L’Encyclopédie/1re édition/FAYENCE

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* FAYENCE, s. f. (Art méch.) La fayence est originaire de Faenza en Italie. On dit que la premiere fayence qui se soit fabriquée en France, s’est faite à Nevers. On raconte qu’un italien, qui avoit conduit en France un duc de Nivernois, l’ayant accompagné à Nevers, apperçut en s’y promenant, la terre de l’espece dont on faisoit la fayence en Italie, qu’il l’examina, & que l’ayant trouvée bonne, il en ramassa, la prépara, & fit construire un petit four, dans lequel fut faite la premiere fayence que nous avons eue. On est allé dans la suite fort au-delà de ces premiers essais.

La terre propre à faire la fayence, est entre la glaise & l’argile ; quand elle manque en quelques endroits, on y supplée par un mélange d’argile & de glaise, ou de glaise & de sable fin, au défaut d’argile ; il y faut toûjours une portion de sable, & l’argile en contient ; sans ce mélange, la fayence se fendroit. La qualité du sable varie, selon que la glaise est plus ou moins grasse. Si une seule terre est bonne, on la délaye dans des cuves ou poinçons pleins d’eau avec la rame (Voyez, Planches du Potier de terre & du Fayencier, cet instrument, fig. 10. il est très bien nommé, & sa figure est à-peu-près la même qu’on voit à celle de nos Bateliers). On la fait ensuite passer par un tamis de crin grossier, & tomber dans une fosse. Voyez fig. 11.

La fosse est pratiquée en terre, sur deux piés & demi de profondeur, & sur une largeur proportionnée à la grandeur des lieux & à l’importance de la manufacture : les côtés en sont garnis de planches, & le fond pavé de briques ou de tuiles. Il y a des fabriquans qui répandent un peu de sable sur le fond, avant que d’y couler la terre ; par ce moyen on l’enleve & détache du fond plus facilement, lorsqu’elle est devenue assez dure. Pendant que l’eau, chargée de la terre, séjourne dans la fosse & y repose, l’eau s’évapore & la terre se dépose. Il y a des fosses où l’on n’attend pas l’évaporation de l’eau ; il y a des décharges ou des issues pratiquées au-dessus de la terre, par lesquelles on laisse écouler l’eau, quand la chûte ou le dépôt de la terre s’est fait : lorsqu’elle est devenue assez dure pour être enlevée, on la prend dans des vaisseaux ; ce sont des bassins, des soupieres, & autres vases biscuités & défectueux.

On place ces vaisseaux sur des planches en été ; dans l’hyver autour du four, pour en faire évaporer l’humidité. Quand l’eau en est assez égouttée, on retire la terre des vaisseaux ; on la porte dans une chambre profonde & quarrelée ; on l’y répand, & on la marche pié-nud jusqu’à ce qu’elle soit liante : on la met ensuite en mottes ou masses, plus ou moins considérables, selon les différens ouvrages qu’on en veut former. Plus on la laisse de tems en masse, avant que de l’employer, meilleure elle est : on peut l’y laisser jusqu’à deux ou trois mois.

La terre brune qui résiste au feu est plus maigre que celle de la fayence ordinaire : elle est faite moitié de terre glaise, moitié d’argile. Au défaut d’argile, on substitue un tiers de sable fin. Il faut avoir égard dans ce mélange à la nature de la terre glaise, & mettre plus ou moins de sable, selon qu’elle est plus ou moins grasse, & pareillement plus ou moins d’argile : il ne faut pas dans le mélange que l’argile ou la terre soit trop liquide ; trop de fluidité donneroit lieu au sable de se séparer de la terre, & comme il pese plus qu’elle, de se déposer : cela n’arrivera point, si le mélange a quelque consistence.

Pour bien mélanger, on doit passer les matieres dans des cuves séparées ; faire le mélange, & jetter ensuite le tout dans la fosse. Observez que plus la terre se cuira blanche, moins il lui faudra de blanc ou d’émail pour la couvrir.

Ceux qui veulent avoir une fayence bien fine, passent leur mélange ou leur terre par des tamis plus fins, & se servent de fosses d’environ seize à dix-huit pouces de profondeur, afin que leur terre se seche plus vite.

Pour la faire passer par un tamis, il faut qu’elle soit beaucoup plus fluide, & par conséquent bien plus chargée d’eau ; il faut donc prendre quelque précaution pour en hâter la dessication, & celle que l’on prend consiste principalement dans la construction des fosses.

La terre étant préparée, comme nous venons de le dire, le tourneur monte sur le tour (voyez fig. 9. le tour du fayencier) ; la construction en est si simple, qu’il est plus facile de la concevoir par un coup d’œil sur la figure, que sur une description ; & posant un de ses piés contre la traverse ou planche, il pousse la roue, il continue de la pousser jusqu’à ce qu’elle ait un mouvement assez rapide. Alors il prend une balle, motte, ou pain, qu’il jette sur la tête du tour : il trempe ses mains dans l’eau ; il les applique ensuite sur la terre attachée à la tête du tour, la serrant contre peu-à-peu, & l’arrondissant ; il la fait ensuite monter en forme d’aiguille ; puis il met le pouce sur le bout, il le presse & le fait descendre. C’est alors qu’il commence à ouvrir la terre avec le pouce, & à former l’intérieur de la piece. Pour la hauteur & la longueur, il la détermine avec une jauge. Si la piece est délicate, il l’égalise avec l’estoc (voyez cet instrument fig. 12.) c’est une portion de cercle, percée d’un œil dans le milieu ; il est ou de bois ou de fer. En mettant ses doigts en-dedans de la piece, les plaçant contre ses parois, & appliquant l’estoc avec l’autre main contre les parois extérieures, & à l’endroit correspondant aux doigts qui sont appliqués aux parois intérieures ; en montant & descendant la main & l’estoc en même tems, & serrant les parois entre l’estoc & ses doigts, il les rend unis, les égalise, & leur donne la forme convenable. Il prend après cela le fil de cuivre ; il s’en sert pour couper la piece, & la séparer de la tête du tour : il l’enleve avec ses deux mains, & la pose sur une planche : il travaille ensuite à une autre piece. Quand la planche est couverte d’ouvrage, il la met sur les rayons, afin de donner le tems aux pieces de s’essuyer & de se raffermir, afin de pouvoir être tournassées ou réparées. Il a soin que les pieces ainsi ébauchées ne deviennent pas trop seches. Pour prévenir cet inconvénient, on les met en tas dans un coffre, ou on les enveloppe d’un linge mouillé. Quand il y en a un nombre suffisant, alors il fait la tournasine, selon la piece. Si c’est une assiette, il met sur la tête du tour un morceau de terre molle ; il lui donne à-peu-près la forme du dedans de l’assiette, & la laisse sur la tête du tour jusqu’à ce que toutes les pieces de la même sorte soient tournassées. Pour faire prendre à ce morceau de terre molle la forme du dedans de l’assiette, il commence par l’ébaucher avec ses doigts, puis il le laisse sécher ; & quand il est un peu sec, il acheve de lui donner la forme la plus approchante du dedans d’une assiette, qu’il peut avec le tournasin (voyez fig. 13. cet instrument) : c’est une tringle de fer, dont les deux extrémités ont été recourbées en sens contraires, & applaties ; ces parties recourbées & applaties, sont tranchantes ; elles sont dans des plans à-peu-près paralleles, & quand l’une est en-dessus de la tringle ou du manche, l’autre est en-dessous. Ce morceau de terre, d’une forme approchée (je dis approchée, car on observe de le faire un peu plus grand, afin qu’il puisse servir à toutes les pieces de la même sorte, quand même elles seroient un peu inégales), s’appelle la tournasine. La tournasine étant achevée, on tire plusieurs tas de marchandises ébauchées du coffre, qu’on porte sur la table du tour, puis l’ouvrier monte au tour, le fait aller comme pour ébaucher, prend une assiette, la renverse sur la tournasine, où il a soin qu’elle soit posée droite & horisontale ; il prend le tournasin ; il en place le tranchant au milieu ou au centre du dessous de l’assiette, le faisant un peu entrer dans la terre ; & comme la roue est en mouvement, l’instrument enleve en copeaux la terre raboteuse depuis le centre jusqu’au bord, en le conduisant de la main. Quand le tournasin est écarté du centre, l’ouvrier y pose le pouce, & tient l’assiette en respect. De cette maniere, il ôte de la terre où il y en a de trop, & façonne la piece en-dehors, car la façon du dedans se-donne en ébauchant. Cette seconde opération, que nous venons de décrire, s’appelle tournasser.

Quand la piece est tournassée, on la remet sur la planche, & on passe à une autre ; quand la planche est chargée, on la met sur les rayons, afin que les pieces sechent entierement ; c’est ce qu’on appelle le cru.

Quand il y aura assez de cru pour remplir le four, on l’encastre dans des gasettes ou especes de capsules, c’est-à-dire qu’on place dans une gasette autant de pieces qu’on en peut mettre les unes sur les autres, sans que le poids des supérieures écrase les inférieures.

Une gasette est un vase de terre cylindrique, qui a pour diametre la distance d’un trou à un autre trou dont la voûte inférieure du four est percée ; la hauteur est arbitraire, ainsi que l’épaisseur : elle a 6, 7, 8 lignes. Voyez fig. 15.

Quand les gasettes sont remplies, on les porte au four, & l’enfourneur les place dans le four, en commençant par la partie du mur qu’il a en face, ou qui est vis-à-vis la bouche ou le guichet. Quand il a fait un rang, il en fait un second sur le premier, & ainsi de suite jusqu’à la seconde voûte. Cela fait, il recommence un autre rang concentrique à celui-ci, & il continue jusqu’à ce que le four soit plein.

On enfourne aussi en échappade ou en chapelle : en enfournant de cette maniere, on place plus de cru dans le four qu’avec les gasettes : mais dans ce cas, on fait faire des tuiles en quarré, dont les côtés soient égaux au diametre de la gasette ; on en coupe les quatre coins ; ensorte que les parties coupées étant rassemblées, elles couvriroient justement un des trous dont la voûte inférieure est percée. On se pourvoit de piliers de terre de plusieurs hauteurs, selon les pieces. On forme ces piliers sur la roue. Quand on a fait cuire au four & les tuiles coupées par les coins, & les piliers, on peut s’en servir de la maniere suivante. On enfourne le premier rang de gasette ; on en met, si l’on veut, deux ou trois rangs l’un sur l’autre ; puis on les couvre avec des tuiles ; & sur les tuiles où les bords se touchent, on place deux piliers ; on en place deux autres contre le mur de côté ; puis deux autres, dont les bouts portent sur les tuiles ; & l’on continue ainsi tout le long jusqu’à l’autre côté du four : ensuite on remplit de marchandise, le vuide entre les piliers. Cela fait, on place encore d’autres tuiles sur les piliers, & l’on réitere jusqu’à ce que le four soit rempli. Il y a des fabriquans qui n’employent que trois piliers, parce que les tuiles portent sur tous les trois, & qu’il est difficile de les faire porter sur quatre. Mais si l’on met sur le pilier qui ne se trouvera pas d’égale hauteur avec les trois autres, un peu de terre molle, de cette terre dont on fait & les piliers & les gasettes, & que l’on appuie la tuile dessus, elle portera également sur les quatre piliers, & cette manœuvre vaudra mieux que l’autre. Il arrive quelquefois que ces tuiles sont chargées de marchandises pesantes, & que le four étant bien chaud, le bout des tuiles qui ne sont soûtenues que d’un pilier qui répond toûjours au milieu de deux, plie & donne tems aux marchandises de se défigurer. Mais il n’y a rien à craindre avec quatre piliers. Voyez fig. 21, une coupe verticale du four avec un commencement de fournée en échapade ou en chapelle. Le four étant plein, on le bouche. L’on a soin d’y laisser une ouverture, afin de retirer les montres, & s’assûrer quand les marchandises sont cuites. Les montres sont de petits vases qui servent à indiquer par leur cuisson, celle du reste des pieces enfournées.

Quand le four est bouché, on met le blanc au four, dans une fosse faite de sable, pour y être calciné & réduit en émail, & ceux qui font la belle fayence, y mettent aussi leur couverte à calciner. Voici une bonne composition pour la fayence ordinaire, telle que celle de Nevers. Prenez 100 livres de calciné, 150 de sable de Nevers, 25 de salin. Le salin, c’est le sel de verre. Quant au calciné, c’est un mélange de 20 livres d’étain fin, & 100 livres de plomb. On met le tout ensemble dans la fournette : on calcine, & l’on a une poudre blanche jaunâtre. Il ne faut pas que la fournette soit trop chaude ; il faut seulement que la matiere y soit tenue bien liquide : on la remue continuellement avec un rable de fer, jusqu’à ce qu’elle soit réduite en poudre, & d’une couleur tirant sur celle du soufre pâle. La fournette est une espece de petit fourneau de réverbere.

La cuisson de la fayence est très-difficile : elle demande de l’expérience. On commence par allumer un petit feu dans le foyer de la bouche. La bouche est une ouverture profonde, oblongue, antérieure au four à potier, & presque de niveau avec la premiere voûte du four ; c’est proprement le foyer du four. Voyez dans la figure 21. l’endroit où le feu est allumé. L’on fume les marchandises en entretenant le feu modéré pendant 6, 7, 8, 9, 10 heures, selon la qualité de la terre dont la marchandise est faite. On augmente le feu peu-à-peu, en l’avançant vers la premiere voûte du four. Quand on croit pouvoir augmenter le feu, on le fait du degré moyen entre le plus petit & le plus violent, en mettant des buches fendues en deux, en quatre, à-travers la bouche. On entretient ce feu pendant deux ou trois heures, puis on couvre la bouche tout-à-fait. On donne grand feu, jusqu’à ce que les marchandises soient cuites, observant de ne pas conduire le feu irrégulierement, & de ne pas exciter la fougasse.

La fougasse est une grande & forte flamme excitée par un feu irrégulierement conduit & poussé avec trop de violence, qui passe subitement par les trous de la voûte, & qui gâte les marchandises. L’ignorance ou la négligence donne lieu à cet inconvénient ; il ne faut que laisser tomber le bois dans le foyer, avant que d’avoir perdu la plus grande partie de sa flamme.

On quitte le four au bout de trente ou de trente-six heures. Puis on défourne. Il y en a qui défournent en vingt ou vingt-quatre heures : c’est selon que la terre est plus ou moins dure à cuire. Quand on a défourné, on a soin de conserver les tuiles & les piliers, pour en faire encore usage. Quant aux vaisseaux fêlés, ils serviront à mettre secher la terre. Pour la bonne marchandise que l’on appelle biscuit ; on la portera à l’endroit du laboratoire, où elle doit recevoir le blanc ou l’émail.

Après avoir défourné, on descend dans la voûte d’en bas, & l’on en enleve le blanc que la grande chaleur du four en feu a calciné, & réduit en un gâteau ou masse de verre blanc comme du lait, & opaque. On rompt le gâteau avec un marteau, & on l’épluche, c’est-à-dire qu’on ôte le sable qui y est attaché ; puis on l’écrase bien menu, & on le porte au moulin (voyez fig. 22. une coupe du moulin avec son auge, sa meule, & son axe ou sa manivelle), où il y a de l’eau, selon la quantité de blanc qu’il peut contenir. On met le moulin en mouvement, & l’on y verse du blanc peu-à-peu, jusqu’à ce qu’il y en ait assez ; & l’on continue à tourner le moulin, qui est fort rude. Si le moulin est grand, on y employe cinq à six hommes pour engrener : au bout d’une heure de travail, 4 hommes suffiront, puis 3 ; puis au bout de quatre heures, un homme seul suffira. On continue ce travail jusqu’à ce que le blanc soit moulu aussi fin que la farine : pour s’assûrer s’il est assez menu, on en prend une goutte tandis que le moulin est en mouvement ; on la laisse tomber sur l’ongle du pouce gauche, on frote avec le pouce droit ; & si l’on ne sent rien de rude, c’est signe qu’il est assez broyé. Quand on quitte le moulin ou le soir ou à dîner, on tourne la meule trois ou quatre tours avec toute la vîtesse possible, & on l’arrête tout-court : alors personne ne la touche que celui qui doit la faire aller, sans quoi on exposeroit, en tournant la roue, la matiere à se prendre & à se durcir ; on auroit ensuite beaucoup de peine à faire aller le moulin ; on seroit même quelquefois obligé d’enlever la plus grande partie de la matiere, ce qui deviendroit dispendieux par la perte du tems. On auroit de la peine à concevoir pourquoi en tournant trois ou quatre tours avec vîtesse, on empêche le blanc de se prendre. J’avois crû d’abord qu’en tournant ainsi très-rapidement, on forçoit les parties les plus fluides à se séparer des grossieres, & à monter au-dessus d’elles ; d’où cherchant ensuite à descendre, elles arrosoient continuellement ces parties grossieres, se remêloient avec elles, & entretenoient la fluidité, qui auroit cessé bien promptement, si on n’avoit pris cette précaution de les séparer & de les faire monter par un mouvement rapide. Je pensois que, si on les eût laissé mêlées, elles se seroient séparées d’elles-mêmes ; & qu’au lieu de se trouver sur les parties grossieres, elles seroient descendues au-dessous, & que les parties grossieres se seroient prises. Un homme intelligent à qui je proposai ce phénomene à expliquer, m’en donna une autre raison qui peut être meilleure. Il me dit que dans les tours rapides qu’on faisoit faire à la roue avant que d’enrayer, les matieres montoient en abondance entre la meule & l’auge ; que c’étoit cette seule abondance de matiere dont la dessication étoit lente, qui les empêchoit de prendre & de se durcir ; & que le même phénomene arrivoit à ceux qui porphyrisent les couleurs, ces ouvriers ayant d’autant plus de peine à séparer la molette du marbre, qu’il y a moins de couleur sur le marbre.

Il faut que le blanc soit fort fin, parce qu’il en sera plus beau sur la marchandise ; & que les surfaces en étant plus multipliées, il en couvrira d’autant plus de pieces. Le blanc étant bien broyé, on le vuidera du moulin dans une cuve plus grande ou plus petite, selon la quantité qu’on en aura, & le nombre des pieces à tremper : on le remuera, pour le rendre également liquide, tant au fond qu’à la surface ; s’il étoit trop épais, on le rendra fluide en y ajoûtant de l’eau. On prend ensuite une piece de biscuit, on la plonge dans le blanc, on l’en retire promptement, laissant égoutter le superflu du blanc dans la cuve : la piece trempée se sechera sur le champ, on gratera un peu le blanc avec l’ongle ; si on le trouvoit trop épais, on ajoûteroit encore de l’eau au blanc dans la cuve, & l’on remueroit comme auparavant. On feroit ensuite un nouvel essai, en trempant un autre vaisseau. On continuera de tremper les vaisseaux les uns après les autres, & on les arrangera sur la planche. Dans le cas où le blanc fût trop clair, on le laisseroit reposer, & on ôteroit ensuite le superflu de l’eau. Une observation qu’il faut faire, c’est que quand le biscuit est déjà blanc, & qu’il est bien cuit, il ne demande pas que le blanc soit si épais ; c’est le contraire si le biscuit est rouge, on se regle là-dessus. Une autre observation non moins importante, & qui peut avoir lieu dans la porcelaine, c’est que quand le biscuit est d’une extrème dureté, on prend de la terre ; on en prépare un lait d’argile, en la détrempant claire, & en donnant lieu au sable dont elle est mêlée, de tomber au fond de l’eau ; on sépare la partie la plus tendre & la plus fine, & on en donne une couche aux pieces, soit par immersion, soit à la brosse ; ce qui forme une assiette excellente à l’émail : sans cette assiette l’émail ondulera & couvrira mal. Cette manœuvre est très-délicate ; les Chinois l’ont pratiquée dans quelques-unes de leurs porcelaines, où l’on distingue très-bien trois substances différentes, le biscuit, la couverte, & la ligne mince d’assiette qui est entre le biscuit & la couverte, & qui leur sert pour ainsi dire de gluten.

Toutes les pieces étant trempées & prêtes à être enfournées, on a des gasettes de la même figure que les premieres (voyez fig. 15.), mais d’une grandeur proportionnée à celle des pieces. Ces gasettes sont percées en trois endroits de rangs de trous paralleles & en triangle. La base du triangle est tournée vers la base de la gasette, & l’angle regarde le haut de ce vaisseau. Ces rangs de trous sont deux à deux. Par les trois trous d’en-bas, on passe trois pernettes ou prismes de terre (figure 14.), dont le bout de chacune entre en dedans de la gasette, de neuf lignes ou environ. Sur ces trois extrémités de pernettes on pose une assiette ou un plat ; on place trois autres pernettes dans les trous qui sont au dessus des précédentes ; on y pose un second plat, & l’on continue ainsi jusqu’à ce que la gasette soit pleine. On remplit de même les autres, & on les enfourne comme ci-devant. On peut cuire dans le même four & dans la même fournée, le crû aussi-bien que le biscuit émaillé. S’il arrive que la terre soit trop dure à cuire, on met le crû en-bas ou sur la planche du four, & le biscuit émaillé en-haut : au contraire si la terre n’est pas dure, on met l’émaillé en-bas & le biscuit en-haut. Il est bon de savoir que si le biscuit est trop cuit, il ne prendra plus le blanc ; c’est pourquoi l’on place ordinairement le crû en-haut, à moins que la terre ne soit extraordinairement dure à cuire.

Les gasettes (fig. 15.) sont faites ou au tour ou au moule ; on leur donne, dans l’un & l’autre cas, l’épaisseur, la largeur & la hauteur convenables. La plûpart des fabriquans les font faire sans fond, mais leur laissent seulement un bord d’environ neuf à dix lignes de largeur.

Pour faire les gasettes au moule, il faut avoir un moule à tuile, & un autre en rond ou en ovale pour les façonner. Il y a des gasettes de soixante pouces en diametre, de vingt & de quatorze. Si on les vouloit de quatorze pouces de diametre sur autant de hauteur, le moule pour la tuile devroit être de quarante-quatre pouces de tour (parce que la terre prend retrait), d’environ quatorze pouces de longueur dans œuvre, & de sept lignes de profondeur ou à-peu-près. On pose le moule sur une table unie ; on répand dessus un peu de sable sec & fin, & on le remplit de terre qu’on serre bien avec la main : s’il y en a trop, on enleve le superflu avec un fil d’archal ou de cuivre ; après quoi on le repasse avec une latte ou couteau, afin de l’égaliser par tout. On enleve ensuite le moule, & la tuile reste. Alors on prend l’autre moule qui est bâti de cerceaux, comme ceux avec lesquels on fait les tambours (voyez figure 16.) ; il doit avoit quatorze pouces en diametre, & la même hauteur que la tuile ; un bâton placé en-travers à sa partie supérieure, lui sert d’anse. On place sur les parois extérieures du rond, la tuile, de sorte que les bords de la tuile & ceux du rond ne s’excedent pas ; puis avec une main, on éleve un bout de la tuile, & on la presse contre le rond ; & en tournant, les deux bouts de la tuile se rencontreront : alors on place une main où ils se rencontrent, & l’autre vis-à-vis : on enleve le rond avec la tuile, & on les pose sur une planche ronde. Là on consolide les deux bouts de la tuile ensemble, on porte le tout sur la planche ronde, & on le glisse à terre : on retire ensuite le moule, & l’on recommence.

Quand les gasettes sont un peu durcies, alors on fait les trous à pernettes. Pour cet effet on a une planche percée triangulaire (voyez figure 17.), dont les trous soient à une distance les uns des autres, telle que cette distance soit du moins égale à la hauteur d’une assiette ; puis avec un perçoir triangulaire de fer ou de bois, mais le fer vaut mieux (voyez figure 18.), la planche étant placée contre les parois de la gasette, on ouvre des trous égaux & triangulaires, en passant le perçoir par les trous de la planche d’une main, & en soûtenant de l’autre main la surface de la gasette : cela fait, on recommence la même chose en deux autres endroits de la gasette, afin que chaque plat ou assiette puisse être posée sur les angles de trois pernettes. Il faut que les pieces posent sur ces angles, parce qu’ainsi elles ne sont touchées des trois pernettes qu’en trois points ; qu’elles chauffent également par-tout ; & que s’il arrive à l’émail de couler, l’adhésion n’est rien. C’est pour empêcher cette adhésion qu’on n’apperçoit point d’émail ou de couverte à la partie inférieure des pieces sur laquelle elles sont posées dans le four. Cela fait, on met la gasette à sécher.

Ces gasettes étant faites & biscuitées, de même que les pernettes, qui ne sont qu’un prisme triangulaire fait de bonne terre, on fait les pernettes ; les pernettes se font à la main, mais on peut aussi les faire au moule. Voyez fig. 14. Quand ces pernettes sont cuites, on les ajuste dans les trous des gasettes ; quand les gasettes sont encastrées, on les enfourne, & avec elles des marchandises en échappades, comme j’ai déjà dit.

Mais la plus grande partie des fayences sont peintes : voici comment on les colore.

Bleu : on prend le meilleur safre, on le met dans un creuset ; on couvre le creuset d’une tuile qui résiste au feu ; on met le tout sous le four pour y être calciné : quand le four est froid, on retire le creuset. On prend autant de smalt (voy. Smalt), & on broye le tout ensemble, jusqu’à ce que le mélange soit aussi fin que le blanc, & l’on conserve cette couleur pour en faire usage.

Rouge : le plus bel ocre jaune calciné deux à trois fois dans le four où l’on cuit les marchandises, pilé & broyé, donnera cette couleur.

Jaune : la terre de Naples bien broyée & délayée.

Autre jaune : 4 livres mine de plomb ou de plomb rouge, 2. de cendre de plomb, 2. de sable blanc, d’ocre rouge, ou d’ocre jaune, calciné & réduit en poudre ; 2. d’antimoine crû mis en poudre, 1. de verre blanc ou crystal, aussi mis en poudre : mêlez, faites calciner doucement, faites fondre ensuite ; pilez, broyez.

Vert : 2 livres vert d’ardoise, 1. limaille d’épingles, 1. minium, 1. verre blanc : mettez en poudre, mélangez, faites fondre, broyez, &c.

Autre vert : 1. de jaune, 1. de bleu : mêlez, broyez.

En unissant ces deux couleurs on aura différens verts, selon que l’on mettra plus ou moins de jaune, la quantité de bleu restant la même.

Autre vert : 4. de bouteilles cassées, vert d’ardoises, de limaille d’épingles, 1. de soude d’Alicant ou de Varech : mettez en poudre, mêlez, faites fondre.

Brun : calcinez l’ardoise deux fois sur le four, mettez-la en poudre, prenez-en 2 parties ; 2. de poudre de bouteilles cassées, 1. de chaux en poudre, 1. de soude, & 4 onces de Périgueux : mêlangez, faites fondre, &c.

Autre : 3. de minium ou mine de plomb, de sable d’Envers, 1. d’ocre rouge, & 4 onces de Périgueux.

Bleu violet : 1. de potasse, sable blanc, 2. de blanc à biscuit, mais sec ; 8 onces de safre, 1 once de manganese : mettez en poudre, faites fondre, &c.

Les couleurs étant ainsi préparées, on les employe à l’eau.

Quand l’assiette a été trempée dans le blanc, & qu’elle est seche, le peintre la prend, & y trace la figure qu’il veut : quant au trait rond, il se sert pour le tracer, d’une tournette. Voyez la tournette, fig. 19. Il place l’assiette sur la tête de la tournette ; il la met en mouvement avec la main, observant que le centre de la tête de la tournette réponde bien au centre de la piece : cela fait, il la touche du pinceau, & la tournette fait le trait.

Outre que ceux qui se piquent de faire la belle fayence, font passer leur terre au tamis fin, comme nous avons dit, ils employent aussi des couleurs & un blanc meilleurs.

Blanc fin : tirez le sel de soude, comme nous dirons à l’article de la Verrerie ; prenez 50 parties de ce sel, 80. de beau sable blanc pur & net, réduisez le sel en poudre, mêlangez avec le sable ; faites calciner le mélange dans la fournette, comme s’il s’agissoit de faire du crystal : cela fait, mettez en poudre en le pilant ; passez au tamis ; prenez 50. d’étain fin, autant de plomb ; calcinez comme ci-dessus, broyez. Passez au tamis ; ajoûtez ces calcinés ensemble ; ajoûtez 1 de la plus belle potasse blanche, 3 onces & 2 gros de manganese de Piémont, préparée comme nous le dirons à l’article Verrerie ; mêlez le tout, passez au crible, faites fondre, épluchez, broyez comme le blanc. Une livre de ce blanc équivaudra à deux livres de blanc ordinaire.

Il faut, au reste, faire une expérience de ce blanc en petit, parce que si le sable étoit tendre à fondre, comme celui de Nevers, il en faudroit ajoûter davantage.

On pourroit faire le blanc avec la soude même, sans en tirer le sel :il suffiroit d’ajoûter à la composition sur chaque 100 livres, 8 onces de manganese ; mais comme les Fayenciers ne sont point dans l’usage de la manganese pour le blanc, ils diront peut-être qu’elle rendra l’émail ou brun ou noirâtre : mais qu’ils en fassent l’expérience en petit avant que de rien prononcer ; la violence du feu détruit toutes les couleurs accidentelles & toutes les saletés.

Autre blanc à l’angloise : 150 livres de varech, ou de la soude qui se fait sur les côtes de la Normandie ; 100. de beau sable blanc : ajoûtez 18 livres d’étain & 54. de plomb, calcinés ensemble ; 12 onces de manganese préparée comme pour le crystal : mélangez, mettez fondre dans le feu, &c.

Autre de Hollande : 50. de sable bien net, 15. de potasse, 20. de soude. Quand la soude aura été mise en poudre, on ajoûtera 6 onces de manganese ; on mêlangera, on calcinera comme pour le crystal ; on pilera, passera au tamis ; on ajoûtera 20 liv. d’étain, 20 de plomb calcinés ensemble : mêlangez, faites fondre dans le four, &c.

Couleurs fines pour peindre la fayence : prenez du meilleur bol arménien, calcinez trois fois, broyez ; prenez 12 livres de blanc fin réduit en poudre, 8 onces de safre ainsi préparé, 1 gros d’æs ustum mis en poudre : mêlangez, mettez sous le four dans un grand creuset à fondre ; laissez refroidir le creuset, rompez-le pour avoir la matiere ; épluchez cette matiere des écailles du creuset ; pilez, broyez, & vous aurez un très-beau bleu.

Vert : prenez de l’écaillemine ou limaille d’épingles pilée, mettez au creuset, couvrez avec une tuile ; mettez sur un fourneau crû un peu de charbon, allumez à l’entour, puis mettez dans la cheminée & augmentez le feu peu-à-peu, jusqu’à ce que le creuset soit couvert ; continuez pendant deux heures ; laissez refroidir, pilez, broyez, gardez pour l’usage.

Prenez aussi l’écaille qui tombe de l’enclume des Serruriers, sans ordure ; pilez, broyez, & gardez pour l’usage.

Prenez du blanc en poudre 8, 5 d’écaillemine préparée, 1 gros de paille de fer préparée : mêlez, faites fondre, &c.

Pourpre commun : 6 de blanc en poudre, 3 onces de manganese : mêlez, faites fondre, &c.

Jaune : 6. de blanc en poudre, 5 onces de tartre rouge de Montpellier ; réduisez en poudre : 1 gros 36 grains de manganese préparée : mêlez, mettez dans un grand creuset, à cause de l’ébullition : faites comme ci-dessus.

Brun : 6. de blanc commun en poudre, 3 onces de Périgueux, de safre : mêlez, & faites comme ci-dessus.

Noir : 6. de blanc commun en poudre, 3 onces de safre non calciné, 2 de manganese, 2 onces de Périgueux, onces de paille de fer : mêlez, faites fondre, &c.

De ces couleurs mélangées on obtiendra toutes les autres.

Couverte : la couverte n’est autre chose qu’une sorte de beau crystal tendre. Prenez trente livres de litharge, 12 de potasse, 18 de beau sable blanc ; ajoûtez 2 onces d’arsenic blanc en poudre ; faites fondre au four : cela fait, épluchez comme le blanc, pilez, broyez.

Ceci donne un vernis brillant, & fait couler le blanc. Il faut que cela soit bien broyé & bien liquide, & l’on s’en sert de la maniere suivante.

On a une brosse ou aspersoire (voyez figure 20.) ; on la trempe dans la couverte, qui est fluide comme l’eau ; on la tient de la gauche, & avec les doigts de la main droite on tire le crin vers soi, en le laissant aller ; on asperge ou arrose la piece : on répete la même chose. Mais en Hollande on tient le vaisseau couvert de blanc, & peint, sur la paume de la main gauche, & l’aspersoir de l’autre main, & l’on répand la couverte dessus, en le secoüant.

Autre couverte blanche : prenez 4 livres de cendres de plomb, 2 livres de cendres d’étain ou de potée, & une bonne poignée de sel commun ; faites fondre le tout jusqu’à ce qu’il se vitrifie, & formez-en des gâteaux pour l’usage.

Couverte jaune : prenez de cendres de plomb, du minium & de l’antimoine, de chacun une partie ; de cailloux calcinés & broyés, deux parties ; une partie de sel gemme ou sel commun : broyez, faites fondre, & procédez du reste comme à la couverte précédente.

Ou prenez 6 livres de cendres de plomb, d’antimoine & de moulée d’ouvriers en fer, de chacun 1 livre ; de sable 6 livres : faites fondre, &c.

Couverte verte : prenez deux parties de sable, trois parties de cendres de plomb, des écailles de cuivre à volonté : faites vitrifier. Ajoûtez, si vous voulez, une partie de sel, la matiere en fondra plus aisément ; le vert sera plus ou moins foncé, selon le plus ou le moins d’écailles de cuivre.

Couverte bleue : prenez du sable blanc ou des cailloux, réduisez-les en poudre fine ; ajoûtez égale quantité de cendres de plomb, & 1 tiers de partie de bleu d’émail : faites fondre, formez des gâteaux, & gardez-les pour l’usage.

Ou prenez 6 livres de cendres de plomb, 4 de sable blanc bien pur, 2 de verre de Venise, une demi-livre ou trois quarterons de safre, & une bonne poignée de sel, & procédez comme ci-dessus.

Couverte violette : prenez cendre de plomb une partie, sable pur trois parties, bleu d’émail une partie, manganese un huitieme d’une partie, & procédez comme ci-dessus.

Couverte brune : prenez verre commun & manganese, de chacun une partie ; de verre de plomb deux parties, & achevez comme pour les autres.

Couverte noire ou foncée : prenez deux parties de magnésie, de bleu d’émail une partie, de cailloux calcinés, de cendres de plomb & de chaux une partie & demie, & achevez comme ci-dessus.

Couverte singuliere : prenez de minium & de cailloux calcinés parties égales, réduisez-les en poudre fine, mettez le mélange en fusion, & formez des gâteaux.

Couverte de couleur ferrugineuse : prenez deux parties de cendres de plomb ; de cendres de cuivre, & de verre commun, ou de caillou blanc, une partie ; & procédez comme ci-devant.

Les compositions suivantes sont de Kunckel qui les a rassemblées dans son traité de la Verrerie ; elles lui ont été communiquées par ceux qui de son tems travailloient en Hollande à la fayence. Il lui en coûta beaucoup de peines & de dépenses pour les apprendre des ouvriers qui en avoient toûjours fait mystere. Il les a vûes pratiquer, & il en a éprouvé lui-même un grand nombre. Voyez la traduction que M. le baron d’H.... nous a donnée de l’ouvrage de Kunckel.

Massicot ou base de la couverte blanche : prenez du sable fin, lavez-le avec soin ; mettez sur 100 livres de sable, 44 livres de soude & 30 livres de potasse ; calcinez le tout, & vous aurez le massichot ou massicot.

Autre préparation du massicot : prenez 100 livres du premier, 80 livres de chaux d’étain, 10 livres de sel commun : faites calciner le mélange à trois différentes reprises.

Autre couverte de la chaux d’étain : prenez 100 livres de plomb, 33 livres d’étain : faites calciner, & vous aurez ce que l’on nomme la matiere fine pour la couverte blanche.

Autre couverte meilleure : prenez 40 livres de sable bien pur, 75 liv. de litharge ou cendres de plomb, 26 livres de potasse, 10 livres de sel commun, & faites calciner le mélange.

Autre couverte : prenez 50 livres de sable pur, 70 livres de litharge ou cendres de plomb, 30 livres de potasse, 12 livres de sel commun, & calcinez le mélange.

Autre couverte : prenez sable pur 48 livres, cendres de plomb 60, potasse 20, sel marin 8, calcinez le mélange.

Autre couverte : prenez sable pur 10 livres, cendres de plomb 20, sel marin 10. Ces couvertes communes sont, comme on voit, à-peu-près les mêmes.

On couvre les vaisseaux de ces compositions fluides, on les peint ensuite de la couleur qu’on veut, & on les place dans les gasettes, comme nous avons dit plus haut, & les gasettes dans le fourneau.

Email blanc : prenez 2 livres de plomb ; 1 liv. d’étain & un peu plus ; calcinez le mélange, réduisez-le en cendres : prenez de ces cendres 2 parties ; de sable blanc ou de caillou calcinés, ou de morceaux de verre blanc, 1 partie ; partie de sel : mêlez : mettez à recuire dans un fourneau, faites fondre, & vous aurez un beau blanc.

Autre blanc : prenez de plomb une livre & , calcinez : prenez 8 parties de ces cendres, de caillou & de sel calcinés 4 parties ; faites fondre, &c.

Autre : prenez de plomb 3 livres, d’étain 1 ; faites calciner : prenez de cette chaux 2 parties, de sel 3 parties, de cailloux purs 3 parties ; faites fondre, &c.

Autre : prenez de plomb 4 livres, d’étain 1 livre ; réduisez en chaux : prenez de cette chaux 8 parties, de caillous 7 parties, de sel 14 parties ; faites fondre, &c.

Fondant pour mettre la couverte en fusion : prenez de tartre calciné 1 partie, de caillou & de sel chacun 1 partie ; passez le mélange sur les vaisseaux, quand la couverte prendra mal.

Autre fondant : prenez tartre calciné à blancheur & de caillou de chacun 1 partie ; faites fondre ; mettez en gâteau ; pulvérisez : prenez de cette poussiere 1 partie, de cendres de plomb 2 ; faites fondre.

Autre : prenez de tartre calciné 1 partie, de cendres de plomb & d’étain 1 partie, de caillou 1 partie, de sel deux ; faites fondre le mélange.

Couverte blanche, qu’on portera même sur des vaisseaux de cuivre : prenez de plomb 4 livres, d’étain 3, de caillou 4, de sel 1, de verre de Venise 1 ; faites fondre.

Autre : prenez d’étain 1, de plomb 6 ; faites calciner : prenez de cette chaux 12, de caillou calciné 14, de sel 8 ; faites fondre par deux fois.

Autre : prenez de plomb 2, d’étain 1 ; calcinez : prenez de la chaux, de sel, & de caillou, de chacun 1 ; faites fondre, & la couverte sera très-belle.

Autre : prenez de plomb 3, d’étain 1, de sel 3, de tartre calciné 4 ; faites fondre, & formez des gâteaux.

Autre : prenez d’étain 1, de plomb 5, de verre de Venise 1, de tartre calciné , &c.

Autre meilleure : prenez d’étain 1 & , de plomb 1 & , de sel 1, de verre de Venise , &c.

Autre : prenez de plomb 4, d’étain 1 & , de caillou calcine 3, de sel 2, &c.

Blanc pour peindre sur un fond blanc : prenez un peu d’étain bien pur, enveloppez-le d’argille ou de terre, mettez-le dans un creuset, calcinez, cassez le creuset, vous en tirerez une chaux ou cendre blanche : servez-vous de cette cendre pour peindre ; les figures que vous en tracerez, viendront beaucoup plus blanches que le fond.

Il faut observer sur toutes les couvertes blanches qui précedent, qu’il faut sur-tout que le plomb & l’étain ayent été bien calcinés, & que le mélange, quand on y ajoûtera du sel & du sable, soit remis encore à calciner pendant douze ou seize heures.

Couvertes jaunes : prenez d’étain 2, d’antimoine 2, de plomb 3, ou de chacun égale quantité ; calcinez ; faites vitrifier ensuite : cette couverte sera belle & très-fusible.

Autre jaune : prenez de minium 3, de poudre de brique 2, de cendres de plomb 2, de sable 1 ; d’une des couvertes blanches qui précedent 1, d’antimoine 2 ; faites calciner, & mettez ensuite en fusion.

Autre jaune citron : prenez de minium 3, de poudre de brique bien rouge 3 & , d’antimoine 1 ; mettez à calciner jour & nuit pendant deux à trois jours, au fourneau de verrerie ; fondez ensuite.

Autre jaune : prenez cendres de plomb & étain calcinés ensemble, 7 parties, d’antimoine 1, & faites fondre.

Autre : prenez de verre blanc 4, d’antimoine 1, de minium 3, de mâchefer  ; faites fondre.

Autre : prenez de moulée 4, de minium 4, d’antimoine 2 ; mêlez & broyez, mais ne mettez pas le mélange en fusion.

Autre : prenez de caillou 16, de limaille de fer 1, de litharge 24 ; faites fondre.

Jaune clair : prenez de minium 4, d’antimoine 3, du mélange des cendres de plomb & d’étain 8, de verre 3 ; faites fondre.

Jaune d’or : prenez de minium 3, d’antimoine 2, de safran de Mars 1 ; faites fondre ensemble, pulvérisez ; faites fondre derechef, réiterez le tout jusqu’à quatre fois.

Autre : prenez de minium & d’antimoine de chacun 23, de rouille de fer  ; faites fondre à quatre à cinq reprises différentes.

Autre : prenez de cendres de plomb 8, de cailloux 6, de jaune d’ocre 1, d’antimoine 1, de verre blanc 1 ; calcinez, & ensuite faites fondre.

Autre : prenez cendres de plomb, de cailloux blancs chacun 12, de limaille de fer 1 ; faites fondre à deux reprises.

Tous ces jaunes donneront des nuances & une fusibilité différentes, si, quand ils auront été mis en fusion, on les fait recuire ; le broyement même y fera.

Couverte verte sur un fond blanc : prenez de cendres de cuivre 2 parties, d’une des couvertes jaunes à volonté 2 ; mettez en fusion deux fois, & peignez legerement, pour que la couleur ne soit pas foncée.

Autre : prenez verd de montagne 1, de limaille de cuivre 1, de minium 1, de verre de Venise 1 ; faites fondre ; vous pourrez vous en servir aussi sans l’avoir mis en fusion.

Autre : prenez de minium 2, de verre de Venise 2, de limaille de cuivre ; faites fondre.

Autre : prenez de verre blanc 1, de limaille de cuivre & de minium de chacun 1 ; faites fondre, broyez : prenez ensuite 2 parties de ce mélange broyé, & une de verd de montagne.

Autre : prenez d’une des couvertes jaunes précédentes, ajoûtez d’une des couvertes bleues qui suivront 1 ; mêlez & broyez.

En mêlant le bleu & le jaune, on aura différentes nuances de verd.

Couverte bleue : prenez cendres de plomb 1, cailloux pulvérisés 2 ; sel 2, tartre calciné à blancheur 1, de verre blanc ou de Venise , de safre  ; faites fondre, éteignez dans l’eau, remettez en fusion, & éteignez encore, & ainsi de suite plusieurs fois. Observez la même regle pour toutes les compositions où il entrera du tartre, sinon elles seront trop chargées de sel, & la couleur n’en sera ni belle ni durable ; calcinez aussi le mélange pendant deux fois 24 heures, au fourneau de Verrerie.

Autre : prenez de tartre une livre, de litharge ou cendres de plomb de livre, de safre une demi-once, de beau caillou pulvérisé de livre ; faites fondre, & procédez comme ci-dessus.

Autre : prenez de plomb 12, d’étain 1, réduisez-les en chaux ; ajoûtez de sel 5, de cailloux pulvérisés 5, de safre 1, de tartre & de verre de Venise de chacun 1 ; procédez pour la calcination comme ci-dessus, & faites ensuite fondre le mélange.

Autre : prenez de tartre 2, de sel 2, de cailloux 1, de litharge & de safre de chacun 1 ; achevez comme ci-dessus.

Autre : prenez de litharge 1, de sable 3, de safre 1, ou au défaut de safre, d’émail bleu 1.

Autre : prenez de litharge 2, de cailloux & de safre de chacun  ; broyez & faites fondre.

Autre : prenez de litharge 4, de cailloux 2, de safre 1 ; faites calciner, & faites fondre.

Autre : prenez de litharge 4, de cailloux pulvérisés 3, de safre 1, de tartre , de verre blanc 1 ; faites fondre, & achevez comme ci-dessus.

Bleu violet : prenez de tartre 12, de cailloux & de safre de chacun 12 ; achevez comme ci-dessus.

Autre : prenez d’étain 4 onces, de litharge 2 onces, de cailloux pulvérisés 5 onces, ajoûtez une demi-dragme de magnésie, & achevez comme ci-dessus.

Tous les procédés qu’on vient de donner ont été éprouvés.

Couverte rouge : prenez d’antimoine 3, de litharge 3, de rouille de fer 1 ; broyez, & gardez pour l’usage.

Autre : prenez d’antimoine 2, de litharge 3, de safran de Mars calciné 1 ; achevez comme ci-dessus.

Autre : prenez du verre blanc, réduisez-le en poudre très-fine ; prenez du vitriol calciné ou rouge, ou plûtôt le caput mortuum, de l’huile de vitriol ; édulcorez avec l’eau, mêlez avec le verre broyé, peignez, & faites ensuite recuire votre ouvrage pour faire sortir le rouge.

Autre d’un brun pourpre : prenez de litharge 15, de cailloux pulvérisés 18, de magnésie 1, de verre blanc 15 ; broyez, & faites fondre.

Couverte brune : prenez de litharge & de cailloux de chacun 14, & de magnésie 2, & faites fondre.

Autre : prenez de litharge 12, de magnésie 1 ; faites fondre.

Autre couverte brune sur fond blanc : prenez de magnésie 2, de minium & de verre blanc de chacun 1 ; faites fondre deux fois.

Couverte de couleur de fer : prenez de litharge 15, de sable & de caillou 14, de cendres de cuivre 5 ; faites calciner & fondre.

Autre semblable : prenez de litharge 12, de cailloux 7, de cendres de cuivre 7, & achevez comme ci-dessus.

Couverte noire : prenez de litharge 8, de limaille de fer 3, de cendres de cuivre 3, de safre 2 ; faites fondre ; & si vous voulez la couleur plus noire, ajoûtez du safre.

Tous ces procédés sont d’artistes différens, & aucun ne donne la même nuance ; il n’est donc pas superflu d’en avoir indiqué un si grand nombre. Il n’y a pas de circonstances où il importe plus d’avoir le choix. D’ailleurs Kunckel, dont on connoît l’exactitude dans le manuel & l’art expérimental, assûre positivement qu’ils réussissent tous.

Si on en desire savoir davantage, nous avons quelque espérance de pouvoir satisfaire le lecteur à l’article Porcelaine. Voyez l’article Porcelaine.