L’Encyclopédie/1re édition/MARBRE

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MARBRE, s. m. (Hist. nat Min.) marmor, c’est une pierre opaque, compacte, prenant un beau poli, remplie pour l’ordinaire de veines & de taches de différentes couleurs. Quoiqu’assez dure, cette pierre ne fait point feu lorsqu’on la frappe avec de l’acier ; l’action du feu la réduit en chaux, & elle se dissout dans tous les acides, d’où l’on voit que c’est une pierre calcaire.

Les couleurs du marbre varient à l’infini. Il y en a qui n’a qu’une seule couleur ; il est ou blanc, ou noir, ou jaune, ou rouge, ou gris, &c. Il y en a d’autre qui est rempli de veines & de couleurs différentes. Ces couleurs ne changent rien à la nature de la pierre, elles viennent de différentes substances minérales & métalliques comme celles des autres pierres. Les marbres noirs paroissent colorés par une substance bitumineuse, dont on découvre l’odeur en les frottant.

L’on a donné différens noms aux marbres d’après leurs différentes couleurs, d’après leurs accidens, & d’après les différens endroits où on les trouve. Il seroit trop long de rapporter ici tous ces noms, qui ont jetté beaucoup de confusion dans cette matiere, on les trouvera répandus dans les différens articles. Pour marbre de Paros, voyez Paros, & ainsi des autres. En général on observera que les marbres des anciens nous sont assez peu connus, Pline ne nous en a souvent transmis que le nom. Voyez l’art. Maçonnerie.

Tous les marbres n’ont point la même dureté, & ne prennent point un poli également brillant ; il y en a qui se travaillent aisément, d’autres s’égrainent & se cassent très-facilement.

Le marbre se trouve par couches & par masses ; qui sont quelquefois très-épaisses & très considérables ; celles qui sont les plus proches de la surface de la terre sont communément les moins bonnes, étant remplies de fentes, de gersures, & de ce que les Marbriers appellent des terrasses, ou des veines d’une matiere étrangere, qui l’interrompent & empêchent qu’on ne le puisse travailler avec succès.

Baglivi, dans son traité de lapidum vegetatione, rapporte un grand nombre d’exemples, qui prouvent évidemment que le marbre se reproduit de nouveau dans les carrieres d’où il a été tiré ; il dit que l’on voyoit de son tems des chemins très-unis, dans des endroits où cent ans auparavant il y avoit eu des carrieres très-profondes ; il ajoute qu’en ouvrant des carrieres de marbre on rencontre des haches, des pics, des marteaux, & d’autres outils enfermés dans du marbre, qui ont vraissemblablement servi autrefois à exploiter ces mêmes carrieres, qui se font remplies par la suite des tems, & sont devenues propres à être exploitées de nouveau.

Wallerius soupçonne que c’est une craie ou terre calcaire ou marneuse qui sert de base au marbre, & qu’il est venu s’y joindre une portion plus ou moins grande d’un sel volatil, & une matiere bitumineuse, qui jointe au sel marin, a fourni le gluten ou le lien qui a donné de la dureté & de la consistence à cette pierre ; il conjecture que c’est par cette raison que l’Italie, à cause du voisinage de la mer, est plus riche en marbre de la meilleure qualité que les autres parties de l’Europe.

Quoi qu’il en soit de ce sentiment, il est certain que l’on trouve de très-beau marbre dans plusieurs contrées qui sont fort éloignées de la mer. Au reste, ce sentiment est plus probable que celui de Linnœus qui croit que c’est l’argille qui sert de base au marbre, car cette idée est démentie par les propriétés calcaires que l’on remarque dans cette pierre.

Les propriétés que l’on a attribuées au marbre, suffisent pour faire sentir que c’est mal-à-propos que l’on a appellé marbre une infinité de pierres, qui sont ou de vraies cailloux ou des pierres argilleuses qui en different essentiellement. La propriété de faire effervescence avec les acides, tels que le vinaigre, l’eau-forte, &c. suffit pour faire reconnoître très-promptement les marbres, & pour les distinguer des porphyres, des granits, & des jaspes, avec lesquels on les a souvent confondus.

Il y a des marbres qui ne sont composés que d’un amas confus de petits fragmens de différentes couleurs, qui ont été comme collés ou cimentés les uns aux autres par un nouveau suc pierreux de la même nature que ces morceaux. Ces marbres ainsi formés de pieces de rapport, se nomment breche. La breche d’Alep est un marbre composé d’un amas de fragmens plus ou moins petits, qui sont ou rougeâtres, ou gris, ou bruns, ou noirâtres, mais ou le jaune domine. La breche violette est un marbre composé de fragmens blancs, violets, & quelquefois bruns. La breche grise est composée de morceaux gris, noirs, blancs, bruns, &c.

Les Marbriers donnent une infinité de noms différens aux marbres, suivant leurs différentes couleurs. C’est ainsi qu’il y a un marbre qu’ils appellent verd d’Egypte, un autre verd-de-mer, verd-de-campan, jaune antique, &c.

Le marbre renferme souvent des coquilles, des madrépores, & différens corps marins que l’on y distingue fort aisément. Les marbres de cette espece s’appellent en général marbres coquilliers. Tel est le marbre appellé lumachelle, le marbre d’Altorf qui renferme des cornes d’ammon, &c.

Le marbre qu’on appelle statuaire, est celui dont on fait les statues : on choisit communément pour cela celui qui est blanc & qui n’a point de veines colorées ; parce qu’étant d’une matiere plus uniforme & moins mêlangée, il se travaille plus aisément. On dit qu’il est devenu extrémement rare parmi nous ; cependant il s’en trouve dans le pays de Bareith, en Saxe, en Silésie, &c.

Le marbre de Florence a cela de particulier, qu’il est composé de fragmens recollés qui représentent quelquefois assez exactement des ruines, des masures, des rochers, &c.

Quels que soient les accidens qui se trouvent dans le marbre, ils ne changent rien à sa nature ; & il a toujours les propriétés que nous lui avons attribuées. Il est certain que cette pierre donne une chaux excellente : & les anciens s’en servoient pour cet usage. On prétend avec beaucoup de vraissemblance, que le mortier fait avec cette chaux donnoit à leurs édifices une solidité plus grande que n’ont ceux des modernes, qui font de la chaux avec des pierres beaucoup plus tendres & moins compactes que n’est le marbre.

Le marbre se trouve très-abondamment dans presque toutes les parties du monde ; on vante sur-tout celui d’Italie : peut-être que si on se fût donné autant de peine pour en trouver ailleurs, on en eût rencontré qui ne lui céderoit en rien. Tout le monde connoît le fameux marbre de Paros dont les anciens statuaires faisoient des statues-si belles, dont quelques-unes ont échappé aux injures des ans & de la barbarie. La Grece, l’Archipel, l’Egypte, la Sicile & l’Espagne fournissoient aux Romains les marbres précieux qu’ils prodiguoient dans ces édifices pompeux, dont les ruines même nous inspirent encore du respect.

On trouve une très-grande quantité de marbres de différentes couleurs & qualités en Allemagne, en Angleterre, en Suede, &c. Dans la France, le Languedoc & la Flandre en fournissent sur-tout des carrieres très-abondantes ; & l’on en rencontreroit dans beaucoup d’autres provinces, si l’on se donnoit la peine de les chercher. Les marbres les plus communs en France sont le marbre de rance, le marbre d’Antin, ou serancolin, la griotte de Flandre, le marbre de Cerfontaine, la breche de Flandre, le marbre de Givet, le marbre de Marquise près de Boulogne, le marbre de Sainte Beaume, &c.

L’albâtre que beaucoup d’auteurs ont faussement pris pour une pierre gypseuse, a toutes les propriétés que l’on a attribuées aux marbres dans cet article. Il doit donc être regardé comme un marbre plus épuré, qui a un peu de transparence, & qui s’est formé de la même maniere que les stalactites : c’est ce que prouvent ses veines ondulées qui annoncent que des couches successives sont venues se déposer les unes sur les autres.

On est aisément parvenu à donner diverses couleurs au marbre. Les couleurs tirées des végétaux, comme le safran, le suc de tournesol, le bois de bresil, la cochenille, le sang-de-dragon, &c. teignent le marbre, & le pénetrent assez profondément, pourvû qu’on joigne à ces matieres colorantes un dissolvant convenable, tel que de l’esprit-de-vin, ou de l’urine mêlée de chaux vive & de soude, ou des huiles, &c. mais on fera prendre au marbre des couleurs plus fortes, plus durables, & qui pénétreront plus avant, en se servant de dissolutions métalliques faites dans les acides, tels que l’eau-forte, l’esprit de sel, &c.

On peut faire du marbre artificiel. Pour cet effet, on commence par faire un fond avec du plâtre gâché dans de l’eau de colle ; on couvrira ce fond de l’épaisseur d’environ un demi-pouce avec la composition suivante. On prendra de la pierre à plâtre feuilletée & transparente comme du talc ; on la calcinera dans le feu & on la réduira en une poudre très-fine ; on détrempera dans une eau de colle très-forte, & l’on y joindra soit de l’ochre rouge, soit de l’ochre jaune, soit de telle autre couleur qu’on voudra : on ne mêlera point exactement la couleur avec la composition, quand on voudra contrefaire un marbre veiné. Quand on aura appliqué cette composition & qu’elle se sera parfaitement séchée, on lui donnera le poli en la frottant d’abord avec du sablon, & ensuite avec de la pierre-ponce ou du tripoli & de l’eau, & on finira par la frotter ensuite avec de l’huile. Voyez Stuc. (—)

Marbre de Paros. (Chronolog.) Voilà le plus beau monument de chronologie qui soit au monde. Il est également connu sous les titres de marbres de Paros, d’Arondel & d’Oxford.

Cette chronique celébre tire son premier nom de l’île de Paros où elle a été trouvée au commencement du xvij siecle. Les marbres sur lesquels elle est gravée, passerent en Angleterre aux dépens du lord Howard comte d’Arondel, qui envoya dans le Levant Thomas Pétre, pour y acquérir les plus rares morceaux d’antiquité ; & celui-ci fut le principal : il mérite donc de porter le nom du seigneur à qui l’Europe en a obligation. On l’appelle aussi marbres d’Oxford, marmora oxoniensia, parce qu’ils ont été confiés à la garde de cette fameuse université.

On ne sait point le nom du citoyen de Paros qui dressa ce monument de chronologie ; mais personne n’ignore qu’il contient les plus celébres époques greques depuis le regne de Cécrops fondateur du royaume d’Athènes, jusqu’à l’archonte Diogenete, c’est-à-dire la suite de 1318 années. Ces époques qui n’ont pas été altérées comme les manuscrits, nous apprennent la fondation des plus illustres villes de Grece, l’âge des grands hommes qui en ont été l’ornement, & beaucoup d’autres particularités. Par exemple, nous savons par ces marbres, qu’Hésiode a vécu 37 ans avant Homere, que Sapho n’a écrit qu’environ 300 ans après ce poëte ; que les mysteres d’Eleusis s’établirent sous Erectée roi d’Athènes & fils de Pandion ; que les Grecs prirent la ville de Troie le vingt-quatrieme jour du mois Thargélion, l’an 22 de Menesthée roi d’Athènes, après une guerre de dix années. Enfin ces précieux monumens servent en 75 époques, à rectifier plusieurs faits de l’ancienne histoire greque. Selden ne les fit imprimer qu’en partie en 1628 ; mais M. Prideaux les publia complettement à Oxford en 1676 avec leur explication : je croi qu’ils ont reparu pour la troisieme fois dans notre siecle. (D. J.)

Marbre. (Manufact. de glaces.) On appelle ainsi dans les manufactures des glaces, sur-tout parmi les ouvriers qui préparent les feuilles pour mettre les glaces au teint, un bloc de marbre sur lequel on alonge & on applatit sous le marteau les tables d’étaim que l’on veut réduire en feuilles. Voyez Glaces & Étaim.

Marbre, terme de Cartier, c’est une pierre quarrée de marbre bien poli sur laquelle on pose les feuilles de cartes qu’on veut polir après y avoir appliqué des couleurs : ce marbre a environ un pié & demi en carré. Voyez les fig. Pl. du Cartier.

Marbre. (Imprim.) Les Imprimeurs nomment ainsi la pierre sur laquelle ils imposent & corrigent les formes. C’est une pierre de liais très-unie, d’une épaisseur raisonnable, montée sur un pié de bois, dans le vuide duquel on pratique de petites tablettes pour placer différentes choses d’usage dans l’imprimerie. Un marbre pour l’ordinaire doit excéder en tous sens, la grandeur commune d’une forme : il y en a aussi de grandeur à contenir plusieurs formes à-la-fois.

Le marbre de presse d’imprimerie est aussi une pierre de liais, très-unie & faite pour être enchâssée & remplir le coffre de la presse. C’est sur ce marbre que sont posées les formes qui sont sur la presse. Sa grandeur & son épaisseur sont proportionnées à celles de la presse pour laquelle il a été fait. Voyez les Pl. d’Imprimerie.