L’Encyclopédie/1re édition/RÉTICULE

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RÉTICULE, s. m. en Astronomie, est une machine qui sert à mesurer exactement la quantité des éclipses. Cette machine a été inventée, il y a près de 80 ans, dans l’académie royale des Sciences. Voyez Éclipse.

Ce qui n’est dans l’Astronomie que de pratique & de détail, est d’une extrème importance ; souvent même il en coute autant d’efforts d’esprit, pour trouver les moyens de faire certaines observations, que pour remonter de ces observations aux plus sublimes théories qui en dépendent. En un mot, la maniere d’observer, qui n’est que le fondement de la science, est elle-même une grande science. Qu’une éclipse de soleil ou de lune ait été d’une certaine grandeur, on sera étonné de la quantité & de la finesse des conséquences qu’un Astronome saura en tirer ; mais on ne songera pas combien il aura eu de peine à s’assurer de la grandeur précise de cette éclipse, & que peut-être ce point-là a été le plus difficile.

Le réticule est ordinairement composé de treize fils de soie fort fins paralléles, également éloignés les uns des autres, & placés au foyer du verre objectif du télescope, c’est-à-dire, dans l’endroit où l’image de l’astre est représentée dans sa pleine extension. C’est pourquoi on voit par ce moyen le diametre du soleil ou de la lune divisé en douze parties égales ou doigts ; de sorte que pour trouver la quantité d’une éclipse, il ne faut que compter le nombre des parties lumineuses & des parties obscures. Voyez Doigt.

Comme un réticule quarré ne peut servir que pour le diametre, & non pour la circonférence de l’astre, on le fait quelquefois circulaire, en traçant six cercles concentriques également distans, qui représentent les phases de l’éclipse parfaitement.

Mais il est clair que le réticule, soit carré ou circulaire, doit être parfaitement égal au diametre, ou à la circonférence de la planette, telle qu’elle paroît dans le foyer du verre, autrement la division ne sauroit être juste. Or c’est une chose qui n’est pas aisée à faire, à cause que le diametre apparent du soleil ou de la lune differe dans chaque éclipse, & que même celui de la lune differe de lui-même dans le cours de la même éclipse.

Une autre imperfection du réticule, est que sa grandeur est déterminée par celle de l’image qui paroît dans le foyer ; & par conséquent il ne peut servir que pour une certaine grandeur.

Mais M. de la Hire a trouvé le secret de remédier à tous ces inconvéniens, & a trouvé le moyen de faire servir le même réticule pour tous les télescopes, & toutes les grandeurs de la planete dans la même éclipse.

Le principe sur lequel il appuie son invention, est que deux verres objectifs appliqués l’un contre l’autre, ayant un foyer commun, & y formant une image d’une certaine grandeur, cette image croît à-proportion que la distance des deux verres objectifs augmente, du moins jusqu’à un certain point.

Si donc on prend un réticule de telle grandeur qu’il puisse égaler précisément le plus grand diametre que le soleil ou la lune peuvent jamais avoir dans le foyer commun des deux verres objectifs placés l’un contre l’autre ; il ne faudra que les éloigner l’un de l’autre, à mesure que l’astre viendra à avoir un plus petit diametre, pour en avoir toujours l’image exactement représentée, & comprise dans le même réticule.

M. de la Hire proposa en même tems de substituer aux fils de soie un réticule fait de glace de miroir mince, en traçant des lignes ou des cercles dessus avec la pointe d’un diamant ; prétendant par ce moyen éviter l’inconvénient des fils de soies qui sont sujets à s’éloigner du parallélisme par les différentes températures de l’air ; mais cela ne peut absolument s’exécuter.

En effet, il est impossible, même avec le diamant le plus dur & le mieux taillé, de faire ou de tracer un trait net sur une glace ; car si le trait est assez marqué, la glace sera coupée & se cassera facilement dans l’endroit marqué ; que si au-contraire il n’est pas assez marqué pour que la glace soit coupée ; il ne sera pas visible, même au microscope ; on ne verra qu’une espece de rainure toute raboteuse. Ainsi, on doit regarder toute machine ou instrument où l’on parle de tracer des lignes bien distinctes sur une glace, comme absolument impraticable.