L’Encyclopédie/1re édition/FOURBURE

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FOURBURE, s. f. (Maréchall.) maladie d’autant plus aisée à reconnoître, qu’elle se manifeste à tous les yeux par la roideur de l’animal, par la difficulté avec laquelle il manie ses membres, par la sorte de crainte & de peine qu’il témoigne quand il pose les piés sur le terrein, par l’attention avec laquelle il évite alors des appuyer sur la pince, par la foiblesse du train de derriere qui, lorsqu’il est entrepris, flote continuellement quand l’animal chemine ; ses jambes postérieures s’entre-croisant alternativement à chaque pas, par le dégoût qui l’affecte, par une tristesse plus ou moins profonde, enfin par un battement de flanc & une fievre plus ou moins forte, selon les causes, les degrés, & les progrès du mal.

Ces causes sont ordinairement un travail excessif & outré ; un refroidissement subit, succédant à une violente agitation, soit que l’on ait imprudemment abreuvé le cheval au moment où il étoit en sueur, soit qu’on l’ait exposé dans cet état à un air vif & humide, soit qu’on l’ait inconsidérément conduit à l’eau ; une douleur qui attaquant un des membres, & ne permettant à l’animal aucune espece d’exercice, le contraint de séjourner long-tems dans l’écurie ; une nourriture trop abondante proportionnément au travail qu’on exige de lui, une trop grande quantité d’avoine ; des alimens, tels que le verd de blé & même le verd d’orge quand ils sont épiés ; des saignées copieuses ; des flux violens spontanés, ou produits par des purgatifs forts & drastiques, &c.

Lorsque l’on envisage les symptomes de la fourbure & tous les évenemens qui y donnent lieu, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle dépend principalement de l’épaississement de la partie blanche ou lymphatique du sang, ainsi que de l’irrégularité du mouvement circulaire, ou du vice de toute la masse, s’il y a fievre, oppression, dégoût, &c. Les vaisseaux destinés à charrier la lymphe, abondent & sont en un nombre infini dans toutes les parties membraneuses : or celles qui enveloppent les articulations éprouvant dès-lors un engorgement plus ou moins considérable, le jeu des membres s’exécutera avec moins de liberté & d’autant plus difficilement que la liqueur mucilagineuse répandue entre les pieces articulées à l’effet d’en favoriser les mouvemens, participera inévitablement du défaut de celle d’où naîtront les premiers obstacles, & que les nerfs étant infailliblement comprimés, l’animal ne pourra que ressentir lors de son action & même dans les instans de son repos, des douleurs plus ou moins vives, suivant l’excès & la force de la compression, & selon la quantité des particules âcres & salines, dont l’humeur se trouvera imprégnée. Tout ce qui pourra exciter une forte dissipation, ralentir, ou précipiter la marche des fluides, forcer les molécules lymphatiques à pénétrer dans les tuyaux trop exigus qu’elles engorgent nécessairement, susciter la constriction des petits vaisseaux, la coagulation, l’augmentation de la consistance naturelle des liqueurs, sera donc regardé, avec raison, comme la cause occasionnelle & évidente de la maladie dont il s’agit.

Est-elle récente ; ne provient-elle que de la constriction des canaux, ou d’un leger embarras ; ne se montre-t-elle que comme un simple engourdissement dans les extrémités antérieures ? elle cede facilement aux remedes : mais l’épaississement est-il à un certain degré ; les fluides ont-ils contracté une certaine acrimonie ; la fievre attaque-t-elle l’animal ; l’humeur intestinale paroît-elle dans les excrémens comme un mucilage épais, ou sous la forme d’une toile graisseuse qui les enveloppe ? elle sera plus rebelle & plus difficile à vaincre.

Tout indique d’abord la saignée dans de pareilles circonstances. En desemplissant les vaisseaux, la masse acquierra plus de liberté, & les engorgemens diminueront. Cette opération sera réitérée, si la fourbure est accompagnée de la fievre ; elle suffira même pour opérer l’entiere guérison de l’animal, lorsque les symptomes ne presageront rien de formidable, pourvû que l’on multiplie en même tems & promptement les bains de riviere, qui ne seroient pas convenables dans le cas où la maladie seroit ancienne, & où les fibres auroient perdu leur ressort. Les lavemens émolliens seront encore mis en usage, ainsi qu’un régime délayant & humectant ; on retranchera entierement l’avoine ; on promenera avec soin & en main le cheval, plusieurs fois par jour, mais on ne lui demandera qu’un exercice court & modéré ; un mouvement trop long & trop violent fatigueroit incontestablement l’animal, & pourroit occasionner l’inflammation, la rupture des petits vaisseaux & des dépôts sur les parties. Les purgatifs seront encore administrés avec succès ; on les fera succéder aux délayans & aux lavemens, & l’on passera ensuite aux médicamens propres à diviser & à atténuer la lymphe. Ceux qui ont le plus d’efficacité sont les préparations mercurielles. On ordonnera donc l’æthiops minéral, à la dose de quarante grains jusqu’à soixante, jettés dans une poignée de son ; on pourra même humecter cet aliment avec une décoction de squine, de salsepareille, de sassafras, & terminer la cure par la poudre de viperes.

Ces remedes internes ne suffisent point ; il est à craindre que le séjour de l’humeur dans les vaisseaux qui sont fort éloignés du centre de la circulation, & que l’engorgement qui y augmente toûjours, produisent dans le pié les plus grands desordres. On s’efforcera de prévenir l’enflure de la couronne, les cercles de l’ongle, les tumeurs de la sole, la chûte du sabot, par des topiques repercussifs & résolutifs, tels que l’essence de terebenthine, dont on oindra exactement & sur le champ la couronne, sur la quelle on appliquera de plus un cataplasme de suie de cheminée, délayée & détrempée dans du vinaigre. On mettra aussi de cette même essence chaude, ou de l’huile de laurier, ou de celui de pétrole, ou de celui de romarin sur la sole ; on y appliquera encore un cataplasme de fiente de vache bouillie dans du vinaigre : toutes ces précautions pourront garantir la partie des accidens qui sont à redouter. Le premier de ceux dont j’ai parle, survenu par la négligence ou l’ignorance du maréchal, on dégorgera la couronne par plusieurs incisions pratiquées avec le bistouri, & l’on en reviendra aux mêmes topiques prescrits ; si le mal est tel que l’on entrevoit des difformités sensibles dans la sole, on doit conclure de l’inutilité des médicamens externes que j’ai indiqués, que les piés de l’animal seront à jamais douloureux, malgré toutes les ressources de l’art & les attentions qui suivront les opérations de la ferrure. (e)