L’Encyclopédie/1re édition/INTRÉPIDITÉ

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 845).
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INTRÉPIDITÉ, s. f. (Morale.) L’intrépidité est une force extraordinaire de l’ame qui l’éleve au-dessus des troubles, des desordres, & des émotions que la vûe des grands périls pourroit exciter en elle ; & c’est par cette force que les héros se maintiennent en un état paisible, & conservent l’usage libre de leur raison dans les accidens les plus surprenans & les plus terribles.

L’intrépidité doit soutenir le cœur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est nécessaire dans les périls de la guerre.

Souvent entre l’homme intrépide & le furieux il n’est de différence visible que la cause qui les anime. Celui-ci pour des biens frivoles, pour des honneurs chimériques qu’on acheteroit encore trop cher par un simple desir, sacrifiera ses amusemens, sa tranquillité, sa vie même. L’autre au contraire connoît le prix de son existence, les charmes du plaisir, & la douceur du repos : il y renoncera cependant pour affronter les hasards, les souffrances, & la mort même, si la justice & son devoir l’ordonnent ; mais il n’y renoncera qu’à ce prix. Sa vertu lui est plus chere que sa vie, que ses plaisirs & son repos ; mais c’est le seul avantage qu’il préfere à tous ceux-là.

Un moyen propre à redoubler l’intrépidité, c’est d’être homme de bien. Votre conscience alors vous donnant une douce sécurité sur le sort de l’autre vie, vous en serez plus disposé à faire, s’il en est besoin, le sacrifice de celle-ci. « Dans une bataille, dit Xenophon, ceux qui craignent le plus les dieux, sont ceux qui craignent le moins les hommes ».

Pour ne point redouter la mort, il faut avoir des mœurs bien pures, ou être un scélérat bien aveuglé par l’habitude du crime. Voilà deux moyens pour ne pas fuir le danger : choisissez.