L’Encyclopédie/1re édition/SEMAINE

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SEMAINE, s. f. (Chronolog.) c’est un tems composé de sept jours. Dion Cassius, dans son Hist. rom. liv. XXXVII. prétend que les Egyptiens ont été les premiers qui ont divisé le tems en semaines ; que les sept planetes leur avoient fourni cette idée, & qu’ils en avoient tiré les sept noms de la semaine. En cela du-moins les anciens n’ont pas suivi dans leur ordre la disposition des orbes de planetes : car cet ordre est Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure & la Lune. Ils auroient donc dû ranger les jours de la semaine par samedi, jeudi, mardi, dimanche, vendredi, mercredi & lundi. Il n’est pas aisé de découvrir la raison qui a donné lieu à ce dérangement ; voici celle qu’on apporte d’ordinaire.

On dit que les anciens ayant soumis les jours, & les heures même de chaque jour à quelques planetes dominantes, il est croyable que le jour prenoit le nom de la planete qui commandoit à la premiere heure. Ainsi on a pu appeller le jour de Saturne qui est notre samedi, celui dont la premiere heure étoit sous le commandement de Saturne. La seconde heure étoit pour Jupiter qui suit immédiatement Saturne ; la troisieme pour Mars ; la quatrieme pour le Soleil ; la cinquieme pour Vénus ; la sixieme pour Mercure ; & la septiéme pour la Lune. Après quoi la huitieme retournoit sous l’autorité de Saturne ; & suivant le même ordre, il avoit encore la quinzieme & la vingt-deuxieme ; la vingt-troisieme étoit par conséquent sous Jupiter ; & la vingt-quatrieme, c’est-à-dire, la derniere de ce jour sous la dénomination de Mars : de cette maniere que la premiere heure du jour suivant tomboit sous celle du Soleil, qui donnoit par conséquent son nom à ce second jour. En suivant le même ordre, la huitieme, la quinzieme & la vingt-deuxieme appartenoient toutes au Soleil, la vingt-troisieme à Vénus, & la derniere à Mercure : par conséquent la premiere du troisieme jour appartenoit à la Lune ; & on appelloit ce jour à cause de cela, jour de la Lune. On trouve par cet arrangement la naissance & la suite nécessaire de ces noms des jours de la semaine ; c’est-à-dire, pourquoi le jour du Soleil qui est le dimanche, vient après celui de Saturne qui est le samedi, le jour de la Lune, après celui du Soleil, ou le lundi après le dimanche ; celui de Mars après celui de la Lune, ou le mardi après le lundi, &c. jusqu’au samedi. On trouvera de plus grands détails dans l’hist. du calendr. rom. par M. Blondel.

Les ecclésiastiques romains donnent le nom de férie, feriæ, à tous les jours de la semaine, en comptant depuis le dimanche qu’ils appellent feria prima. Les Maures, les Arabes, les Syriens, & les Perses chrétiens appellent sabbat tous les jours de la semaine ; mais ce nom de sabbat n’est consacré qu’au samedi par les Juifs. (D. J.)

Semaine, (Critiq. sacr.) espace de sept jours qui recommencent successivement. Cette maniere de compter le tems est venue des Juifs qui le septieme jour observoient le sabbat, c’est-à-dire, le jour du repos, conformément à la loi de Moïse. Ils avoient trois sortes de semaines : des semaines de jours, qui se comptoient d’un sabbat à l’autre ; des semaines d’années, qui se comptoient d’une année sabbatique à l’autre ; & enfin des semaines de sept fois sept années, ou de quarante-neuf ans, qui se comptoient d’un jubilé à l’autre. (D. J.)

Semaines de Daniel, (Crit. sacr.) les soixante & dix semaines de Daniel, sont cette fameuse prophétie concernant la venue du Messie, qu’on lit au chap. ix. de ses révélations, vers. 24. 25. 26. 27.

Les commentateurs les plus habiles ont travaillé à justifier le rapport qu’a cet oracle à notre Sauveur. On peut les consulter les unes & les autres sur cette matiere : car il n’est pas possible d’entrer dans le détail de leurs explications ; c’est assez d’observer qu’ils s’accordent ensemble à reconnoître, 1°. que cette prophétie regarde particulierement les Juifs ; 2°. que les 70 semaines sont des semaines d’année, c’est-à-dire que chaque semaine de cette prophétie contient sept ans, & que les 70 semaines font ensemble quatre cens quatre-vingt-dix ans, au bout desquelles les Juifs ne devoient plus être le peuple de Dieu dans un sens particulier, ni Jérusalem la ville sainte.

Mais les mêmes commentateurs de l’Ecriture different sur la fixation du commencement & de la fin de ces 70 semaines du prophete. Les uns en prennent la date à la commission d’Esdras de réformer l’église & l’état, commission qui tombe à la septieme année du regne d’Artaxercès-longue-main. D’autres font commencer les semaines de Daniel à la vingtieme année du regne de ce même prince qui permet à Néhémie de rétablir les murs de Jérusalem. D’autres portent cette date à l’édit accordé aux Juifs par Darius-Histaspes, l’an iv. de son regne, de rebâtir le temple. Ces trois hypothèses sont les plus suivies, & renferment néanmoins chacune de grandes difficultés pour l’application des détails qui d’ailleurs sont contenus dans la prophétie en termes assez obscurs.

Aussi les peres de l’Eglise ont échoué dans leur explication des semaines de Daniel, témoin Tertullien lui-même. Il prend pour époque des 70 semaines la premiere année de Darius ; & en calculant les regnes suivans, il trouve que Jesus-Christ est né soixante-deux semaines & demie accomplies l’an 41 d’Auguste. Il pose ensuite qu’Auguste ayant régné cinquante-six ans, quinze ans depuis la naissance du Sauveur, Jesus-Christ mourut l’an 15 de Tibere, & par conséquent à l’âge de 30 ans, le viij. des calendes d’Avril ou le 25 de Mars, sous le consulat des deux Geminus. Il place enfin la ruine de Jérusalem où finit la prophétie de Daniel, & la 70.e semaine à la premiere année de Vespasien. Il y a dans cette explication fautes sur fautes ; car, sans parler de l’époque d’où il tire le commencement des 70 semaines, qui est évidemment fausse, les sept semaines & demie depuis la naissance de J. C. en l’an 41 d’Auguste, font 32 semaines & demie. Or il y a certainement davantage depuis la naissance du Seigneur jusqu’à la ruine de Jérusalem. Aussi dans le calcul des années depuis l’an 41 d’Auguste jusqu’à la premiere année de Vespasien, Tertullien a obmis le regne entier de l’empereur Claude, & a fait succéder Néron à Caïus ; ce qui est absurde & dérange tout son calcul.

Je finis par une observation sur l’hypothèse des modernes qui est la plus généralement approuvée, je veux dire celle qui date l’époque du commencement des 70 semaines de Daniel à la vingtieme année d’Artaxercès-Longuemain. Dans cette hypothèse, il faut compter les 490 ans de la prophétie en années solaires ou lunaires. Or comme les années solaires se trouvent trop courtes pour atteindre le terme, on a fixé la prophétie en années lunaires. Africanus qui fleurissoit au commencement du iij. siecle, l’a ainsi décidé, & a été suivi par Théodoret, Bèze, Zonaras, Rupertus, & une foule de modernes, à cause de la conformité qu’ils ont trouvé dans cette hypothèse avec le texte de la vulgate ; mais ils n’ont pas considéré que les années lunaires n’atteignoient pas le terme d’un an & 246 jours. D’ailleurs, dans le tems que la prophétie fut révelée par un ange à Daniel, il n’y avoit point d’année purement lunaire en usage dans aucun endroit du monde. Je sai bien que les mois des Juifs étoient lunaires ; mais quoiqu’ils dépendissent de la Lune, leur année se régloit toujours au bout du compte par le cours du Soleil ; & ce qui manquoit aux années communes, étoit suppléé dans les années intercalées. (Le chevalier de Jaucourt.)

Semaine de la Passion, dans l’église romaine, est la pénultieme semaine de carême, ou celle qui commence le dimanche qui tombe quinze jours avant Pâques, & se termine au dimanche des Rameaux. On la nomme ainsi, parce que les hymnes, les leçons & tout l’office de cette semaine est relatif à la Passion de Jesus-Christ.

Semaine Sainte, ou Grande Semaine, major hebdomada, est la semaine qui commence au dimanche des Rameaux, & précede immédiatement la fête de Pâque. On l’appelle grande semaine à cause des grands mysteres qu’on y célebre.

Les Protestans en rapportent l’institution au tems des apôtres, aussi bien que les Catholiques chez qui elle est spécialement consacrée à honorer les mysteres de la mort & passion de Jesus-Christ, & à les retracer à l’esprit & aux yeux des fideles par les offices qu’on y chante & par les cérémonies dont on les accompagne.

Dans la primitive église, outre les jeûnes rigoureux qu’on pratiquoit dans cette semaine, on s’y interdisoit les plaisirs les plus licites & les plus innocens ; les fideles ne s’y donnoient point le baiser de paix à l’église ; tout travail étoit défendu ; les tribunaux étoient fermés ; on délivroit les prisonniers ; enfin, on pratiquoit diverses mortifications, dont les princes mêmes & les empereurs n’étoient pas exempts.

Semaines, Statuts des chirurgiens. C’est sous ce nom que l’on désigne dans les statuts des maîtres chirurgiens de Paris, le tems que ceux des aspirans qui sont admis au grand chef-d’œuvre, doivent employer à faire preuve de leur capacité. Chaque semaine est composée de six jours & demi, & l’aspirant doit quatre semaines : la premiere, de l’ostéologie : la seconde, de l’anatomie : la troisieme, des saignées : & la quatrieme, des médicamens. (D. J.)