L’Encyclopédie/1re édition/RÉSOLUTIFS

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
◄  RESIXIEME

RÉSOLUTIFS internes, (Thérapeut.) disons un mot de leurs effets & de leurs usages ; on peut en même tems consulter l’article Dissolvant.

Les résolutifs internes sont toutes les choses qui résolvent les humeurs autrefois fluides, maintenant épaissies, & qui les divisent en ces petites molécules dont elles étoient formées avant leur concrétion. Or ces résolvans, ou divisent les fluides épais, par l’insinuation de leurs particules entre les parties cohérentes, ou ils augmentent la force des vaisseaux, en les aiguillonnant, ce qui occasionne un plus grand frottement, & souvent la division de ce qui est épaissi : quelquefois ils operent par ces deux occasions réunies.

Le sang doit passer lorsqu’il coule par tout le corps par des vaisseaux, dont le diametre n’excede point la dixieme partie de la grosseur d’un cheveu : mais le même sang sorti du corps, s’épaissit de façon qu’il ne seroit plus capable de passer par les gros canaux. On appelleroit résolutifs ce qui pourroit de nouveau diviser le sang épaissi en particules assez petites pour qu’il pût fluer par les plus petits vaisseaux.

Comme il y a divers sortes d’humeurs, il est nécessaire qu’il y ait différens dissolvans : car les dissolvans aqueux résolvent tout ce qui est mucilagineux, glutineux, gommeux, savonneux, &c. Mais il se rencontre plusieurs humeurs que l’eau ne peut résoudre ; car notre sang jetté dans l’eau tiede, ne laisse pas de se coaguler : la plûpart des dissolvans salins, ont l’admirable propriété de résoudre ce coagulum. Les sels neutres sont très-propres à résoudre les concrétions inflammatoires ; la plûpart des préparations de nitre, & surtout le nitre lui même, qui est plus léger que le sel de mer, & que les forces du corps peuvent surmonter plus aisément, est d’un meilleur usage dans presque toutes les maladies aiguës ; les sels alkalis sont plus estimés pour les concrétions glutineuses.

Les substances savonneuses, surtout les plus douces, faites de sucre, de miel, & d’autres ingrédiens, résolvent quantité de concrétions, sans presque aucun effort & sans aucun dérangement ; au lieu que celles qui sont plus fortes, telles que sont les préparations chimiques les plus âcres, operent en excitant un mouvement plus violent.

Mais toutes ces choses ne sont d’un grand secours que lorsqu’on aide leur effet par des frictions ; car alors les résolvans mélés avec le sang, par la pression & le relâchement alternatif des vaisseaux, sont, pour ainsi dire, broyés avec les fluides épaissis. Ainsi, il est constant qu’une légere friction faite avec le bain de vapeur (ayant en même tems donné les remedes intérieurs les plus résolvans), a souvent dissipé des tumeurs aux glandes qu’on croyoit presque indissolubles.

Les résolutifs sont 1°. les délayans ; 2°. les préparations de sel marin, de sel gemme, de borax, de sel ammoniac, les sels alkalis ; soit fixes ou volatils ; les acides bien fermentés, & les substances dont Ils sont la base, tels que le sel polychreste, le tartre tartarisé, le tartre purgatif de Sennert, la panacea duplicata du duc de Holstein, le nitre antimonié, & le sel de vipere soulé de Tachenius.

Les résolutifs savonneux sont les sels volatils spiritueux, aromatiques & huileux ; les savons chimiques, qui consistent en huiles distillées, & en alkalis fixes ; le savon commun qui est fait avec des huiles tirées sans feu & un alkali fixe ; enfin, les préparations de sucs mûrs de fruits d’été. On peut administrer toutes ces choses sous différentes formes pour les maladies chroniques ; & à la longue dans des mains habiles, comme dans celles de M. Tronchin, ce sont d’excellens remedes. (D. J.)

Résolutifs, adj. terme de Chirurgie concernant la matiere médicale externe. Ce sont des médicamens qui ont la vertu de dissiper les humeurs qui embarrassent les parties, & les distendent contre l’ordre naturel. La résolution est la terminaison la plus favorable des tumeurs contre nature. Il n’y a que les tumeurs critiques, qu’il est plus à propos de faire suppurer, de crainte que l’humeur morbifique rentrant dans le sang, ne se porte sur des parties intérieures où elle seroit moins favorablement placée.

Les humeurs arrêtés dans une partie, ne peuvent se résoudre qu’en rentrant dans la voie de la circulation par le moyen de l’action organique des vaisseaux. Il faut donc, pour obtenir la résolution, que les humeurs soient assez fluides pour reprendre cette voie ; & l’on doit exciter l’action des vaisseaux avec des remedes plus ou moins stimulans, suivant le degré de tension qu’ils ont. Ainsi, dans certains cas où les solides sont tendus & crispés, il faut avoir recours aux émolliens avant que de songer à l’administration des résolutifs ; & il faudra commencer par les plus doux, en les associant d’abord aux émolliens. Dans d’autres cas où l’action organique des solides est très-foible ; on se sert d’abord des résolutifs stimulans les plus actifs. En général on ne peut les employer avec connoissance de cause, qu’ayant égard, comme nous venons de le faire remarquer, aux dispositions relatives des solides & des fluides dans chaque espece de tumeur, dont on se propose de procurer la résolution.

Les résolutifs les plus doux qui possedent des parties actives, capables d’atténuer les humeurs, & de donner du ressort aux vaisseaux, joints à des mucilages adoucissans & émolliens, sont les fleurs de mélilot, de sureau, de camomille, de safran ; les farines de lin, de froment, de seigle, d’orobes, de lupins, de féves. Les plantes vulnéraires & légerement aromatiques viennent ensuite : & enfin les aromatiques astringens, & tous les remedes corroborans & toniques, qui donnent beaucoup de ressort aux vaisseaux, sont des résolutifs plus actifs. Le camphre est un excellent remede, atténuant, calmant & résolutif. Tous les livres enseignent la méthode de formuler ces médicamens, & d’en faire des fomentations, des cataplasmes, &c. Les emplâtres fondantes sont résolutives, telles que les emplâtres de ciguë, de savon, de diabotanum, de vigo, avec ou sans mercure. Le mercure est le plus puissant résolutif qu’on connoisse : il y a des cas où son application en pommade est seule spécifique.

Les sels alkalis fixes doivent être mis au rang des résolutifs les plus efficaces. On sait que dans l’usage intérieur le sel alkali fixe est un puissant diurétique & diaphorétique. Ce sel mis en mouvement par l’action des vaisseaux agité sur les humeurs crues & glutineuses, & même sur les sucs albumineux ou lymphatiques ; il les incise, les dissout & les rend plus fluides ; il excite l’action des vaisseaux, & donne par-là du mouvement aux liquides. On ne peut donc employer de meilleur résolutif que le sel alkali fixe, pour donner de la fluidité & du mouvement aux humeurs qui séjournent dans les vaisseaux d’une partie affoiblie, comme dans les anciens œdemes, dans les ulceres avec empâtement, dans les congestions qui restent à la suite des grandes plaies contuses, telles que celles par armes à feu. On se sert alors avec beaucoup de succès des eaux minérales sulfureuses, fournies d’alkalis fixes naturels ; ou bien on a recours aux lessives de cendres de bois ou de plantes qui fournissent beaucoup de sel alkali, comme le sarment de vigne. Le sel alkali dissout dans de l’eau, à la dose de deux gros sur pinte, a la même propriété que l’infusion des cendres dont on vient de parler. On se sert de ces dissolutions ou de ces lessives en forme de bains chauds & de douches. Voyez Douches.

Tous les alkalis n’ont pas la même activité. Ceux des eaux thermales, c’est-à-dire, les alkalis naturels, sont plus foibles que les artificiels ; cependant les eaux minérales sont de puissans résolutifs, parce que ces eaux augmentent beaucoup la vertu de ces sels.

La dissipation de l’engorgement est le signe que la résolution se fait ; & dans les tumeurs inflammatoires, elle s’anonnce par les rides de la peau sur la partie tendue. Le recueil des pieces qui ont concouru pour le prix de l’académie royale de Chirurgie, tome premier, contient des mémoires instructifs sur les médicamens résolutifs.

Les résolutifs seroient sans effet, si l’on n’avoit l’attention de procurer des déplétions convenables qui favorisent & déterminent la résolution. Voyez Résolution, Chimie. (Y)