L’Encyclopédie/1re édition/GRANULATION

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  GRANVILLE

GRANULATION, s. f. (Métall.) réduction des métaux en poudre ou en petite grenaille, afin qu’ils puissent se fondre plus aisément, & se mêler plus également avec d’autres corps dans certaines opérations délicates.

C’est ce qu’on exécute d’une façon grossiere par la voie humide, en jettant les métaux quand ils sont en fusion, dans l’eau froide, au-travers d’un balai de genêt ou de bouleau tout neuf ; ou plûtôt en les faisant passer dans un cylindre creux percé de trous, espece de couloir destiné à cette opération. Mais la meilleure méthode de granuler les métaux cassans, se pratique par la voie seche, c’est-à-dire en jettant ces sortes de métaux au moment qu’ils sont en fusion, dans une boîte de bois bien enduite intérieurement de craie : on granule parfaitement le plomb de cette maniere, & voici comment il faut s’y prendre.

Mettez une certaine quantité de plomb dans une cueillere de fer ; faites-le fondre lentement sur un petit feu ; dès qu’il sera entierement liquéfié, versez-le dans votre boîte de bois, dont l’intérieur, ainsi que son couvercle, qui doit être juste & bien fait, seront partout enduits de craie ; secouez sur le champ votre boîte avec le métal fondu que vous venez d’y verser, & secouez-la fortement, ensorte que le métal soit violemment agité contre toutes les parois de la boîte ; continuez cette agitation jusqu’à ce que le métal soit refroidi ; alors ouvrez la boîte, & vous trouverez la plus grande partie de votre métal finement granulé, c’est-à-dire réduit en très-petits grains ; lavez tous ces grains dans l’eau chaude, vous enleverez la craie qui s’y est attachée ; enfin passez-les par des couloirs pour en trier les diverses grosseurs.

Le plomb, l’étain, le cuivre, sont les métaux les plus propres à ce procédé, parce qu’ils deviennent très-cassans lorsqu’ils entrent en fusion. La craie dont on couvre tout l’intérieur de la boîte de bois, y donne une grande force de résistance, & l’empêche de se brûler, tandis que le métal secoué contre ses parois, acquérant de la fragilité, à mesure qu’il se refroidit, se réduit par les secousses réitérées en une fine poudre, qu’on ne peut obtenir par aucune autre méthode.

Il y a pourtant quelques précautions à suivre dans ce procédé, qu’il est bon de savoir ; 1°. le plomb ne doit pas être fondu à un feu violent, parce qu’il dépose dans la fusion une pellicule sur sa surface, qui se regenere aussi souvent qu’on l’écarte ; de sorte que toutes ces pellicules se mêlant avec le métal, tandis que vous le secouez dans votre boîte, s’opposent à la granulation ; 2°. quoique le feu ne soit pas violent, il faut observer que le plomb soit toûjours fluide ; autrement il se réuniroit en masse presque aussi-tôt que vous le verseriez dans la boîte ; vous n’en retireriez donc que peu de poudre, & vous seriez obligé de répéter le procédé à plusieurs reprises ; 3°. l’espece de granulation dont nous parlons, ne doit pas s’appliquer à tous les métaux ; on ne peut l’obtenir de ceux qui sont d’autant plus tenaces, qu’ils approchent davantage de la fusion. L’or & l’argent, par exemple, sont de cette classe ; ils ne peuvent être granulés que par la méthode humide & grossiere de l’eau froide : du-moins les découvertes de nos jours en ce genre ne s’étendent pas plus loin. (D. J.)