L’Encyclopédie/1re édition/SOLITUDE

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SOLITUDE, s. f. (Religion.) lieu desert & inhabité. La religion chrétienne n’ordonne pas de se retirer absolument de la société pour servir Dieu dans l’horreur d’une solitude, parce que le chrétien peut se faire une solitude intérieure au milieu de la multitude, & parce que Jesus-Christ a dit : que votre lumiere luise devant les hommes, afin qu’ils voyent vos bonnes œuvres, & qu’ils glorifient votre pere qui est aux cieux. L’âpreté des regles s’applanit par l’accoutumance, & l’imagination de ceux qui croient par dévotion devoir s’y soumettre, est plus atrabilaire, plus maladive, qu’elle n’est raisonnable & éclairée. C’est une folie de vouloir tirer gloire de sa cachette. Mais il est à propos de se livrer quelquefois à la solitude, & cette retraite a de grands avantages ; elle calme l’esprit, elle assure l’innocence, elle appaise les passions tumultueuses que le désordre du monde a fait naître : c’est l’infirmerie des ames, disoit un homme d’esprit. (D. J.)

Solitude, état de, (Droit naturel.) état opposé à celui de la société. Cet état est celui où l’on conçoit que se trouveroit l’homme s’il vivoit absolument seul abandonné à lui-même, & destitué de tout commerce avec ses semblables. Un tel homme seroit sans doute bien misérable, & se trouveroit sans cesse exposé par sa foiblesse & son ignorance à périr de faim, de froid, ou par les dents de quelque bête féroce. L’état de société pourvoit à ses besoins, & lui procure la sûreté, la nourriture & les douceurs de la vie. Il est vrai que je suppose l’état de paix & non pas l’état de guerre, qui est un état destructeur, barbare, & directement contraire au bonheur de la société. (D. J.)