L’Encyclopédie/1re édition/MORTALITÉ

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MORTALITÉ, s. f. se dit des maladies contagieuses qui regnent sur les bestiaux. Ces maladies ont différentes causes, mais elles proviennent principalement de la trop grande chaleur du tems, ou plutôt d’une putréfaction générale de l’air, qui produit une inflammation dans le sang & un gonflement dans la gorge, lequel devient bientôt mortel, & se communique d’une bête à une autre.

Les symptomes de cette maladie sont généralement que la bête qui en est attaquée a la tête pesante & enflée, qu’elle râle, qu’elle a la respiration courte & des palpitations de cœur, qu’elle est chancelante, ses yeux se remplissent de chassie, que son haleine devient chaude & sa langue luisante.

La mortalité la plus remarquable dont nous ayons connoissance est celle dont il est fait mention dans les Transactions philosophiques, & qui se répandit dans la Suisse, dans l’Allemagne, la Pologne, &c.

Cette contagion commença par une espece de brouillard bleu qui tomba sur l’herbe que les bestiaux broutoient, de maniere que tous les troupeaux retournerent à leur bercail malades, languissans, & qu’ils refusoient la nourriture ; il en mourut beaucoup en vingt-quatre heures. On trouva, par la dissection, la rate grosse & corrompue, la langue sphacelée & rongée, &c. Ceux qui en avoient soin, & qui n’eurent pas beaucoup d’attention à leur propre santé, furent infectés du même mal, & moururent comme les bêtes.

Quelques auteurs ont pensé que cette mortalité provenoit de vapeurs malignes qui, selon eux, s’étoient élevées de l’intérieur de la terre dans trois différens tremblemens qui se firent sentir au voisinage de l’endroit ou elles commencerent ; mais le docteur Sclar aime mieux l’attribuer à des essaims d’insectes volatiles. Le même remede qui guérissoit les bêtes malades, servoit aussi de préservatif pour celles qui se portoient encore bien ; il étoit composé de parties égales de suie de cheminée, de poudre à canon & de sel, avec autant d’eau qu’il en falloit pour laver le tout, savoir une cuillerée par dose.