L’Encyclopédie/1re édition/ROMARIN

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Daubenton (
(Tome 14p. 345-346).
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ROMARIN, s. m. (Hist. nat. Botan.) rosmarinus ; genre de plante à fleur monopétale labiée ; la levre supérieure est fendue en deux parties, & recourbée en arriere ; elle a des étamines crochues : la levre inférieure est divisée en trois parties dont celle du milieu est concave comme une cuillere. Le calice de cette fleur a deux ou trois pointes. Le pistil sort du calice ; il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & entouré de quatre embryons qui deviennent dans la suite autant de semences arrondies, & renfermées dans une capsule qui a servi de calice à la fleur. Tournefort, I. R. H. Voyez Plante.

Romarin, (Jardinage.) rosmarinus, arbrisseau toujours verd & odoriférent, qui vient en Espagne, en Italie, dans les provinces méridionales de ce royaume, & dans quelqu’autres pays chauds de l’Europe. Il fait de lui-même un buisson fort branchu qui s’étend en largeur & s’éleve peu ; cependant quand on le dirige par des soins de culture, on peut lui faire prendre 8 à 10 piés de hauteur. Ses feuilles sont fermes, longues, étroites, d’un verd foncé en-dessus, & blanchâtre en-dessous. Ses fleurs qui sont petites & d’un bleu pâle, paroissent au mois d’Avril. Elles durent long-tems, & se renouvellent encore en automne. Cet arbrisseau porte très-rarement des graines ; elles sont à-peu-près de la forme & de la grosseur de celle du mûrier : le mois d’Août est le tems de leur maturité dans les pays chauds.

Le romarin se multiplie très-aisément de branches couchées & de boutures. Les premieres se font au printems ; mais le commencement de Juillet est le tems le plus favorable pour faire les boutures d’arbres toujours verds. Quoiqu’on puisse faire prendre différentes formes à cet arbrisseau, il convient surtout à faire des haies qu’on peut tenir à six pés de hauteur, & en les taillant régulierement dans le commencement des mois de Juillet & de Septembre. Elles se garnissent bien & font un bon abri pour des parties de jardin que l’on veut tenir chaudement. Cet arbrisseau est un peu délicat pour plusieurs provinces de l’intérieur de ce royaume, où les hivers rigoureux le font souvent périr. Mais on attribue quelquefois au froid un dépérissement qui n’est venu que de caducité. Le romarin veut être renouvellé au bout de 10 ou 12 ans qui sont à-peu-près le terme de sa durée. On la prolongera considérablement en mettant l’arbrisseau dans un terrein sec & léger, sabloneux & très-pauvre ; il s’y plaira, il y sera moins sujet à être mutilé par le froid, & il y fera des progrès plus rapides que s’il étoit dans une meilleure terre. D’ailleurs, plus il est jeune, moins il résiste aux gelées. Il est un moyen de l’en garantir sûrement, c’est de lui faire prendre racine dans un vieux mur où il résistera à toutes les intempéries du plein air. Il n’exige aucuns soins de culture, que d’être arrosé largement si l’on veut accélérer son accroissement.

Cet arbrisseau peut servir à un objet utile. On assure que les abeilles recherchent ses fleurs de préférence, parce qu’elles sont printanieres, abondantes, de longue durée, & très-odorantes.

On fait entrer aussi ces fleurs dans les sachets de senteur, dans les pots-pourris, & elles font la base de l’eau de la reine d’Hongrie. La Médecine en fait usage à quantité d’égards. On prétend que l’eau où l’on a fait infuser pendant douze heures des feuilles & des fleurs de cet arbrisseau, prise intérieurement, fortifie la mémoire & la vue. La fumée de cette plante desséchée est des plus propres à purifier l’air, & à chasser les mauvaises odeurs.

On ne regarde à présent le romarin ordinaire que comme un arbrisseau trivial & ignoble. Son odeur quoique aromatique n’est supportable qu’aux gens du commun. Cependant il y a des variétés de cet arbrisseau assez belles pour être admises dans les collections les plus riches. Voici les différentes especes de romarin que l’on connoît à présent.

1. Le romarin ordinaire à feuilles étroites ; c’est à cette espece qu’on peut appliquer plus particulierement ce qui a été dit ci-dessus.

2. Le romarin ordinaire à feuilles étroites panachées de jaune ; cette variété a une apparence agréable ; ses feuilles sont parsemées accidentellement de taches d’un jaune vif, qui font le même aspect que si l’on avoit répandu au hasard quelques paillettes d’or sur l’arbrisseau. Sa feuille est plus étroite que celles du précédent ; il fleurit plutôt, & il est un peu plus délicat.

3. Le romarin à feuilles étroites panachées de blanc ; c’est l’espece qui a le plus d’agrément ; toutes ses feuilles sont si bien tachées, qu’il semble de loin qu’elles ont été argentées. C’est le plus beau, le plus rare & le plus délicat des romarins.

4. Le romarin d’Almérie ; il s’éleve moins que le romarin commun. Ses feuilles sont plus petites, plus blanches, & d’une odeur encore moins supportable. Ses fleurs qui viennent en épi au haut des branches, sont d’un violet foncé.

5. Le romarin à larges feuilles ; cet arbrisseau ne s’éleve qu’à deux ou trois piés. Ses branches sont moins ligneuses que celles du romarin commun. Sa feuille est plus épaisse, plus rude & d’un verd plus foncé. Il est extrèmement commun aux environs de Narbonne.

6. Le romarin panaché à larges feuilles ; il est rare & peu connu. Article de M. d’Aubenton.

Romarin, (Mat. méd.) les feuilles & les fleurs de cet arbrisseau sont d’usage en médecine. Les pharmacologistes ont donné à cette plante & à sa fleur le nom d’anthos, c’est à-dire fleur par excellence, & certes fort arbitrairement. Les feuilles de romarin sont recommandées dans l’usage intérieur, comme fortifiantes, céphaliques, bonnes contre l’épilepsie & la paralysie, hystériques, apéritives, utiles sur-tout contre la jaunisse, contre la leucophlegmatie & la cachexie, &c. Ces feuilles sont presque absolument inusitées dans tous ces cas, & on ne les emploie guere que dans une seule préparation magistrale destinée à l’usage extérieur, savoir le vin aromatique vulgaire, & dans une composition officinale, savoir le miel de romarin, melanthosatum.

Les fleurs de romarin, ou pour mieux dire, les calices de ces fleurs sont de toutes les parties de cette plante aromatique, celles qui contiennent le plus abondamment le principe odorant & une huile essentielle lorsqu’on les cueille dans le tems balsamique, qui est ici celui où la plus grande partie des fleurs est à-demi épanouie. On retire de ces fleurs une eau distillée qui est peu usitée, une huile essentielle dans laquelle on ne reconnoît évidemment que les qualités communes des huiles essentielles, un esprit ardent aromatique très-connu, sous le nom d’eau de la reine d’Hongrie, auquel on ne peut raisonnablement attribuer aussi que les qualités génériques des esprits ardens aromatiques. Voyez Esprit, Chimie, Odorant, principe, & Esprit-de-vin, sous le mot Vin.

Une conserve qui est regardée comme cordiale, stomachique, anti-spasmodique & emmenagogue ; & enfin le miel anthosat, dont nous avons déja parlé, & qui ne s’emploie guere que dans les lavemens carminatifs.

Les fleurs & les somnités du romarin entrent dans un grand nombre de remedes officinaux composés, tant internes qu’externes. (b)