L’Encyclopédie/1re édition/SALIVATION mercurielle

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SALIVATION mercurielle, (Physiolog.) Le mercure est de tous les corps celui qui produit la salivation la plus abondante. On demande avec curiosité pourquoi ce métal fluide, qui est entré par les pores de la peau, détermine les humeurs à couler par les glandes salivaires ; voici les réponses les plus plausibles à cette question embarassante.

D’abord, il faut observer que quoique le mercure agisse sur les glandes salivaires, il ne se porte pas plutôt vers ces glandes que vers les intestins. 2°. Si le mercure se répand également par-tout, il faut chercher dans le seul tissu des glandes salivaires, la raison pour laquelle ce fluide sait une évacuation par ces glandes. 3°. Le tissu des glandes salivaires peut être forcé plus facilement que celui des autres couloirs : ainsi le mercure dilate leurs conduits ; les parties mercurielles qui viennent ensuite, les dilatent toujours davantage ; cette dilatation étant faite, les humeurs se jettent en plus grande quantité vers les endroits dilatés, ainsi il pourra s’y faire un grand écoulement, tandis qu’il ne s’en fera pas dans un autre, & cela par la même raison, que la transpiration étant extraordinaire, le ventre est fort resserré. 4°. Il y a un autre phénomene qui arrive dans l’usage du mercure, & auquel il faut faire attention pour expliquer la salivation ; c’est qu’il survient souvent des gonflemens à la tête, or ces gonflemens n’arrivent que par les obstructions que le mercure cause dans les vaisseaux capillaires, ces obstructions ramassent le sang, & le sang ramassé pousse plus fortement & en plus grande quantité la salive dans les tuyaux secrétoires ; il faut ajouter à cela que le mercure fait une grande impression sur le tissu de la bouche & dans les parties voisines ; & comme les ramifications des nerfs sont très-nombreuses & très-sensibles dans la bouche & sur le visage, l’irritation y deviendra plus aisée & plus fréquente ; cette raison jointe à celle que nous venons de donner peut servir à expliquer la salivation causée par le mercure.

Il résulte de toutes ces remarques, que selon toute apparence, la vertu & l’énergie qu’a le mercure à procurer la salivation dépend de deux qualités principales ; savoir, sa grande divisibilité & sa figure sphérique qu’on trouve jusque dans ses petites molécules.

De la grande divisibilité & de la figure sphérique du mercure, il s’ensuit qu’il peut être porté jusqu’aux extrémités les plus reculées du corps ; qu’il peut pénétrer la masse du sang & la lymphe, s’insinuer entre les molécules le plus étroitement condensées de ces liqueurs, & par conséquent les diviser. De plus, les molécules les plus grossieres de la lymphe s’arrêtant un peu aux orifices des vaisseaux ; & étant mêlées avec des globules de mercure, elles sont brisées par la force de la contraction des vaisseaux, & par le mouvement continuel de protrusion des liqueurs, elles sont divisées, & acquierent enfin assez de fluidité pour pouvoir passer au-travers des plus petits tuyaux du corps.

Si nous faisons attention aux émonctoires du corps par où peut passer la lymphe trop épaisse, nous n’en trouverons que de deux sortes ; savoir les glandes intestinales & les salivaires. Les couloirs des reins & de la peau, ne laisseront échapper que la lymphe la plus ténue, à cause de la petitesse des vaisseaux ; c’est pourquoi les sudorifiques sont de moindre utilité que le mercure dans les maux vénériens, parce qu’ils chassent seulement par les pores de la peau la lymphe fluide, & qu’ils ne peuvent dissoudre celle qui est épaisse.

Mais les glandes salivaires & intestinales peuvent séparer les sucs épais ; ainsi lorsque l’on emploie le mercure, cette lymphe épaisse sort ou par ces deux émonctoires, ou par l’un d’eux seulement, selon que la lymphe qui est dissoute se répand dans le corps en plus ou moins grande quantité. Communément les glandes salivaires versent cette lymphe, parce qu’ayant un sentiment plus vif & plus exquis que celles des intestins, elles sont ébranlées plus fortement par les picotemens que cause cette lymphe âcre, de-sorte qu’elles expriment les sucs qu’elles contiennent, & en attirent d’autres ; cependant on comprend facilement que l’évacuation de cette lymphe se fait par les glandes salivaires ou intestinales, selon le différent degré d’irritation, parce qu’en excitant une plus violente irritation, par le moyen d’un purgatif, dans les glandes intestinales, on arrête la salivation, & l’humeur est portée hors du corps par les intestins. (D. J.)