’escalier.

Il se fait de plusieurs sortes d’escaliers ; savoir à trois rampes, comme celui des Tuileries construit en pierre (voyez celui du plan, faisant partie de la distribution d’un palais, dans les Planches d’Architect.) ; à deux rampes, comme celui de Saint-Cloud, de marbre ; à une seule rampe, tels que le sont la plûpart de ceux de nos hôtels à Paris, & que l’on appelle, selon la diversité de leur figure & de leur construction, escaliers triangulaires, cintrés, à jour, sphériques, suspendus, à vis saint-Gille, en arc de cloître, &c.

La situation des escaliers, leur grandeur, leur forme, la maniere de les éclairer, leur décoration, & leur construction, sont autant de considérations importantes à observer pour parvenir à les rendre commodes, solides, & agréables.

De leur situation. Anciennement on plaçoit les escaliers hors œuvre du bâtiment ; ensuite on les a placés dans l’intérieur & au milieu de l’édifice, tels qu’on le voit encore aujourd’hui au palais du Luxembourg ; à présent on les place à côté du vestibule, ainsi qu’on le remarque au château des Tuileries, ayant reconnu que les escaliers placés dans le milieu du bâtiment, masquoient l’enfilade de la cour avec celle des jardins. Plusieurs architectes regardent comme arbitraire de placer les escaliers à la droite ou à la gauche du vestibule ; cependant il faut convenir que la premiere situation est plus convenable, parce qu’il semble que nos besoins nous portent plus volontiers à chercher à droite ce qui nous est propre : néanmoins il y a des circonstances où l’on peut s’écarter de cette regle, lorsque par rapport à l’exposition & à la diversité des aspects d’un bâtiment, il paroît nécessaire de placer à droite les appartemens de société pour joüir d’un point de vûe, qui très-souvent dans une maison de plaisance ne se rencontre que de ce côté ; autrement on ne peut trop insister, soit préjugé, soit habitude, sur la nécessité de placer les escaliers comme nous le recommandons, & de les situer de maniere qu’ils s’annoncent dès l’entrée du vestibule. Voyez Vestibule.

De la grandeur des escaliers. La grandeur des escaliers en général dépend de l’étendue du bâtiment, & du diametre des pieces. Rien n’est plus contraire à la convenance, que de pratiquer un escalier principal trop petit pour monter à des appartemens spatieux, ou d’en ériger un trop grand dans une maison particuliere. Par la grandeur d’un escalier, on doit entendre l’espace qu’occupe sa cage, la longueur de ses marches, & le vuide que l’on observe entre ses murs d’échiffre ; car il est bon de savoir que dans tous les genres d’escalier destinés à l’usage des maîtres, la hauteur des marches, leur giron, & celle des appuis des balustrades, des rampes, doivent par-tout être les mêmes. L’on entend encore par la grandeur d’un escalier, non-seulement la surface qu’il occupe, mais aussi son élévation qui n’est jamais moins que de deux étages, & souvent beaucoup plus, ce qu’il faut éviter néanmoins ; il est mieux de pratiquer un escalier particulier pour monter aux étages supérieurs, aux combles, aux terrasses, &c. à moins qu’il ne s’agisse d’une maison économique, ou à loyer.

De la différente forme des escaliers. La forme des escaliers est aussi diverse que celle des bâtimens. Les anciens les faisoient presque tous circulaires ; ensuite on les a fait quadrangulaires ; aujourd’hui on les fait indistinctement de formes variées, selon que la distribution des appartemens, l’inégalité du terrein ou la sujétion des issues semblent l’exiger : il est cependant certain que dans les bâtimens de quelque importance, les formes régulieres doivent avoir la préférence, ces escaliers étant du nombre de ces choses où la simplicité des formes doit prévaloir sur le génie & l’invention ; considération pour laquelle, sans avoir égard aux exemples de nos modernes à ce sujet, on ne peut trop recommander de retenue & de vraissemblance dans la forme & la disposition d’un escalier ; & si quelquefois on se trouve contraint de faire les côtés opposés des murs de cage dissemblables, il faut que cette licence annonce visiblement une nécessité indispensable d’avoir voulu concilier ensemble la distribution des appartemens, la décoration des façades, & en particulier la symmétrie de cette sorte de pieces.

De la maniere la plus convenable d’éclairer les escaliers. Quoiqu’il semble qu’on fasse usage des escaliers autant de nuit que de jour, il n’en est pas moins vrai qu’on doit être attentif à répandre une lumiere égale sur la surface de leur rampe & de leurs paliers ; ce qui n’arrive pas lorsqu’on les éclaire seulement sur l’une de leur face, parce que les rampes qui sont opposées à la lumiere, sont presque toûjours obscures : défaut que l’on remarque dans le plus grand nombre de ceux de nos hôtels à Paris. Pour éviter cet inconvénient, ne conviendroit-il pas de les éclairer en lanterne ? alors la lumiere plongeroit sur chaque rampe, ce qui rendroit leur usage plus facile, principalement, comme nous l’avons déjà remarqué, lorsque les marches, les paliers, & les rampes, se terminent au premier étage. On a vû pendant longtems le succès de cette lumiere pratiquée ainsi à l’escalier des ambassadeurs à Versailles, qui vient d’être démoli ; & cet exemple devroit servir d’autorité pour tous ceux qui demandent quelque : considération : d’ailleurs, il est possible de masquer les lanternes que nous proposons par la hauteur des balustrades extérieures, lorsqu’on ne voudroit pas rendre leur élévation apparente dans les dehors.

De la décoration des escaliers. La convenance ici, comme par-tout ailleurs, doit présider dans la décoration d’un escalier, relativement à la matiere dont il est construit ; on doit user de retenue pour la multiplicité des membres d’architecture, & la prodigalité des ornemens : en général la simplicité doit être de leur ressort, la douceur des rampes, la longueur des marches, la grandeur de leur cage, le rapport de leur dimension, la symmétrie, & l’appareil de la construction, semblent devoir faire tous les frais de leur décoration, afin qu’il se rencontre une progression sensible de richesses entre la magnificence de ces genres de pieces & celle des appartemens, qui chacune séparément doit être décorée selon son usage & sa destination. Les escaliers des bâtimens de Paris qui paroissent décorés le plus convenablement, sont ceux des hôtels de Toulouse, d’Auvergne, de Tiers : ceux des hôtels de Soubise, de Luynes, de Tunis, &c. qu’on s’est apperçû après coup être trop simples, & où l’on a, par un excès opposé, répandu trop de richesse, montrent assez qu’il ne s’agit pas d’avoir pour objet d’imaginer un beau tableau. La vraissemblance doit avoir le pas sur tout ce que le génie le plus fertile peut produire d’élégant ; considération pour laquelle il est essentiel que l’architecte préside à tout ce qui se fait dans un bâtiment, en supposant qu’il ait acquis une connoissance de tous les arts relatifs à l’art de bâtir.

Plus il est nécessaire d’admettre de la magnificence dans un escalier, plus il est essentiel d’éviter que les paliers du premier étage mettent à couvert la premiere rampe du rez-de-chaussée. Rien n’est mieux, en mettant le pié sur la premiere marche, que de découvrir la partie supérieure de la cage & toute la lanterne qui doit l’éclairer ; mais en supposant qu’on ne fasse pas usage de ces lanternes, au moins faut-il éviter les sujets coloriés dans le plafond, ou les calotes qui les terminent. Cet ouvrage de peinture tranche trop sur le revêtissement des murs de cage, qui ordinairement sont tenus de pierre, de plâtre, ou de stuc, ainsi qu’on le remarque à l’escalier de la bibliotheque du roi, & dans plusieurs de nos maisons royales. La sculpture y paroît plus convenable, ou au défaut de celle-ci on doit y peindre des grisailles qui expriment les arcs doubleaux, les nervures, & les compartimens qu’on auroit mis en œuvre, si cette partie supérieure avoit été voûtée. Et si enfin un sujet colorié peut entrer pour quelque chose dans la décoration d’un escalier, ce ne doit être qu’en supposant que les revêtissemens seront de marbre de couleurs variées, tel qu’étoit celui des ambassadeurs à Versailles, un des beaux ouvrages qui ayent été faits dans ce genre.

De la construction des escaliers. La construction est la partie la plus essentielle d’un escalier : elle consiste dans l’art du trait ; & la beauté de l’appareil ne suffisant pas pour donner aux voûtes une forme trop élégante, la magie de l’art doit être mesurée à l’usage des pieces où on le met en œuvre. Il faut que ceux qui les fréquentent trouvent une sorte de sûreté à les monter & à les descendre, sans pour cela qu’on soit dispensé de donner de la grace aux courbes qui en composent les voûtes. De toutes les pieces d’un appartement, celle dont il est question exige le plus la réunion de la théorie avec la pratique, afin de joindre une solidité réelle & apparente à tout ce qui peut contribuer à rendre son ordonnance agréable. Ici l’art & le métier doivent être un ; l’appareilleur, l’architecte, le décorateur, doivent se montrer partout : en un mot rien de si satisfaisant qu’un bel escalier dans un édifice d’importance ; rien qui montre tant l’insuffisance d’un architecte, lorsque quelques-unes des parties que nous recommandons ici manquent essentiellement dans leur situation, leur forme, leur décoration, & leur construction.

Regle la plus convenable pour constater la hauteur & le giron des marches. Le pas ordinaire d’une personne qui marche de niveau est communément de deux piés ; d’où il paroît que la longueur du pas horisontal est double de celui fait perpendiculairement : or pour la joindre ensemble, il faut que chaque hauteur de marche prise avec son giron compose un pas ordinaire qui egale la longueur de deux piés ; pour cet effet si on ne donne qu’un pouce de hauteur à une marche, il faut lui en donner vingt-deux de largeur ; si la marche a deux pouces de haut, qui valent autant que quatre pouces de large, elle ne doit avoir que vingt pouces de giron ; si elle a trois pouces de hauteur, la largeur doit être de dix-huit ; ainsi de suite. Cette proportion est confirmée par l’expérience, quoiqu’elle ne soit pas toûjours observée dans la plûpart de nos escaliers ; mais du moins faut-il éviter l’inégalité des girons dans les rampes comprises dans une même cage, de même que les ressauts dans les appuis ou balustrades, & ne jamais donner plus de six pouces à la hauteur des marches. Voy. mur d’Echiffre, Giron, Marche.

On peut aussi renvoyer les amateurs de la piece du bâtiment dont on vient de parler, au célebre Palladio, un de ces hommes rares qui par leur génie & leurs talens travaillerent dans le xvj. siecle avec le Trissin, Scamozzi, Bramante, Vignole, & quelques autres, à faire revivre les anciennes beautés de l’Architecture, & à rétablir les regles du bon goût si longtems éclipsées par la barbarie. Pallodio est le premier qui ait décrit les choses les plus curieuses que nous ayons sur les ouvertures, la situation, la grandeur, les formes, & la construction des escaliers, & il a joint des desseins à ces descriptions ; ils sont à la suite du premier livre de son ouvrage d’Architecture, qui parut à Rome en 1570, in-folio. (P)

Escalier, (Hydr.) On pratique dans la construction des cascades des escaliers de pierre, dont la plûpart sont en fer à cheval, avec un bassin qui en occupe le milieu ; quelquefois ces escaliers sont de gason. Voyez Escalier de gason. (K)

Escalier de Gason, (Jard.) Rien n’est si commode dans les jardins en terrasse, que de fréquens escaliers. On préfere aujourd’hui aux escaliers de pierre ceux de gason, qui cependant ne conviennent que dans des talus ou glacis, dans des bosquets, dans des vertugadins & amphithéatres de gason.

Autant qu’il est nécessaire de laisser une petite pente sur les girons des marches de pierre, pour faire écouler l’eau qui pourriroit les joints de recouvrement, autant il la faut conserver pour le maintien du gason, en tenant les girons des marches de gason très-droits.

Ces escaliers doivent être doux & peu nombreux en marches de suite, sans y trouver des paliers ou repos. Il les faut tondre au ciseau tous les mois, les battre après la pluie ou l’arrosement ; ce qui entretiendra long-tems leur beauté. (K)

Escalier, (Charpente.) Il y a des escaliers de différentes sortes. On appelle escalier à noyau recreusé, ou colet rampant, celui qui laisse un jour au milieu de deux limons ; escalier à un noyau, celui qui est comme une vis, & ne laisse aucun jour au milieu ; escalier à deux noyaux, celui qui a un limon entre les deux noyaux, mais sans aucun jour ; escalier à quatre noyaux, celui qui laisse un jour quarré au milieu.