L’Encyclopédie/1re édition/GROS

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche

* GROS, adj. (Gramm.) terme de comparaison ; son correlatif est petit. Il me paroît dans presque tous les cas, s’étendre aux trois dimensions du corps, la longueur, la largeur, & la profondeur, & en marquer une quantité considérable dans le corps appellé gros par comparaison à des corps de la même espece. J’ai dit presque dans tous les cas, parce qu’il y en a où il ne désigne qu’une dimension ; ainsi un gros homme est celui dont le corps a plus de diametre que l’homme n’en a communément, relativement à la hauteur de cet homme ; alors petit n’est pas son correlatif ; il se dit de la hauteur, & un petit homme est celui qui est au-dessous de la hauteur commune de l’homme.

GROS TOURNOIS, (Hist. des monn.) ancienne monnoie de France en argent, qui fut d’abord faite à bordure de fleurs-de-lis.

Les gros tournois succéderent aux sous d’argent ; ils sont quelquefois nommés gros deniers d’argent, gros deniers blancs, & même sous d’argent ; il n’est rien de si célebre que cette monnoie depuis S. Louis jusqu’à Philippe de Valois, dans les titres & dans les auteurs anciens, où tantôt elle est appellée argenteus Turonensis, tantôt denarius grossus, & souvent grossus Turonensis. Le nom de gros fut donné à cette espece, parce qu’elle étoit alors la plus grosse monnoie d’argent qu’il y eût en France, & on l’appella tournois, parce qu’elle étoit fabriquée à Tours, comme le marque la légende de Turonus civis pour Turenus civitas.

Quoique Philippe d’Alsace comte de Flandres, qui succéda à son pere en 1185, eût fait fabriquer avant S. Louis des gros d’argent avec la bordure de fleurs-de-lis, S. Louis passe pour l’auteur des gros tournois de France avec pareille bordure ; c’est pourquoi dans toutes les ordonnances de Philippe le Bel & de ses successeurs, où il est parlé de gros tournois, on commence toûjours par ceux de S. Louis : cette monnoie de son tems étoit à onze deniers douze grains de loi, & pesoit un gros sept grains  : il y en avoit par conséquent cinquante-huit dans un marc. Chaque gros tournois valoit douze deniers tournois ; de sorte qu’en ce tems-là le gros tournois étoit le sou tournois. Il ne faut pourtant pas confondre ces deux especes ; la derniere a été invariable & vaut encore douze deniers, au lieu que le gros tournois a souvent changé de prix.

Remarquez d’abord, si vous le jugez à-propos, la différence de l’argent de nos jours à celui du tems de S. Louis ; alors le marc d’argent valoit 54 sous 7 den. il vaut aujourd’hui 52 liv. ainsi le gros tournois de S. Louis, qui valoit 12 den. tournois, vaudroit environ 18 s. de notre monnoie actuelle.

Remarquez encore que les gros tournois, qui du tems de S. Louis étoient à 11 den. 12 grains de loi, ne diminuerent jamais de ce côté-là ; qu’au contraire ils furent quelquefois d’argent fin, comme sous Philippe de Valois, & souvent sous ses successeurs, à 11 den. 15, 16, 17 grains : mais il n’en fut pas de même pour le poids & pour la valeur ; car depuis 1343 sous Philippe de Valois, leur poids diminua toûjours, & au contraire leur valeur augmenta ; ce qui montre que depuis S. Louis jusqu’à Louis XI. la bonté de la monnoie a toûjours diminué, puisqu’un gros tournois d’argent de même loi, qui pesoit sous Louis XI. 3 den. 7 grains, ne valoit sous S. Louis que 12 den. tournois, & que ce même gros sous Louis XI. ne pesant que 2 den. 18 grains & demi, valoit 34 den.

Enfin observez que le nom de gros s’est appliqué à diverses autres monnoies qu’il faut bien distinguer des gros tournois : ainsi l’on nomma les testons grosse capitones ; les gros de Nesle ou négelleuses, étoient des pieces de six blancs. Les gros de Lorraine étoient des carolus, &c. mais ce qu’on nomma petits tournois d’argent étoit une petite monnoie qui valoit la moitié du gros tournois : on les appelloit autrement mailles ou oboles d’argent, & quelquefois mailles ou oboles blanches.

M. le Blanc, dans son traité des monnoies, vous donnera les représentations des gros tournois pendant tout le tems qu’ils ont eu cours. Au reste cette monnoie eut différens surnoms selon les différentes figures dont elle étoit marquée ; on les appella gros à la bordure de lis, gros à la fleur-de-lis, gros royaux, gros à l’O, gros à la queue, parce que la croix qui s’y voyoit avoit une queue ; gros à la couronne, parce qu’ils avoient une couronne, &c. (D. J.)

Gros, ou Groat, (Hist. mod.) en Angleterre signifie une monnoie de compte valant quatre sous. Voyez Sou.

Les autres nations, savoir les Hollandois, Polonois, Saxons, Bohémiens, François, &c. ont aussi leurs gros. Voyez Monnoie, Coin, &c.

Du tems des Saxons, il n’y avoit point de plus forte monnoie en Angleterre que le sou, ni même depuis la conquête qu’en firent les Normans jusqu’au regne d’Edoüard III. qui en 1350 fit fabriquer des gros, c’est-à-dire de grosses pieces, ayant cours pour 4 den. piece : la monnoie resta sur ce pié-là jusqu’au regne d’Henri VIII. qui en 1504 fit fabriquer le premier les schelins. Voyez Schelin & Groschen.

Gros, est aussi une monnoie étrangere qui répond au gros d’Angleterre. En Hollande & en Flandres on compte par livres de gros, valant six florins chacune. Voyez Livre. Chambers. (G)

Gros, (Commerce.) droit d’aides établi en plusieurs provinces de France : on le nomme droit de gros, parce qu’il se perçoit sur les vins, bierres, cidres, poirés, & eaux-de-vie qui se vendent en gros.

Ce droit consiste au vingtieme du prix de la vente de ces liqueurs ; on pretend que son établissement est de l’an 1355, sous le regne du roi Jean. Diction. de Commerce. (G)

Gros, (Pharmacie.) voyez Dragme.

Gros, (Marine.) le gros du vaisseau, c’est l’endroit de sa plus grande largeur vers le milieu ; on y met les plus épais bordages, parce que le bâtiment fatigue plus en cet endroit, & qu’il a moins de force que vers l’avant & l’arriere. (Z)

Gros tems, signifie tems orageux, vent forcé, ou tempéte.

Gros d’Haleine, (Manége & Maréchall.) cheval qui souffle considérablement dans l’action & dans le travail, & dont le flanc néanmoins n’est nullement altéré dans le repos, ni plus agité qu’il ne doit l’être naturellement ensuite d’une course violente. Communément il fournit avec autant de vigueur que si l’on ne pouvoit pas lui reprocher cette incommodité, plus disgracieuse pour le cavalier qui le monte que préjudiciable au service dont l’animal lui peut être.

Nous l’attribuons en général à un défaut de conformation : dans ces sortes de chevaux en effet les côtes sont ordinairement plates & serrées, & la capacité du thorax trop peu vaste pour permettre une grande dilatation des poumons ; or ce viscere se trouvant gêné dans son expansion & dans son jeu, il n’est pas étonnant que l’animal soit obligé d’inspirer & d’expirer plus fréquemment, sur-tout dans des momens où l’action des muscles hâte & accélere plus ou moins la marche circulaire, & où le cheval est machinalement obligé de faire de continuels efforts pour faciliter le cours du sang dans des canaux qu’il ne sauroit parcourir avec promptitude & avec aisance, dès que l’extension n’est pas telle qu’elle puisse en favoriser le passage.

Souvent aussi l’animal est gros d’haleine, attendu l’étroitesse de la glotte, de la trachée artere, & principalement des nasaux, dont il est d’autant plus essentiel que le diametre soit considérable, que la plus grande quantité de l’air inspiré & expiré enfile spécialement leurs cavités ; c’est ce qu’il est très-aisé d’observer dans les tems froids & rigoureux ; on voit en effet alors que l’espece de nuage résultant des vapeurs condensées des poumons, sort & s’échappe en plus grande partie par cette voie que par la bouche ; d’où l’on doit juger de l’inconvénient du resserrement du double canal qui forme les fosses nasales, & de la nécessité de sa largeur & de son évasure, pour l’accomplissement d’une respiration libre & parfaite.

L’impossibilité de remédier à un vice qui reconnoît de pareilles causes, est sensible ; mais le cheval n’en étant pas moins utile, pourquoi nous plaindrions-nous de notre impuissance ? Nous devons cependant faire attention à ce qu’il ne provienne pas d’un polype (voyez Polype), ou de la viscosité de l’humeur bronchiale ; ce qui n’est pas extraordinaire dans des chevaux gros d’haleine, qui font entendre un rallement produit presque toûjours par les différentes collisions de l’air contre les matieres visqueuses qui tapissent les canaux aériens : dans ce dernier cas, le flanc de l’animal n’est point aussi tranquille, & il est fort à craindre qu’il ne devienne poussif, si l’on n’a recours promptement aux médicamens incisifs, atténuans, & fondans, tels que la poudre du lierre terrestre, de racine de meum, d’énula campana, d’iris de Florence, de cloportes, d’éthiops minéral, d’acier, ou de plumbum ustum, &c. qu’il est très-à-propos de lui donner exactement tous les matins & à jeun dans une jointée d’avoine. Voyez Pousse. (e)