L’Encyclopédie/1re édition/SÉNÉCHAL

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SÉNÉCHAL, s. m. (Gram. & Jurisprud.) seniscaleus, senescaleus, senescallus dapifer, est un officier dont les fonctions ont été différentes selon les tems.

Il paroît que dans l’origine c’étoit le plus ancien officier d’une maison, lequel en avoit le gouvernement.

Il y en avoit non-seulement chez les rois & les grands, mais même chez les particuliers.

Mais on distinguoit deux sortes de sénéchaux, les petits ou communs, & les grands.

Les premiers étoient ceux qui avoient l’intendance de la maison de quelque particulier.

Les grands sénéchaux étoient ceux qui étoient chez les princes, ils avoient l’intendance de leur maison en général, & singulierement de leur table ; ce qui leur fit donner le titre de dapifer : ils étoient à cet égard ce que l’on appelle aujourd’hui grand maître de la maison chez les princes, ou maître d’hôtel chez les autres seigneurs : mais les grands sénéchaux ne portoient les plats que dans les grandes cérémonies, comme au couronnement du roi, ou aux cours plénieres ; & hors ces cas, cette fonction étoit laissée aux sénéchaux ordinaires.

Le grand sénéchal ne portoit même que le premier plat ; & l’on voit en plusieurs occasions qu’il servoit à cheval : l’intendance qu’ils avoient de la maison du prince comprenoit l’administration des finances, ce qui les rendoit comptables.

Ils avoient en outre le commandement des armées, & c’étoient eux qui portoient à l’armée & dans les combats la banniere du roi, ce qui rendoit cette place fort considérable.

Sous la premiere race de nos rois, les sénéchaux étoient du nombre des grands du royaume ; ils assistoient aux plaids du roi, & souscrivoient les chartes qu’il donnoit. On trouve des exemples qu’il y en avoit quelquefois deux en même tems.

Il y en avoit aussi sous la seconde & la troisieme race de nos rois. Ils sont nommés dans les actes après le comte ou maire du palais, & avant tous les autres grands officiers.

La dignité de maire du palais ayant été éteinte, celle de grand-sénéchal de France prit la place. Ce grand-sénéchal avoit sous lui un autre sénéchal, qu’on appelloit simplement sénéchal de France. Le dernier qui remplit la place de grand-sénéchal fut Thibaut dit le Bon, comte de Blois & de Chartres sous Louis VII. il mourut en 1191.

Toutes les chartes données par nos rois jusqu’en 1262 font mention qu’il n’y avoit point de grand sénéchal, dapifero nullo, comme si cette charge n’eût pas encore été éteinte, mais seulement vacante, quoi qu’il en soit, celle de grand-maître de la maison du roi paroît lui avoir succédé.

Enfin l’une des principales fonctions du grand-sénéchal étoit celle de rendre la justice aux sujets du prince, & en cette qualité il étoit préposé au-dessus de tous les autres juges.

Les souverains qui possédoient les provinces de droit écrit avoient chacun leur sénéchal ; celui d’Aquitaine avoit sous lui trois sous-sénéchaux, qui étoient ceux de Saintonge, de Quercy & du Limosin.

Lorsque ces provinces ont été réunies à la couronne, leur premier officier de justice a conservé le titre de sénéchal ; au-lieu que dans les pays de coutume nos rois ont établi des baillifs, dont la fonction répond à celle de sénéchal.

Quelques-uns prétendent que les sénéchaux de province & les baillis n’étoient au commencement que de simples commissaires que le roi envoyoit dans les provinces, pour voir si la justice étoit bien rendue par les prevôts, vicomtes & viguiers. Quoi qu’il en soit, sous la troisieme race ils étoient érigés en titre d’office ; & depuis Louis XI. n’étant plus révocables, ils travaillerent à se rendre héréditaires.

Ils ont toujours été officiers d’épée, & ont, comme les baillis d’épée, le commandement des armes ; mais on ne leur a laissé que la conduite du ban & de l’arriere-ban, on leur a aussi ôté le maniement des finances, on leur a aussi donné des lieutenans de robe longue, pour rendre la justice en leur nom. Ils choisissoient eux-mêmes ces lieutenans jusqu’en 1491 ; présentement il ne leur reste plus de même qu’aux baillis, que la séance à l’audience & l’honneur que les sentences & contrats passés sous le scel de la sénéchaussée sont intitulés de leur nom.

Les comtes d’Anjou, les ducs de Normandie & d’Aquitaine, & autres grands seigneurs, ont aussi eu leurs sénéchaux ; cette place étoit même héréditaire dans certaines familles nobles. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race, l’édit de Cremieu, celui de Crepy, Joly, Loyseau, le glossaire de Ducange, & les mots Baillis, Bailliage. (A)

Sénéchal au duc, (Hist. mod.) c’étoit un grand officier créé par les ducs de Normandie, qui jugeoit les affaires pendant la cessation de l’échiquier. Il revoyoit les jugemens rendus par les baillis, & pouvoit les réformer. Il avoit soin de maintenir l’exercice de la justice & des lois par toute la province de Normandie. Par les lettres qui rendirent l’échiquier fixe & perpétuel sous Louis XII. en 1499, il est porté qu’arrivant le décès du grand-sénéchal de Brezé, cette charge demeureroit éteinte, & que sa jurisdiction seroit abolie. Supp. de Moréri, tome II.

Sénéchal d’Angleterre, (Hist. d’Angleterre.) le grand-sénéchal d’Angleterre étoit autrefois le premier officier de la couronne ; mais cette charge fut supprimée par Henri IV. parce qu’il en trouva l’autorité trop dangereuse. Aujourd’hui l’on en crée un nouveau ou quand il faut couronner le roi, ou quand il s’agit de juger un pair du royaume accusé de crime capital. (D. J.)