L’Encyclopédie/1re édition/PARACLET

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PARACLET, s. m. (Théolog.) du grec παρακλητος, dérivé de παρακλεω, ou selon une autre prononciation de l’eta en iota, παρακλιτος : ce nom signifie un consolateur, un avocat, un défenseur, un intercesseur.

On donne communément le nom de paraclet au S. Esprit, & J. C. le lui a souvent donné, Joann. xiv. 26. xv. 26. xvj 7. J. C. lui-même se nomme paraclet ou consolateur, lorsqu’il dit en S. Jean, xiv. 16. Je prierai le Pere, & il vous donnera un autre Paraclet. Le même apôtre dit que nous avons un avocat, τον παρακλητον, auprès du Pere ; or cet avocat & ce médiateur c’est J. C.

Mais le nom de paraclet, comme consolateur, est particulierement affecté au S. Esprit.

Paraclet, (Géog. mod.) abbaye de France en Champagne, sur le ruisseau d’Arduzon, proche de Nogent-sur-seine. On ne trouvera guere d’abbayes dans cet ouvrage, mais qui pourroit taire une abbaye qui doit à Abélard son établissement, & dont Héloïse fut la premiere abbesse : Abélard le plus habile dialecticien de son tems ! Héloïse la premiere de son sexe en érudition, & qui n’étoit pas la derniere en beauté !

On sait qu’Abélard, craignant que ses adversaires ne le livrassent au bras séculier, à cause qu’il avoit soutenu que S. Denis l’aréopagite n’avoit pas converti la France, se sauva sur les terres de Thibaut comte de Champagne, d’où il se choisit une retraite solitaire au diocese de Troyes ; il y bâtit une chaumiere, fit de cette chaumiere un oratoire, & ses écoliers accourant de toutes parts à ce desert, fournirent à leur maître de quoi subsister, & bâtirent l’oratoire de bois & de pierre. Alors Abélard lui donna le nom de Paraclet, pour conserver la mémoire des consolations qu’il avoit reçues dans son hermitage. Παρακλητος, veut dire consolateur, & vient de παρακλεω, je console, je prie, j’exhorte.

Mais les ennemis d’Abélard ne le laisserent pas tranquille, & mirent dans leurs intérêts S. Bernard & S. Norbert. Il n’y eut pas moyen de tenir contre de tels adversaires, Abélard leur quitta la partie, & s’en alla en basse-Bretagne, où les moines de l’abbaye de S. Gildas de Ruys, l’appellerent pour leur chef.

Dans cette conjoncture Suger, abbé de S. Denis, chassa du monastere d’Argenteuil les religieuses, prévenu que leur conduite étoit mauvaise. Héloïse qui en étoit supérieure, vint avec ses religieuses au Paraclet, que son ancien mari lui donna avant que de se rendre à Clugny.

Le pape Innocent II. confirma cette donation, en l’année 1131 : & voilà l’origine de l’abbaye de bénédictines du Paraclet. Héloïse en fut la premiere abbesse : chacun, à l’exemple de Mahault comtesse de Champagne, s’empressa à lui faire de grands biens. Les évêques l’aimerent comme leur fille, les abbés comme leur sœur, & les gens du monde comme leur mere.

Cette abbaye jouit aujourd’hui de 15 à 20 mille livres de rente : elle est chef-d’ordre, & a plusieurs monasteres & prieurés dans sa dépendance. Héloïse la gouverna pendant 33 ans, & mourut en 1163.

Les abbesses qui lui ont succédé, ont été assez souvent des plus anciennes maisons du royaume : on doit mettre de ce nombre Jeanne Chabot, quoiqu’elle ait été obligée d’abdiquer sa place, à cause de la religion protestante qu’elle professoit, & qu’elle professa hautement jusqu’à la mort ; sans néanmoins se marier, ni quitter son habit de religieuse.

Comme Héloïse n’entendoit pas seulement la langue latine, mais savoit encore très-bien la langue grecque, elle fit chanter la messe dans cette langue, tous les ans le jour de la Pentecôte, qui étoit la principale fête de l’abbaye du Paraclet, & cet usage s’observe encore aujourd’hui.

Dès qu’Abélard fut mort, elle demanda son corps à l’abbé de Clugny ; l’ayant obtenu, elle le fit mettre au Paraclet, & ordonna, en mourant, qu’on l’enterrât dans le même tombeau. On assure que lorsqu’on ouvrit la tombe pour y déposer le corps d’Héloïse, Abélard lui tendit les bras pour la recevoir, & qu’il l’embrassa étroitement. Une chronique manuscrite décrit le miracle en ces termes : Et ad tumulum apertum Heloisa deportata, maritus ejus, elevatis brachiis, illam rccepit, & ità eam amplexatus, brachia sua strinxit.

Grégoire de Tours, hist. lib. I. c. xlij. rapporte un fait semblable de deux personnes mariées, qui demeurerent toujours vierges, & que les habitans du pays (Clermont en Auvergne) nommerent les deux amans La femme décéda la premiere ; & le mari en l’enterrant se servit de cette priere de l’Ecriture : je vous rends graces, ô mon Seigneur & mon Dieu, de ce que je vous rends ce trésor dans la même pureté qu’il vous a plu de me le confier. La femme se mit à sourire : hé pourquoi, lui dit-elle, parlez-vous d’une chose qu’on ne vous demande pas ! Le mari mourut peu de tems après, & on l’ensévelit vis-à-vis de son épouse, on trouva les deux corps ensemble dans la même tombe.

Il en est surement de ce conte, comme de celui d’Héloïse & d’Abélard. On a même découvert que la volonté de l’abbesse du Paraclet n’avoit point été suivie, & que l’on ne l’avoit point mise suivant ses desirs dans le tombeau de son époux. François d’Amboise nous apprend, qu’étant au Paraclet, il avoit vu le fondateur & la fondatrice couchés l’un auprès de l’autre dans deux monumens séparés. [Le chevalier de Jaucourt.]