L’Encyclopédie/1re édition/EUROPE

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EUROPE, (Géog.) grande contrée du monde habitée. L’étymologie qui est peut-être la plus vraissemblable, dérive le mot Europe du phénicien urappa, qui dans cette langue signifie visage blanc ; épithete qu’on pourroit avoir donné à la fille d’Agénor sœur de Cadmus, mais du moins qui convient aux Européens, lesquels ne sont ni basanés comme les Asiatiques méridionaux, ni noirs comme les Africains.

L’Europe n’a pas toûjours eu ni le même nom, ni les mêmes divisions, à l’égard des principaux peuples qui l’ont habité ; & pour les sous-divisions, elles dépendent d’un détail impossible, faute d’historiens qui puissent nous donner un fil capable de nous tirer de ce labyrinthe.

Mais loin de considérer dans cet article l’Europe telle que l’ont connue les anciens, dont les écrits sont parvenus jusqu’à nous, je ne veux dire ici qu’un seul mot de ses bornes.

Elle s’étend dans sa plus grande longueur depuis le cap de Saint-Vincent en Portugal & dans l’Algarve, sur la côte de l’Océan atlantique, jusqu’à l’embouchure de l’Obi dans l’Océan septentrional, par l’espace de 1200 lieues françoises de 20 au degré, ou de 900 milles d’Allemagne. Sa plus grande largeur, prise depuis le cap de Matapan au midi de la Morée jusqu’au Nord-Cap, dans la partie la plus septentrionale de Norwege, est d’environ 733 lieues de France de 20 au degré pareillement, ou de 550 milles d’Allemagne. Elle est bornée à l’orient par l’Asie ; au midi par l’Afrique, dont elle est séparée par la mer Méditerranée ; à l’occident par l’Océan atlantique, ou occidental, & au septentrion par la mer Glaciale.

Je ne sai si l’on a raison de partager le monde en quatre parties, dont l’Europe en fait une ; du moins cette division ne paroît pas exacte, parce qu’on n’y sauroit renfermer les terres arctiques & les antarctiques, qui bien que moins connues que le reste, ne laissent pas d’exister & de mériter une place vuide sur les globes & sur les cartes.

Quoi qu’il en soit, l’Europe est toûjours la plus petite partie du monde ; mais, comme le remarque l’auteur de l’esprit des lois, elle est parvenue à un si haut degré de puissance, que l’histoire n’a presque rien à lui comparer là-dessus, si l’on considere l’immensité des dépenses, la grandeur des engagemens, le nombre des troupes, & la continuité de leur entretien, même lorsqu’elles sont le plus inutiles & qu’on ne les a que pour l’ostentation.

D’ailleurs il importe peu que l’Europe soit la plus petite des quatre parties du monde par l’étendue de son terrein, puisqu’elle est la plus considérable de toutes par son commerce, par sa navigation, par sa fertilité, par les lumieres & l’industrie de ses peuples, par la connoissance des Arts, des Sciences, des Métiers, & ce qui est le plus important, par le Christianisme, dont la morale bienfaisante ne tend qu’au bonheur de la société. Nous devons à cette religion dans le gouvernement un certain droit politique, & dans la guerre un certain droit des gens que la nature humaine ne sauroit assez reconnoître ; en paroissant n’avoir d’objet que la félicité d’une autre vie, elle fait encore notre bonheur dans celle-ci.

L’Europe est appellée Celtique dans les tems les plus anciens. Sa situation est entre le 9 & le 93 degré de longitude, & entre le 34 & le 73 de latitude septentrionale. Les Géographes enseigneront les autres détails au lecteur. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.