L’Encyclopédie/1re édition/STAGIRE

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STAGIRE, (Géog. anc.) Stagirus, par Thucydide, & par Hérodote, Stagira, gén. orum, par Pline, & par Etienne le géographe, ville de la Macédoine, au voisinage du mont Athos, sur le golfe Strymonique, entre Amphipolis, & Acanthus. Thucydide, l. IV. p. 311. dit que Stagirus étoit une colonie des Andriens, & que conjointement avec la ville d’Acanthus, elle abandonna le parti des Athéniens. Cette ville est appellée dans un endroit Libanova par Sophien, & dans un autre passage, il la nomme Orthagoria ; Nicetor lui donne le nom de Macra.

Stagire n’étoit qu’une petite ville, mais elle s’est immortalisée par la naissance d’Aristote, le plus illustre des éleves de Platon, le chef & le fondateur de la philosophie péripatéticienne. Il vit le jour à Stagire, la premiere année de la 99e olympiade, l’an 384 avant Jesus-Christ ; il étoit fils de Nicomaque fameux médecin, petit-fils de Macaon, fils d’Esculape même. On voit qu’il descendoit de bonne race dans la connoissance de la nature ; aussi s’est-il illustré dans cette partie.

A l’âge de seize ans il vint à Athènes, & y étudia sous Platon tant qu’il vécut : après sa mort, Aristote se rendit en Asie auprès d’Hermias, qui étoit roi d’Atarnès ville de Mysie, & il épousa la niece de ce prince. Il demeura trois ans avec lui, au bout desquels Hermias étant tombé dans un piége que lui tendit le général d’Ocus roi de Perse, fut arrêté, & envové à la cour de Perse, où on le fit mourir.

Aristote accablé de ce malheur, passa à Mitylene, & de-là en Macédoine, où sa réputation l’avoit devancé. Philippe se proposant de le mettre auprès d’Alexandre, lui manda qu’il remercioit moins les dieux de lui avoir donné un fils, que de l’avoir fait naître du tems d’Aristote ; il accepta la place de précepteur du jeune prince, & demeura huit ans auprès de lui. Ensuite Alexandre alla conquérir la Perse ; mais Aristote dévoué aux Muses, choisit pour son séjour la ville d’Athènes, & y enseigna dans le Lycée avec une gloire unique la Philosophie pendant douze ans.

Sa haute réputation excita l’envie ; on l’accusa, suivant la coutume, d’avoir des sentimens contraires à la religion ; & cette accusation fut si violente, que craignant le sort de Socrate, il se sauva à Chalcis, ville d’Eubée, où il mourut deux ans après, l’an 3 de la 114e olympiade, âgé de 63 ans.

Diogene Laërce parmi les anciens, & Stanley parmi les modernes, vous donneront sa vie ; elle est digne de votre curiosité. Je ne dirai rien ici du nombre & du mérite des ouvrages de ce grand homme ; on n’a pas oublié d’en faire mention en plusieurs endroits de l’Encyclopédie. (D. J.)