L’Encyclopédie/1re édition/REPRODUCTION

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REPRODUCTION, s. f. REPRODUIRE, v. act. (Gramm. & Hist. nat.) est l’action par laquelle une chose est produite de nouveau, ou pousse une seconde fois. Voyez Régénération.

Quand on coupe tout près du tronc les branches d’un chêne, d’un arbre à fruit, ou autres semblables, le tronc reproduit une infinité de jeunes pousses. Voyez Tige ou Pousse.

Par reproduction on entend ordinairement la restauration d’une chose qui existoit précédemment, & qui a été détruite depuis. Voyez Restauration.

La reproduction des membres des écrevisses de mer & d’eau douce est un des phénomenes des plus curieux dans l’histoire naturelle. Cette formation d’une nouvelle partie toute semblable à celle qui a été coupée, ne quadre point du tout avec le système moderne sur la génération, par lequel on suppose que l’animal est entierement formé dans l’œuf. Voyez Géneration & Œuf.

C’est cependant une vérité de sait attestée par les pêcheurs, & même par plusieurs savans qui s’en sont assurés par leurs propres yeux ; entre autres par MM. de Réaumur & Perrault, dont on connoît assez la capacité & l’exactitude dans ces matieres, pour s’en rapporter à eux.

Les jambes des écrevisses de mer ou d’eau douce ont chacune cinq articulations. Or, s’il arrive que quelqu’une de leurs jambes se rompent par quelque accident, comme en marchant, ou autrement, ce qui est fréquent, la fracture se trouve toujours à la suture prochaine de la quatrieme articulation ; & la partie qu’elles ont perdue se trouve reproduite quelque tems après ; c’est à-dire qu’il repousse un bout de jambe composé de quatre articulations, dont la premiere est fendue en deux par le bout, comme étoit la jambe qui est perdue ; en sorte que la perte se trouve entierement réparée.

Si on rompt à dessein la jambe d’une écrevisse à la cinquieme ou à la quatrieme articulation, la portion qui a été retranchée se trouve toujours au bout d’un tems remplacée par une autre. Mais il n’en arrive pas de même, si la fracture a été faite à la premiere, la seconde ou la troisieme articulation ; car alors il n’arrive guere que la reproduction se fasse, si les choses restent dans l’état où elles sont. Mais ce qui est fort étonnant, c’est qu’elles ne restent pas dans le même état ; car au bout de deux ou trois jours, si on visite les écrevisses à qui cette mutilation est arrivée, on leur trouvera de plus les autres articulations retranchées jusqu’à la quatrieme : & il y a apparence qu’elles se sont fait elles-mêmes cette opération, pour rendre la reproduction de leur jambe plus certaine.

La partie reproduite, non-seulement est configurée comme celle qui a été retranchée, mais elle est même au bout de quelque tems tout aussi grosse. C’est ce qui fait qu’on voit souvent des écrevisses qui ont deux jambes de différente grosseur, mais proportionnées dans toutes leurs parties. On peut juger à coup sûr que la plus petite est une jambe reproduite.

Si la partie reproduite est encore rompue, il se fait une seconde reproduction.

L’été qui est la seule saison de l’année où les écrevisses mangent, est le tems le plus favorable pour la reproduction de leurs membres. Elle se fait alors en quatre ou cinq semaines ; au-lieu que dans d’autres saisons, elle ne se fait qu’en huit ou neuf mois. Leurs petites jambes se reproduisent aussi, mais plus rarement & plus lentement que les grosses. Les cornes se reproduisent de même. V. mem. de l’acad royal. des Sc. an 1712, p. 295. & hist. de la même année, p. 45. & année 1718, p. 31. Voyez aussi Yeux d’ecrevisses.