L’Encyclopédie/1re édition/VENTOUSER

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VENTOUSER, (terme de Chirurgie.) opération qui a pour objet d’attirer le sang & les humeurs vers la peau, & de tirer du sang dans certains cas.

On prend une petite cucurbite de verre, connue sous le nom de ventouse ; on rarefie l’air dans la cavité de ce vaisseau, en y introduisant la flamme d’une lampe ou celle d’un peu d’esprit-de-vin allumé, puis on applique sur le champ la ventouse sur la partie qu’on veut ventouser.

La maniere la plus ordinaire de procurer la raréfaction de l’air, est d’attacher quatre petites bougies sur un morceau de carte taillé en rond ; on allume ces bougies, & l’on place cette espece de chandelier sur la partie qu’on couvre avec la ventouse. On ne l’appuie fermement sur la peau qu’après que l’air a été bien échauffé & rarefié. Lorsque la ventouse porte exactement, les bougies s’éteignent, & la tumeur s’éleve. Il est à-propos de frotter la partie qu’on veut ventouser, avec une serviette chaude, afin d’y attirer le sang. Dès que la ventouse est appliquée, on la couvre d’une serviette chauffée, afin d’entretenir plus long-tems la chaleur.

Les ventouses sont seches ou humides. On nomme ventouse seche celle après laquelle on ne fait point de scarifications ; elle a pour objet de procurer la transpiration, & d’attirer les humeurs du centre à la circonférence. Quand on incise le lieu ventousé, les ventouses sont appellées humides ou scarifiées. Celles-ci sont considérées comme les vicaires ou substituts de la saignée : ce qui est fort en usage en Allemagne où la saignée n’est pas si fréquente qu’en France. Pour avoir du sang des scarifications, il faut appliquer de nouveau la ventouse, & en réitérer l’application jusqu’à ce qu’on ait tiré la quantité de sang nécessaire. L’opération finie, on essuie bien tout le sang, on lave la partie avec du vin tiede, on applique ensuite un emplâtre dessicatif tel que celui de ceruse.

On recommande les ventouses sur les épaules dans les affections soporeuses contre les maux de tête invétérés, les fluxions habituelles sur les yeux, qui ont résisté à tous les autres secours. On applique aussi les ventouses sur la région des reins, dans le lumbago, ou douleurs rhumatisantes de cette partie, &c.

Les Anglois ventousent sans feu. Au lieu de rarefier l’air enfermé dans la ventouse par le moyen de la chaleur, on le fait en pompant avec une seringue appliquée à un orifice supérieur de la ventouse pratiquée exprès. La tumeur se forme comme dans l’application de la ventouse échauffée. Voici la raison de ce phénomène. L’air enfermé dans la ventouse étant rarefié, la partie se trouve déchargée d’une grande partie de l’air qui la pressoit, & de celui qui presse tout le reste du corps ; en conséquence de quoi le sang & les humeurs dilatent les vaisseaux, & forment une tumeur vers la partie ventousée, où il y a moins de résistance que par-tout ailleurs.

Les anciens appliquoient des ventouses aux mamelles pour arrêter les regles, & aux cuisses pour les provoquer, sur le nombril pour la colique, sur la tête pour relever la luette, &c. Ils croyoient aussi que l’application d’une ventouse sur le nombril étoit capable de retenir l’enfant dans la matrice, & de retarder un accouchement qui auroit menacé d’être prématuré, &c. (Y)