L’Encyclopédie/1re édition/OPHIOGLOSSE

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OPHIOGLOSSE, (Botan.) Tournefort compte huit especes d’ophioglosse ou langue de serpent, que je crois n’être que des variétés du même genre de plante ; car elle en souffre dans sa grandeur, dans sa feuille, & dans son épi qui est tantôt simple, tantôt double, & tantôt triple.

L’ophioglosse ordinaire, ophioglossum vulgatum, a la racine garnie de plusieurs fibres qui sont ramassées comme en un faisceau. Elle pousse une queue haute de quatre à cinq doigts, laquelle soutient une feuille semblable en quelque façon à une petite feuille de poirée, mais plus grasse, charnue, lisse, droite, tantôt étroite & oblongue, tantôt large & arrondie, d’un goût douçâtre mêlé de quelque viscosité virulente.

Il sort du sein de cette feuille, à l’endroit par où elle tient au pédicule, un fruit de la figure d’une petite langue applatie qui se termine insensiblement en une pointe, dentelée des deux côtés, comme une lime, & divisée dans sa longueur en plusieurs petites cellules. Ces cellules renferment, au lieu de semence, une fine farine ou poussiere menue, qu’elles laissent échapper lorsqu’elles viennent à s’ouvrir dans leur maturité. C’est l’extrémité de l’épi faite en langue de serpent, qui a procuré à cette plante le nom qu’elle porte.

Elle croît dans les prés, dans les marais, dans des lieux gras & humides. Transplantée dans les jardins à l’ombre, elle y dure & repousse tous les ans en Avril ou Mai, se fane entierement à la fin de Juin, & disparoît alors. Cependant la racine s’enfonce profondément en terre, de façon qu’il est difficile de l’en arracher.

Tous les auteurs estiment cette plante vulnéraire appliquée extérieurement. On la fait infuser au soleil dans de l’huile d’olive, & on passe ensuite le tout par un linge avec une forte expression ; cette huile peut suppléer à celle de mille-pertuis. (D. J.)