L’Encyclopédie/1re édition/HYMEN

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 392-394).
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HYMEN, s. m. (Anatom.) C’est sous ce nom que les anciens ont déïfié une membrane charnue, placée à l’origine du vagin, dont elle retrécit l’entrée.

Le mot grec ὑμὴν, signifie proprement un pellicule, une membrane, & répond aux mots de la même langue χιτὼν & μῆνιξ, desquels mots on fait usage suivant les parties du corps où ces membranes se trouvent placées.

Mundinus a le premier parlé de l’hymen comme d’un voile mis constamment par la nature au-devant du vagin ; il l’appelle velamen subtile quod in violatis rumpitur, cum effusione sanguinis, le voile de la pudeur, qui se rompt dans la défloration avec effusion de sang. Picolhomini a pareillement nommé ce voile, le cloître de la virginité, claustrum virginitatis. Les Italiens l’appellent en conséquence dans leur langue, la telletta valvola, sede della virginita. Les Latins, flos virginitatis, zona virginea ; & les matrones françoises, la dame du milieu. Tous ces noms indiquent assez le cas qu’on en a fait & l’idée qu’on s’en est formée.

Aussi est-il arrivé que cette membrane délicate, de figure indéterminée, qui se trouve ou ne se trouve pas dans le conduit de la pudeur, qui est visible ou invisible, a causé plus de maux dans le monde que la fatale pomme jettée par la Discorde sur la table des dieux aux nôces de Thétis & de Pelée.

Cependant on peut voir dans Riolan, Bartholin, de Graaf & autres, combien les anciens Anatomistes disputoient pour & contre l’existance de cette membrane, ainsi que sur sa situation & sa figure. Les modernes ont continué la même dispute, sans pouvoir mieux s’accorder que leurs prédécesseurs.

Falloppe, Vésale, Riolan, Carpi, Platerus, Techmeyer, Morgagni, Diemerbrock, Drake, Heister, Ruysch, Winslow & autres, regardent la membrane de l’hymen comme une partie non-seulement réelle, mais qu’on doit mettre constamment au nombre de celles de la génération des femmes. Ils assurent que cette membrane est charnue ; qu’elle est fort mince dans les jeunes vierges, & plus épaisses dans les filles adultes ; qu’elle est située au-dessous de l’orifice de l’uretre ; qu’elle ferme en partie l’entrée du vagin ; qu’elle est percée d’une ouverture ronde, oblongue, ovalaire, si petite néanmoins, qu’on pourroit à peine y faire passer un pois dans l’enfance, & une grosse feve dans l’âge de puberté.

M. Winslow entre dans les détails les plus propres à nous-persuader de l’existance de l’hymen, comme d’une chose constante. C’est, dit-il, un cercle membraneux qui borde l’extrémité antérieure du vagin dans les vierges, sur-tout dans la jeunesse & avant les regles. Ce repli membraneux, plus ou moins large, plus ou moins égal, quelquefois semi-lunaire, laisse une très-petite ouverture dans les unes, plus grande dans les autres, mais rendant pour l’ordinaire l’orifice externe du vagin généralement plus étroit que le diametre de sa cavité. Ce repli, continue-t-il, est formé par la rencontre de la membrane interne du vagin, avec la membrane ou la peau de la face interne des grandes aîles. Il peut s’effacer par des regles abondantes, par des accidens particuliers, par imprudence, par légereté, par tempérament & par d’autres causes. Il se rompt presque toûjours par la consommation du mariage, mais il se détruit inmanquablement par l’accouchement ; & pour lors il n’en reste plus rien, ou seulement des lambeaux irréguliers, qu’on nomme caroncules myrtiformes, à cause de quelque ressemblance avec des feuilles de myrthe. On ne trouve point, ajoûte-t-il, ces caroncules dans les jeunes filles véritablement pucelles ; on ne les trouve que dans les adultes, parce qu’elles sont formées par le déchirement du cercle membraneux.

Enfin, Spigelius, Panarolus, Swammerdam, Garengeot, Santorini, ainsi qu’Heister dans les éphémérides des curieux de la nature, cent. VII. & VIII. fig. 4, ont donné des figures de ce cercle membraneux, tel qu’ils l’ont trouvé en différens sujets.

Mais d’un autre côté, de très-grands maîtres de l’art, aussi fameux qu’accrédités, Ambroise Paré, Nicolas Massa, Dulaurent, Ulmus, Pineau, Bartholin, Mauriceau, Graaf, Palfyn, Dionis & plusieurs autres, soutiennent nettement & fermement que la membrane de l’hymen n’est point une chose constante ni naturelle au sexe, & qu’ils se sont assurés, par une multitude d’expériences, de recherches & de dissections, que cette membrane n’existe jamais ordinairement. Ils avouent seulement qu’ils ont vû quelquefois une membrane qui unissoit les protubérances charnues, nommées caroncules myrtiformes, mais ils sont convaincus que cette membrane étoit contre l’état naturel.

Cette contrariété d’opinions de maîtres de l’art dans un fait qui ne paroît dépendre que de l’inspection, répand la plus grande incertitude sur l’existance ordinaire de la membrane de l’hymen, & nous permet au moins de regarder les signes de virginité qu’on tire de cette membrane, non-seulement comme incertains, mais comme imaginaires & frivoles.

Cependant, si le partage des Anatomistes nous empêche de prononcer en faveur de l’existance constante de la membrane hymen, il est toûjours vrai que ceux qui prennent cette membrane pour un vice de conformation, pour un accident, pour un jeu de la nature, doivent avouer que ce jeu n’est pas extrêmement rare. Aussi Paré, Bartholin, Wierus, Mauriceau, qui n’estimoient l’hymen que comme un vice de conformation, reconnoissent tous l’avoir vû quelquefois. Colombus dit en particulier l’avoir observé dans trois filles. Kulm. en faisant une dissection publique, trouva ce cercle membraneux dans une fille de 17 ans. Mercusio, Spigelius, Plazzonus, Blasius, Rolfincius, attestent même avoir vû plusieurs fois cette membrane au-devant du conduit de la pudeur.

En un mot, nous avons des nuées de témoignages d’Anatomistes, qui certifient que l’orifice du vagin est quelquefois si fort retréci par une membrane qui le bouche presque totalement, qu’il n’y reste qu’un petit trou, par lequel les menstrues s’écoulent ; & qu’il résulte de ce jeu de la nature un obstacle à la consommation du mariage, & quelquefois à l’écoulement des regles.

Le lecteur en trouvera des exemples dans Roonhuysen, lib. I. de clausura uteri, observ. 1. Benivenius, de abditis morborum causis, cap. xxviij. Cabrolius, observ. xxiij. Fabricius ab Aquapendente, obser. chir. de hymene imperforato. Hildanus, Cent III. observ. lx. Schenckius, lib. IV. de partibus genitalibus. Solingen, observ. v. Meeckren, observ. chirurg. lv. Mauriceau dans ses observations sur les maladies des femmes grosses. Cowper dans son anatomie. Ruysch, obser. chirurg. xxxij, Saviard, observ. chirurg. iv. &c.

Dans les cas de l’existance de cette membrane, qui porte obstacle, soit aux devoirs du mariage, soit au cours des regles, il faut nécessairement, avec un bistouri, faire au cercle membraneux quatre petites incisions, en forme de la lettre X, & la guérison est immanquable.

Une chose bien plus étrange, c’est qu’il est arrivé que cette membrane bouchoit le vagin, sans avoir empêché la conception. J’en ai lu deux exemples trop curieux pour les passer sous silence, & dans deux auteurs trop celebres pour que leur témoignage ne soit de grand poids.

Ambroise Paré sera mon premier garant. Un orfévre, dit-il, qui demeuroit à Paris sur le Pont-au-Change, épousa une jeune fille qu’il aimoit beaucoup ; & parce que l’amour est d’ordinaire violent dans les premieres approches, ils s’y livrerent si fort l’un & l’autre, qu’ils vinrent tous les deux à se plaindre, l’un de ce que sa femme n’étoit point ouverte, & l’autre, de ce que dans les caresses de son mari, elle souffroit une douleur incroyable. Ils communiquerent leurs plaintes à leurs parens, qui se conduisant avec prudence, firent appeller dans la chambre des mariés, Jérôme de la Noue & le savant Simon Pietre, docteurs en Medecine, avec Louis Hubert & François de la Laurie, chirurgiens. Tous, d’une commune voix, tomberent d’accord qu’il y avoit une membrane au centre du conduit de la pudeur : ils la trouverent dure & calleuse, avec un petit trou au milieu, par lequel les regles avoient accoutumé de couler, & par lequel aussi la femme étoit devenue grosse ; car six mois après qu’on eut coupé cette membrane, cette femme fit un bel enfant à son mari, qui ne manqua pas de se réconcilier avec elle.

Ruysch me fournira le second exemple que j’ai promis. Il fut un jour appellé pour secourir une femme en travail d’enfant, qui depuis long-tems souffroit beaucoup, & jettoit de grands cris sans pouvoir accoucher. Après avoir examiné le fait, il découvrit que c’étoit l’hymen de la mere qui s’opposoit à la sortie de l’enfant. Cette membrane étoit dans son entier, fort épaisse, & poussée par la tête de l’enfant. Ruysch y fit faire promptement une incision par un chirurgien. Cependant cette incision ne put suffire, parce qu’il se trouva derriere une seconde membrane, contre nature, dans l’intérieur du vagin, qui la premiere fermoit le passage à l’enfant : il fallut donc l’inciser de la même façon. L’opération faite, l’enfant vint au monde fort heureusement, & la mere, qui auparavant étoit à l’extrémité, fut délivrée de tous ses maux ; seulement à cause de la grande & longue tension que sa vulve & le sphincter de la vessie avoient soufferts, il lui survint une incontinence d’urine, dont elle guérit au bout de quelques semaines.

L’on trouve dans cette derniere observation quatre choses singulieres réunies. 1°. Que cette femme avoit une hymen à l’orifice du vagin, qui en bouchoit l’entrée. 2°. Que cette hymen ne l’avoit point empêché de concevoir. 3°. Qu’il s’étoit formé dans son vagin, depuis la conception, une seconde membrane, qui fermoit le passage à la sortie de son enfant. 4°. Que cette seconde membrane, contre nature, provenoit vraisemblablement d’une excoriation des parois du vagin, occasionnée par quelque ulcération, humeur âcre, ou autre cause semblable.

Je pourrois ajoûter quelques autres remarques de Morgagny sur l’hymen, mais cet excellent auteur est entre les mains de tous les Anatomistes. Quant au gros ouvrage de Schurigius sur cette matiere, intitulé Parthenologia, c’est une compilation sans choix & sans goût. (D. J.)

Hymen, s. m. (Mythol.) ou Hymenée, dieu qui préside aux mariages : Horace le nomme ingénieusement le gardien de la vie. On l’invoquoit toujours dans les épithalames, par l’acclamation répétée, hymen, ô hymenée, qui lui étoit consacrée. Voyez Epithalame & Hymenée. (D. J.)

Hymen ou Hymenée, (Iconograph.) On représente ce dieu sous la figure d’un jeune homme blond, couronné de fleurs, tantôt de roses, & tantôt de marjolaine : c’est pourquoi Catulle lui dit, cinge tempora floribus suave olentis amaraci. Il tient de la main droite un flambeau, & de la gauche un voile de couleur jaune. Cette couleur étoit particulierement affecté aux noces ; car on lit dans Pline que le voile de l’épousée étoit jaune : les Poëtes même donnent au dieu Hymen une robe jaune & des souliers jaunes. (D. J.)