L’Enquête parlementaire en Angleterre

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L’Enquête parlementaire en Angleterre
Revue des Deux Mondes2e série de la nouv. période, tome 10 (p. 149-168).


L’ENQUÊTE PARLEMENTAIRE
EN ANGLETERRE.


Il y a en ce moment en Angleterre deux chambres des communes : l’une, composée de six cent cinquante-neuf membres, qui siège en bas, dans la salle ordinaire ; l’autre, composée de onze membres, qui siège en haut, dans un des bureaux. Cette seconde chambre, qu’on pourrait appeler un parlement concentré, a pour fonctions de faire une enquête sur l’expédition de Crimée, fonctions tout à fait nouvelles, car on n’a pu y trouver pour justification et pour précédent que l’enquête faite après la désastreuse expédition de Walcheren. Or à cette époque la chambre n’avait à examiner et à juger qu’un fait accompli, et non pas des opérations encore en cours d’exécution ; elle appelait devant elle le ministre responsable, lord Chatham, et les généraux et les amiraux qu’elle pouvait accuser avaient la faculté de venir se défendre ; enfin les accusés comparaissaient à la barre de la chambre entière, et non pas devant un comité délégué.

Aujourd’hui les circonstances sont toutes différentes. La chambre des communes avait devant elle un gouvernement responsable, et ce n’est pas à lui qu’elle s’adresse. Elle constitue un tribunal exceptionnel chargé de faire une enquête sur la conduite d’une grande expédition militaire, qui malheureusement est loin d’être terminée, et sur les faits et gestes de généraux et d’amiraux qui sont à quelques centaines de lieues. Cette enquête, dont nous nous proposons d’exposer les diverses phases, est une des plus grandes légèretés que pût commettre le parlement anglais. Elle ne doit aboutir, comme nous le disions dans les temps anciens, qu’à une faiblesse ou à une folie. Si elle avorte, comme cela est bien possible, le parlement aura fait beaucoup de bruit pour rien, et aura donné un spectacle d’impuissance peu propre à le relever dans l’opinion. Si elle est poussée jusqu’à ses conséquences logiques, elle portera un coup funeste à l’esprit de la constitution et aura jeté les fondemens d’un comité de salut public et d’un futur tribunal révolutionnaire. Nous ne sommes point étonné de l’importance qui a été attachée en Angleterre à l’établissement de ce comité d’enquête, car il soulève des questions où sont engagées l’existence même et l’essence du gouvernement constitutionnel. C’est la confusion de toutes les fonctions qui doivent rester séparées, c’est l’absorption du pouvoir exécutif par le pouvoir législatif, et l’histoire est là pour avertir que tous ces comités exceptionnels aboutissent au despotisme.

Dans le cas présent, le comité offre d’autres dangers. Il est appelé à scruter la conduite d’une expédition entreprise par deux puissances, dont l’une peut tomber sous sa juridiction, mais dont l’autre ne saurait certainement la reconnaître. La guerre est faite à deux, et par deux pays dont les gouvernemens reposent sur des principes opposés. Nous ne savons pas trop s’il y a entre les deux incompatibilité d’humeurs, mais assurément il y a incompatibilité de systèmes. Le système du gouvernement français n’est pas de donner à tout le monde le secret de ses affaires, au contraire. Peut-être le gouvernement anglais voudrait-il bien pouvoir en dire autant, mais en Angleterre on dit tout et on écrit tout, et on n’empêchera personne de parler ni d’écrire. Si donc il convient au comité de la chambre des communes de mettre sur la sellette les généraux et les amiraux anglais, et tous les fonctionnaires militaires ou civils, c’est l’affaire de l’Angleterre ; mais pour se défendre, il faudra bien que généraux, amiraux et autres divulguent des délibérations de conseils de guerre, ou des conventions, ou des discussions, ou des dissentimens qui ne sont pas destinés à la publicité, qu’en un mot ils disposent de secrets qui n’appartiennent pas qu’à eux seuls.

Le parlement anglais nous paraît donc s’être engagé dans une impasse où il ne peut ni avancer ni reculer sans un égal danger des deux côtes, et s’il se trouve dans cette situation embarrassante, il peut s’en prendre aux grands tacticiens qui se sont amusés à faire une crise ministérielle dans une des circonstances les plus critiques de l’histoire de leur pays. L’enquête a été l’arme avec laquelle lord John Russell a renversé un ministère dont il faisait partie ; cette arme a été retournée contre le nouveau ministère, dont il fait encore partie, et ce n’est que justice. Comme le magicien qui ne pouvait plus dominer le monstre qu’il avait créé, les parlementaires de la haute école ont, pour servir leurs ambitions individuelles, provoqué un mouvement qui aujourd’hui les domine eux-mêmes et les emporte. Ce qu’on a appelé quelque part la banqueroute militaire de l’Angleterre avait déjà porté une atteinte profonde à la classe qui possède le monopole du gouvernement ; mais il y a quelque chose qui a fait plus encore pour la déconsidérer et la dépopulariser, c’est le spectacle d’anarchie et d’impuissance qu’elle a donné pendant la dernière crise ministérielle. Dans le temps même où l’armée périssait presque tout entière de froid, de faim, de fatigues et de maladies, et où chaque dépêche pouvait apporter la nouvelle de son anéantissement, le parlement passait de longues séances à écouter l’intéressant récit des griefs de lord John Russell contre lord Aberdeen, ou le duc de Newcastle, ou M. Gladstone, ou n’importe qui. Nous nous souvenons de l’effet lamentable que produisaient ces tournois oratoires, où les chevaliers parlementaires se battaient à armes courtoises, absolument comme s’ils eussent oublié qu’on se battait plus sérieusement ailleurs. C’était un déluge de complimens aigre-doux à faire envie à Célimène ; il n’y avait pas jusqu’au formalisme du langage qui ne fût devenu irritant, et il se faisait une consommation de « mon noble ami, mon illustre ami, mon savant ami, mon vaillant ami, » sans compter « les nobles lords, » qui avait quelque chose de nauséabond. Dans cette pantomime représentative, le public voyait toujours reparaître les mêmes figures et les mêmes noms ; c’était toujours Russell, Derby, Palmerston, Grey, ou bien Grey, Palmerston, Derby, Russell. Comment s’étonner que le journal qui exprimait et souvent devançait la voix publique s’écriât : « Quelle figure faisons-nous devant l’Europe ? Après notre réputation militaire perdue, que pensera-t-on aussi de notre précieuse constitution, que nous avons voulu faire prendre de force à tous les pays du monde, quand on verra qu’elle ne travaille que pour une petite coterie d’hommes d’état qui s’en servent comme d’une courte échelle ? Si le peuple anglais ne sait pas où tout cela le mène, nous nous chargeons d’éclairer son innocence. Ce sont les degrés par lesquels les nations constitutionnelles descendent au despotisme. »

Ce langage n’était pas seulement celui de la presse ; il était répété, sous une forme encore plus éloquente parce qu’elle était plus modérée, par les hommes les plus attachés au gouvernement parlementaire. Le Nestor de l’Angleterre, le vieux lord Lansdowne, disait dans la chambre haute : « Souvenons-nous que la lutte dans laquelle nous sommes engagés est celle du gouvernement représentatif contre le despotisme, et que si nous nous montrons incapables d’opposer à l’énergie du despotisme cette force particulière qui appartient ou qui devrait appartenir au gouvernement représentatif, nous serons vaincus dans la lutte. Si par le patriotisme, par le raisonnement, par la discussion, nous ne savons pas réaliser cette unanimité que le despotisme sait toujours commander dans tous les temps et dans toutes les circonstances, alors le despotisme sera trop fort pour la liberté, et la morale des événemens qui se passent devant nous sera la démonstration de la faiblesse et des vices des gouvernemens libres et représentatifs… »

On sait comment se termina la crise et comment fut formé le nouveau ministère. On crut que lord Palmerston, porté au pouvoir par le consentement universel, allait commencer une nouvelle carrière ; mais pour cela il fallait qu’il eût la voie libre, et qu’il fût tout d’abord débarrassé du spectre de l’enquête. Il crut qu’il en aurait bon marché. Pour lui, l’enquête avait atteint son but, qui était de mettre lord Palmerston à la place de lord Aberdeen, et, ce but une fois atteint, il ne restait plus qu’à tirer l’échelle. Il faut dire que cette opinion de lord Palmerston était très excusable et très explicable, car elle était au fond celle de la majorité qui avait voté l’enquête ; mais cette fois encore le gouvernement et le parlement devaient être débordés, et l’impulsion du dehors devait les forcer à marcher. Dès le premier jour que lord Palmerston apparut dans sa nouvelle qualité devant le parlement, il fut clair qu’il ne serait pas de force à maîtriser la situation. Il se présentait pourtant avec cette aisance, cette bonne humeur, cette désinvolture qui sont les attributs de son caractère et de sa personne et les principaux élémens de sa popularité. Dans la manière dont il « introduisit » au public le personnel de son ministère, en faisant l’énumération des qualités qui distinguaient chacun de ses membres, il fut impossible de ne pas le comparer à un imprésario commençant une saison et faisant l’inventaire de sa troupe et de son programme. Il glissa légèrement sur sa propre personne, trop connue pour avoir besoin d’être présentée ; puis, après avoir exposé les difficultés qu’avaient rencontrées lord Derby et lord John Russell pour former une administration, il ajouta : « J’avais reçu les ordres de sa majesté dimanche à six heures du soir ; je fus assez heureux pour pouvoir, le mardi dans l’après-midi, annoncer à sa majesté que j’avais réussi. Le gouvernement actuel fut formé, et j’ai la confiance qu’il contient assez d’habileté pratique, assez de sagacité politique, assez de libéralisme d’opinion et assez de patriotisme et de résolution pour remplir la tâche qu’il a entreprise. Il y a au département des affaires étrangères l’habileté, l’expérience de mon noble ami lord Clarendon. J’ai été assez heureux pour m’assurer, au département de la guerre, les services de mon noble ami lord Panmure, dont vous connaissez l’habileté et l’énergie. J’ai pu conserver les services de mon honorable ami le chancelier de l’échiquier et ceux de mon honorable ami le premier lord de l’amirauté, qui n’ont point besoin de panégyrique de ma part… » Après avoir ainsi montré l’un après l’autre les personnages, lord Palmerston aborda la question de l’enquête, et, toujours avec la même charmante humeur, il raconta à la chambre l’histoire de Richard II, qui, combattant une bande de ses sujets révoltés dont le chef venait d’être tué, leur avait dit : Mes amis, votre chef est mort ; suivez-moi, je serai votre chef. — « Eh bien ! disait lord Palmerston, je dirai, moi aussi, à la chambre : Laissez là votre comité d’enquête ; c’est moi qui serai votre comité. » On peut se figurer d’ici lord Palmerston cherchant à dérider la chambre et donnant le premier l’exemple de l’hilarité. Par malheur, ce fut un effet manqué ; la chambre fut médiocrement flattée de se voir comparée à Jack Cade, qui était un insurgé d’assez pauvre mémoire, et comme il n’y a rien de plus embarrassant qu’une plaisanterie qui a fait long feu, lord Palmerston eut besoin de toute sa dextérité pour continuer l’exposition de son programme. Il raconta pourtant tout ce qu’il se proposait de faire : il allait envoyer des commissaires en Crimée, des médecins pour visiter les hôpitaux, des balayeurs pour nettoyer le camp, les quais et les rues de Balaklava. En même temps on allait ouvrir les conférences de Vienne, et afin, disait-il, « de donner à ces conférences l’aspect le plus sérieux et le plus solennel, » il y envoyait son noble ami lord John Russell, cet homme si éminent, etc. Enfin, disait-il en concluant, « j’espère que nous donnerons au monde la noble et glorieuse preuve qu’un peuple libre et un gouvernement constitutionnel sont capables de montrer une vie, un courage, une ardeur, une énergie et une persévérance que l’on chercherait en vain sous une domination despotique et arbitraire. »

Dépouillé de sa forme officielle, le langage du nouveau premier ministre voulait dire : « Voyons, entre nous, votre enquête était pour rire. C’était bon pour nous débarrasser de cet ennuyeux Aberdeen ; mais maintenant que je suis là, n’y pensons plus. » Comment en effet la chambre aurait-elle voulu faire de la peine à un homme si aimable, si bien avec tout le monde, si heureux de vivre, si content de lui-même et des autres ? La chambre, en vérité, n’en avait pas grande envie, car elle avait conscience de sa propre complicité dans la comédie ; mais d’un côté les tories comme M. Disraeli, de l’autre les radicaux comme M. Duncombe, l’empêchaient de s’arrêter : les uns lui firent honte, les autres lui firent peur. « Pourquoi, dit M. Roebuck, nous demande-t-on de nous rétracter ? Parce qu’il y a un nouveau ministère ? Mais je nie qu’il y en ait un nouveau. On a battu les cartes, voilà tout ; mais ce sont toujours les mêmes joueurs. Tous les éloges dont le noble lord a inondé ses collègues ne sont que la répétition de ce qu’il a déjà dit il y a quinze jours… » M. Duncombe, un aristocrate radical comme il y en a quelquefois en Angleterre, déclara que si la chambre abandonnait l’enquête, le pays se regarderait comme trahi. « Je crois, ajouta-t-il, que dans cette question le pays veut dire une chose, et le gouvernement une autre ; on ne s’entend pas, et cela pourra engendrer des difficultés… » Dans une autre séance, on ne craignit point de faire appel aux souvenirs de la révolution française : « Quand l’armée française, dit M. Layard, sous la révolution, se trouva réduite à l’état dans lequel est aujourd’hui la nôtre, que fit la convention ? Elle y envoya des commissaires pris dans son sein, des hommes qui n’avaient point des considérations de parti, qui s’inquiétaient peu des influences aristocratiques, déterminés à punir les coupables, quels qu’ils fussent, et qui les punirent. Qu’arriva-t-il ? C’est qu’au bout de peu de mois cette armée accomplit des prodiges inouis dans l’histoire. Il faut que nous fassions ce que fit la convention… On nous dit que nous ne sommes pas habitués aux grandes campagnes, que l’armée anglaise ne peut pas faire ce que fait l’armée française. Ce n’est pas vrai. Est-ce que nos campagnes dans l’Inde ne valent pas celles des Français dans l’Afrique ? Est-ce qu’il y a en Afrique une plus grande bataille que celle de Sébron, une plus grande campagne que celle de l’Afghanistan ? Par une misérable jalousie, vous n’employez pas les hommes qui ont sauvé vos colonies et maintenu l’honneur du pays. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas au service de la couronne, mais à la solde de la compagnie des Indes ! Et pour cela, vous laissez de côté des hommes qui ont fait glorieusement la guerre, et vous prenez des généraux de soixante-dix ans qui n’ont jamais fait de campagnes, qui savent à peine faire manœuvrer un régiment, mais qui ont de l’influence parlementaire et de bonnes relations. Un pareil état de choses est monstrueux, il est intolérable. On me dit que je veux abattre l’aristocratie : non, je veux la sauver. Un des hommes les plus éminens de ce pays a écrit il y a trois mois : Soyez sûr que si cette armée périt, ce sera le plus grand coup qu’ait jamais reçu l’aristocratie anglaise. — Sachez-le bien, vous avez soulevé une voix que vous aurez plus de peine que vous ne croyez à faire taire. Il y en a qui disent : C’est la faute du Times ! Charles Ier, lui aussi, disait : « Ce sont ces prêcheurs puritains qui font la révolution, » quand c’était la révolution qui faisait les puritains. Ce n’étaient ni Voltaire ni Rousseau qui créaient le mécontentement du peuple français, c’était le sentiment de la France qui faisait Voltaire et Rousseau. Eh bien ! c’est aussi l’indignation publique qui donne une voix au Times. Faites comme lui, vous serez écoutés comme lui… »

Pendant ces harangues passionnées, lord Palmerston conservait toute sa présence d’esprit et tout son esprit. Il suggérait malicieuse ment l’idée de prendre au mot les admirateurs de la convention française, et d’envoyer en Crimée M. Layard, M. Drummond, M. Roebuck et les hommes les plus incommodes de la chambre, ce qui eût été une excellente manière de se débarrasser de leurs questions ; mais lord Palmerston lui-même dut bientôt comprendre que l’esprit était hors de saison, et que la pression du dehors serait la plus forte. Il capitula, et la transaction à laquelle il se soumit amena une nouvelle crise ministérielle.

On a vu que des anciens disciples de sir Robert Peel et des amis personnels de lord Aberdeen, trois étaient restés dans le cabinet de lord Palmerston. Tous trois avaient compris la proposition d’enquête comme elle était généralement comprise dans le parlement, c’est-à-dire comme ayant pour objet la dissolution de l’ancien ministère, et une satisfaction, juste ou injuste, donnée à l’opinion publique ; mais ils croyaient et avaient le droit de croire qu’une fois ce sacrifice expiatoire accompli, le gouvernement combattrait l’enquête, d’autant plus que lord Palmerston tout le premier l’avait combattue. Pour eux, l’accepter était non-seulement abdiquer les fonctions du pouvoir exécutif, mais c’était aussi se faire les complices d’un acte d’accusation contre leurs amis. Quand donc lord Palmerston, cédant à la clameur publique, mit bas les armes et capitula avec le comité d’enquête, M. Gladstone, sir James Graham et M. Sidney Herbert donnèrent leur démission de ministres, et le gouvernement retomba aussi avant que jamais dans les difficultés d’où il venait à peine de sortir. On recommença à battre les cartes et à chercher des lords ; le spectacle d’anarchie qui avait tout récemment scandalisé et troublé le pays fut donné de nouveau. La chambre elle-même présentait le tableau d’une classe d’écoliers sans maître et sans règle, et le jour où lord Palmerston venait annoncer la nouvelle composition de son cabinet, quand on le vit entrer, tout le monde se mit à rire, et on cria : « Encore une crise ! »

Ce n’était pourtant pas le moment de rire. Le pays grondait et commençait à se remuer. Comme des chœurs de Romains dans les tragédies, il sortait des masses de sourds murmures, et des bandes affamées parcouraient des quartiers de Londres en faisant fermer les boutiques. Pendant que les grands hommes d’état jouaient aux portefeuilles, les classes travailleuses commençaient à sentir le poids de la guerre. Nous laisserons parler ici un homme qui, presque le seul au milieu du mensonge universel, avait le courage de dire quelques vérités cruelles. Nous n’ignorons pas que M. Bright est un quaker et un membre du congrès de la paix, mais il n’en est pas moins représentant de la première ville commerciale de l’Angleterre, et plus à portée qu’aucun autre de connaître l’état des classes ouvrières. Or voici ce que disait M. Bright dans un des grands centres manufacturiers du nord : « Je sais bien, disait-il, qu’il y en a qui regardent comme une règle de la Providence qu’il y ait d’un côté des gens très riches et de l’autre des gens très pauvres. Mettant de côté ces théories, je dirai seulement qu’un homme serait aveugle, — qu’il devrait avoir quelqu’un pour le mener quand il sort, ou qu’il ne devrait pas sortir du tout, — s’il ne voyait pas que l’absorption que fait le gouvernement de tous les produits ou de la somme équivalente aux produits de l’industrie d’une si grande population doit nécessairement tendre à créer un accroissement considérable de souffrances et de paupérisme. Je suis, je dois le dire, de ceux qui envisagent sous les couleurs les plus sombres notre position présente et celle à laquelle nous marchons… Non-seulement toutes nos sources de prospérité à l’intérieur sont taries par l’appauvrissement général, mais il n’y a pas un marché sur la surface du globe qui n’en reçoive le contre-coup. Nous sommes dans un état de concurrence effrénée, nous produisons plus que le monde ne consomme, et nous continuons de nous faire concurrence à mesure que nos consommateurs diminuent… Le paupérisme augmente dans des proportions effrayantes… Depuis deux ou trois ans nous n’avions plus de mendians, nous en avons maintenant comme il y a dix ou quinze ans… Il y a des gens qui croient que parce que le gouvernement fait des commandes, le commerce marche ; mais faire aller le commerce avec les impôts du pays, n’est-ce pas vouloir nourrir un chien en lui donnant sa queue à manger ?… Quelle qu’en soit la cause, si le blé continue à être à 70 shillings, ce ne sont pas les changemens de cabinets ou de premiers ministres, ce ne sont pas les rêves de gloire militaire, ce ne sont pas les inventions de la politique des hommes ou de l’imposture des hommes qui empêcheront la population de s’enfoncer de plus en plus dans la souffrance, de tomber de la souffrance dans le mécontentement, et enfin du mécontentement dans la révolte. Ma profonde et solennelle conviction est que si la guerre continue d’arrêter l’importation du blé dont nous avons besoin, avant deux ans vous serez occupés à fusiller vos concitoyens dans les rues… Je suis convaincu que nous sommes sur le seuil de difficultés dont ne se doutent même pas ceux qui soutiennent à grands cris la politique qui nous les apporte, et le jour où elles viendront, ils seront aussi terrifiés que nous les avons vus quand de semblables désastres ont frappé le pays… Je pourrais vous citer des villes où le commerce est dans un état où il n’a pas été depuis bien des années ; je ne vois pas de raison pour que cet état n’augmente pas… C’est à vous de faire comprendre à ceux avec lesquels vous êtes en contact les maux énormes qui se pressent sur nos pas, et dont vous pouvez entendre déjà l’approche, si vous voulez prêter l’oreille ; c’est à vous d’encourager toute politique qui cherchera à arrêter des événemens qui, si on les laisse venir, seront les plus désastreux que puisse voir notre génération. »

Comme pour justifier ces sombres pronostics, l’émeute envahissait les grandes villes. Des milliers d’ouvriers sans travail parcoururent et terrifièrent les quartiers de l’est de Londres et les rues de Liverpool, en criant : Du pain ! On leur fit des distributions de vivres, mais les provisions n’y purent suffire ; les boutiques furent forcées et dévalisées, l’épouvante régna pendant plusieurs jours, les troupes furent consignées, et ce fut avec peine qu’on évita l’extrémité toujours redoutable de l’emploi des armes.

La crise gouvernementale se prolongeait, et lord Palmerston fut enfin réduit à retomber dans l’antique ornière d’un pur ministère whig. Ainsi finit, et pour toujours, la coalition des nuances libérales et conservatrices qu’avait créée Robert Peel, et les divers éléments qui la composaient se trouvèrent libres de retourner à leurs affinités naturelles.

La reconstruction du ministère donna une nouvelle et flagrante preuve de l’impuissance et de la pauvreté des partis et des hommes. On avait cru que lord Palmerston, ce représentant de la Jeune Angleterre, allait infuser un peu de jeune sang dans les veines du pouvoir et faire appel à quelques hommes nouveaux ; on le vit avec une stupéfaction mêlée d’alarme recruter ce qu’il y avait de plus routinier et de plus exclusif dans l’ancien parti whig. Le nouveau ministère fut composé presqu’entièrement comme l’était celui de lord Melbourne : ce fut une espèce d’exhumation, et, pour la rendre complète, lord John Russell fit sa réapparition sous la double forme de ministre des colonies et de ministre plénipotentiaire.

Selon l’usage, les membres du cabinet qui venaient de se retirer donnèrent dans le parlement l’explication de leur conduite. Sir James Graham parla le premier et démontra éloquemment les dangers que présentait l’enquête, comme usurpant les fonctions du pouvoir exécutif. « Loin de moi, dit-il, de contester les pouvoirs de cette chambre ! Je ne connais rien ni si haut ni si loin qu’elle ne puisse atteindre. Ma vie politique tout entière s’est écoulée dans cette enceinte, et le suprême effort de ma jeunesse et de mon âge mûr a été de travailler à accroître l’influence démocratique de la chambre des communes. Dans sa sphère légitime, nul n’applaudit plus que moi à sa puissance. Elle contrôle la nomination des ministres, elle est, comme branche de la législature, l’égale de la chambre des lords, et elle est plus qu’elle par le vote des impôts et des budgets. Elle est le grand comité d’enquête de la nation, et je ne connais point de limites qui puissent lui être imposées, excepté quand, dans un moment de mauvaise inspiration, elle empiète sur les fonctions du pouvoir exécutif… » Sir James Graham déclara ensuite qu’il avait toujours compris que le gouvernement s’opposerait à l’enquête, et qu’il n’avait demandé, en restant au ministère, qu’une seule assurance, celle que lord Palmerston continuerait fidèlement la politique extérieure de lord Aberdeen. Selon lui, l’enquête ne pouvait avoir que des résultats funestes pour les relations de l’Angleterre et de la France ; on ne pouvait la faire porter sur les opérations militaires anglaises sans toucher à ce qui concernait Farinée française. « Il dépendra, dit-il, de la prudence de quelques individus que les questions soient ou non renfermées dans les bornes nécessaires. Si malheureusement le côté de l’imprudence l’emporte, je n’hésite pas à dire que cette enquête met positivement en danger nos relations avec notre grand et puissant allié… Quelle est, dans la guerre, la principale condition de succès ? C’est l’unité de commandement… Mais quand il y a partage du commandement avec un allié, alors se présentent les relations les plus compliquées ; il y a nécessairement des différences d’opinion, nécessairement aussi plus ou moins de transactions réciproques, ce qui est toujours une cause de faiblesse. Dans la distribution des forces, il y a nécessairement une inégalité relative. Je ne veux pas en dire plus, et dans cette assemblée, la plus intelligente qui soit au monde, je suis sûr qu’il n’y a personne qui ne sente intérieurement les dangers que j’indique… »

Ce fut dans cette séance que M. Bright prononça une de ces harangues brûlantes et pathétiques qui font de lui le premier orateur de l’Angleterre d’aujourd’hui. Il prit acte de la déclaration que le nouveau ministère voulait poursuivre sérieusement les négociations de Vienne, et il adjura le gouvernement et la chambre de ne point y apporter d’obstacles. « Je ne dirai pas un mot, dit-il, de notre armée de Crimée. Il n’est pas un membre de cette chambre, pas un habitant de ce pays qui n’ait été navré de tout ce qu’il a appris, et dont nuit après nuit le sommeil n’ait été détruit, les rêves n’aient été absorbés par la pensée des angoisses et des souffrances de nos soldats. Ce que j’ai à demander au gouvernement, c’est si, dès que les bases des négociations auront été posées, on conviendra d’un armistice… » Ici quelques voix crièrent : Non, non ! et M. Bright reprit : « Je ne sais pas qui est-ce qui crie : Non ; mais je voudrais bien voir quelqu’un se lever et oser dire que le sang de deux cent mille créatures humaines déjà répandu dans cette lutte fatale n’est pas un suffisant sacrifice. Vous ne voulez pas conquérir de territoire, vous proposez des conditions que je ne refuse pas de tenir pour raisonnables ; alors où donc est l’homme dans cette chambre ou dans ce pays, où est l’homme dévoré d’une assez insatiable soif de sang pour appeler avec bonheur un assaut dans lequel Anglais, Français, Russes, Turcs, aussi sûr que nous vivons, vingt mille cadavres joncheront les rues de Sébastopol ?… Ce que je vous dis là, c’est ce que pensent dans ce pays des milliers de chrétiens, dont la voix est couverte par de fausses clameurs. Sachez-le bien, votre pays n’est pas dans une bonne condition en ce moment. D’un bout du royaume à l’autre, il y a une paralysie générale de l’industrie. Ceux d’entre vous dont ce n’est pas l’affaire ne peuvent pas comprendre entièrement ce que c’est que la diminution du travail et des salaires. Une simple augmentation dans <le prix des denrées se fait sentir vite dans le foyer des classes laborieuses. En même temps, je regrette de le dire, il se produit de jour en jour au sein de ces classes un sentiment d’amertume et de colère contre celles qui depuis longtemps gouvernent les affaires du pays… Chaque courrier apporte des nouvelles de deuil dans des centaines de familles. L’ange de la mort est déchaîné sur notre terre ; d’ici vous pouvez entendre le battement de ses ailes. Nulle main n’est là pour mettre le signe de sang sur le haut de nos portes afin que l’ange passe sans frapper ; il entre dans le palais du noble et dans la maison du riche comme dans la chaumière du pauvre, et c’est au nom de tous que je vous fais cet appel solennel…

Nous avons parlé des explications de sir James Graham ; M. Sidney Herbert et M. Gladstone en donnèrent de semblables. « Votre comité, disait M. Herbert, ne sera qu’un immense avortement. Je vous défie d’aller jusqu’au bout, ou bien vous ne le ferez qu’au risque de désorganiser votre armée, et d’ébranler la confiance ou de blesser la susceptibilité de vos alliés. » M. Gladstone démontra aussi que l’enquête devait, si elle était sérieuse, faire passer le pouvoir exécutif des mains du gouvernement dans celles de la chambre, et il exposait à cette occasion avec une admirable sagacité les règles de conduite qui seules ont maintenu jusqu’ici la constitution anglaise : « On me demandera, disait-il, où est la constitution ? Est-elle dans Blackstone ? ou dans Delolme ? ou dans Hallam ? Dans quel livre et quel auteur la trouve-t-on ? Je répondrai qu’une grande partie de l’esprit vivant de cette constitution se trouve dans les usages elles précédons de la chambre. Avec les pouvoirs qu’elle possède, la chambre a, si elle le veut, la faculté de bouleverser le pays entier ; mais c’est précisément les limites qu’elle impose à sa propre prépondérance qui la font vivre, et lui permettent de garder ses énormes prérogatives sans écraser celles des autres pouvoirs… » Dans ce peu de mots est toute la philosophie de la constitution anglaise, qui a l’insigne bonheur de n’être pas écrite.

Passant ensuite à ce qui regardait l’alliance française, M. Gladstone disait : « Supposons, par exemple, que le comité fasse des questions sur le moment où on a entrepris l’expédition, ou le peu de renseignemens qu’on avait pris avant de la faire. Est-ce que ces deux cas concernent l’armée anglaise seulement ? Est-ce que les Français sont partis plus tôt que les Anglais ? Savez-vous à quelle époque l’artillerie de siège des Français a quitté Toulon ? Autre chose. Le comité fera-t-il des questions sur l’état de la route de Balaklava ? Demandera-t-il pourquoi elle n’a pas été faite ? On lui répondra : Il n’y avait pas assez de bras. Mais pourquoi ? Parce que les hommes étaient aux tranchées. Mais pourquoi y étaient-ils tous ? Parce que les tranchées avaient telle ou telle étendue. Mais pourquoi ? Parce qu’elles étaient divisées par moitié entre les Anglais et les Français. Voilà ce qu’on répondra. J’espère qu’on ne croira pas que je veuille insinuer aucun doute sur la disposition de nos braves alliés à prêter leur aide à nos généraux ; mais les Français, de leur côté, diront qu’ils sont les maîtres de leurs affaires, et il n’y a pas de comité qui osera y mettre le nez. Si vous ne poussez pas l’enquête jusque-là, elle sera une dérision, et si vous la poursuivez, vous entrerez forcément dans l’examen des plus intimes rapports des deux années… »

Nous n’avons pas besoin de faire remarquer que M. Gladstone est passé maître dans l’art des subtilités et des insinuations, et qu’il s’abandonnait lui-même, en cette occasion, à la pente dangereuse sur laquelle il craignait de voir glisser les autres. C’était du reste un avertissement de plus pour la chambre ; mais la chambre, elle aussi, suivait la pente. Un homme qui par l’originalité et souvent la crudité de ses saillies remplit dans le parlement anglais le rôle de Diogène, M. Drummond, vint à la rescousse de l’enquête : « J’avoue, dit-il, que parmi toutes les difficultés que présente l’intelligence de ce qui se passe dans cette chambre, il en est une qui me tourmente particulièrement : c’est que je ne sais pas au juste quelle langue nous parlons. J’avais cru jusqu’à présent que nous parlions dans un certain dialecte de la langue anglaise ; mais quand, après que dans l’honnête simplicité de mon esprit j’ai voté pour l’enquête, on vient me démontrer que j’ai voulu dire autre chose, je confesse que je n’y comprends plus rien… Je vois bien que les honorables membres dépensent beaucoup d’éloquence à faire mutuellement leur panégyrique ; mais quand on parle de notre armée anéantie, je ne vois pas une larme… Voilà trois ministres qui s’en vont sans s’inquiéter de l’état dans lequel ils laissent les affaires ; c’est comme les domestiques quand le feu est à la maison. Jacques ne veut pas venir sans Tom, ni Jean sans Pierre, et la maison brûle… Qu’aurait-on dit, dans le temps où étions les rivaux de la France, si on avait pensé qu’un jour viendrait où dix mille Anglais porteraient des uniformes français et recevraient de la charité des Français dix mille rations de viande ?… Je ne veux certes pas exciter du johnbullisme ou des sentimens d’aigreur contre les Français, mais enfin il faut que nous sachions si notre gouvernement s’est embarqué dans une entreprise commune avec une puissance étrangère sans faire part égale. Nous avons bien le droit de faire une enquête sur la conduite de notre propre gouvernement, et nous la demandons. »

L’enquête fut encore appuyée par M. Laing, le directeur du chemin de Brighton, qui venait de refuser d’entrer dans l’administration. « Il est effrayant, dit-il, de voir la débâcle générale de notre organisation militaire. Où en serions-nous si au lieu de la Russie nous avions eu affaire à la France, si le jeune et nouvel empire s’était tourné contre nous, si cent mille Français avaient été jetés sur nos côtes, et si nous avions dû les combattre avec une pareille organisation, avec de pareils généraux, avec un pareil état-major ! L’orgueil de l’Angleterre est profondément blessé de la figure que nous avons faite dans cette guerre… Je puis affirmer à la chambre qu’il fermente dans le pays une agitation avec laquelle il ne faut pas jouer. Je regrette de dire qu’il y a au dehors des élémens presque révolutionnaires que l’on pourra encore conjurer avec de la sagesse, mais qui, si on persiste dans le même système, pousseront rapidement le pays à des extrémités que je tremble d’envisager… »

Lord Palmerston, nous l’avons dit, avait abandonné la partie. Au lieu de mener la majorité, c’était lui désormais qui la suivait ; il reconnaissait tous les inconvéniens et tous les dangers de l’enquête, « mais, disait-il, je vois que le pays a ramassé la question et l’entend d’une autre manière que la chambre… Quelques dangers que présente l’enquête, il y aurait un danger plus grand : ce serait que par suite de la dislocation des partis, le pays donnât le triste spectacle de son impuissance à former un gouvernement… »

Le comité d’enquête fut donc nommé, et la transaction faite entre le gouvernement et la chambre consista en ce que la liste des onze commissaires fut dressée d’un commun accord. Après cette épreuve, il était clair que lord Palmerston n’était pas parfaitement à la hauteur du rôle que lui avait assigné l’opinion publique. Le pays et la chambre demandaient à grands cris un gouvernement, on entendait répéter partout : « Il faut un homme, we want a man, » et l’homme dans les mains duquel le flot populaire jetait le pouvoir était le premier à le laisser échapper. Ce fut une erreur grave, irréparable ; la chambre, au fond, ne demandait pas mieux que d’avoir la main forcée. En pareille occasion, Peel aurait montré un autre caractère ; il avait plus d’une fois su contraindre une majorité rebelle à se soumettre à la nécessité, et M. Gladstone lui-même, avec moins d’autorité que son illustre maître, avait bien su, l’année dernière, forcer le parlement à voter et le public à accepter l’augmentation de la taxe du revenu. Lord Palmerston eût aussi bien dominé la majorité, s’il eût voulu se montrer plus ferme, et ce qui le prouve, c’est qu’une fois l’enquête décidée, le gouvernement et la chambre s’en trouvèrent aussi embarrassés l’un que l’autre. Les inconvéniens de cette espèce d’inquisition étaient tellement flagrans, que ses plus ardens promoteurs jugèrent eux-mêmes qu’il fallait la tenir secrète, et d’un autre côté ceux qui l’avaient combattue cherchèrent à la faire avorter en lui imposant la publicité.

Ce fut le libéral et radical M. Roebuck, le père de la proposition d’enquête et le président du comité, qui vint demander le huis-clos, et il appuya sa demande par des raisons que tout le monde prévoyait. « Nous sommes, dit-il, les alliés d’une grande puissance qui jour par jour en ce moment nous prête son concours. Maintenir l’intégrité de cette alliance et de la bonne intelligence entre les deux nations est assurément le désir de tous les membres de cette chambre ; mais accomplir ce désir, et en même temps donner à ceux que nous interrogerons la plus complète liberté de se défendre comme ils l’entendront, estime chose impossible… » C’était impossible en effet, et c’est précisément ce que comprenaient aussi ceux qui demandaient la publicité des interrogatoires. Sir James Graham, qui avait si énergiquement combattu l’enquête, réclama maintenant pour elle le grand jour, « J’ai, dit-il, grande foi dans la publicité comme contrôle de la dispensation de la justice. Pourquoi donc, je le demande, un tribunal qui juge la conduite des hommes publics, la réputation des généraux, des amiraux, des hommes d’état, serait-il établi sur d’autres principes que les autres cours de justice ?… » Sir James Graham dit ensuite à ses collègues qu’il ne fallait pas qu’ils se crussent un tribunal impartial, que l’esprit de parti et les animosités politiques devaient nécessairement influencer leurs décisions, et que pour cette raison surtout la publicité de l’enquête était un acte rigoureux de justice. D’ailleurs le secret était impossible ; quand même les onze membres du comité garderaient religieusement le silence, comment l’imposerait-on à tous les témoins qui seraient appelés ? La presse recueillerait les indiscrétions, et leur donnerait une publicité d’autant plus dangereuse qu’elle serait tronquée, et si le parlement voulait engager la bataille avec la presse, il fallait y regarder à deux fois avant de commencer cette campagne. Mais nous voulons laisser parler ici sir James Graham : « Ma conviction, disait-il, c’est qu’il s’établira une galerie d’acoustique entre la salle du comité secret et les bureaux du Times. Je n’ai pas, quant à moi, de plus ardent désir que de maintenir la dignité et l’honneur de cette chambre. Ce hochet que voici (montrant la masse qui est sur le bureau), ce hochet s’est croisé avec le sceptre des Stuarts, et il l’a brisé. De mon temps, j’ai vu le bill de réforme enlevé par la chambre des communes malgré la résistance de la chambre des lords. Eh bien ! je conjure la chambre de bien peser les conséquences d’un conflit avec la presse de ce pays… » Sir James Graham, interrompu ici par quelques murmures, reprit avec plus de force : « Je dis que si vous voulez engager un conflit avec la presse, il faut ceindre vos reins et vous préparer pour une bataille sérieuse, et je vous déclare que vous ne serez pas les vainqueurs, si vous n’avez pas l’opinion publique avec vous. Ma conviction est que si vous commencez ce conflit dans l’état actuel des choses, vous ne serez pas les plus forts ; je dirai plus : je dirai que vous ne devez pas l’être, parce que je suis d’avis que le secret est contraire au bien public… Vous changez la nature de votre tribunal… Ce n’est plus une cour de justice, c’est une cour d’inquisition… »

Ces paroles étaient faites pour produire une impression profonde sur la chambre, et il n’y eut guère que M. Drummond qui chercha à les combattre, mais il le fit en des termes qui ne pouvaient que les confirmer. « On nous parle à chaque instant, dit-il, de nos alliés et de notre alliance. Quant à moi, je déclare que je n’en suis pas amoureux, de cette alliance ; je soupçonne fort que le pays ne se doute pas du tout de ce que c’est, et moi-même je doute beaucoup que ce soit une alliance. J’ai bien entendu parler d’un corps vivant enchaîné à un corps mort, je ne sais pas si c’est cela que vous appelez une alliance. Quand le moment viendra, et peut-être avant la fin de cette session, il se pourra bien que je dise une bonne fois, et carrément, à la chambre et au pays, ce que je pense de la nature de cette alliance… » La chambre, comme on le pense bien, n’en demanda pas plus long, et il ne fut plus question du huis-clos. Le comité siège maintenant plusieurs fois par semaine, et ses procès-verbaux sont publiés dans les journaux.

Nous disions que l’enquête aboutirait à une faiblesse ou à une folie. Jusqu’à présent, elle n’en est encore qu’à la faiblesse, et c’est peut-être ce qui pouvait arriver de plus heureux. Bien que l’intérêt public l’ait suivie avec avidité, elle n’a point répondu à ce qu’on attendait d’elle, et elle pourra bien être sauvée de l’indiscrétion par la publicité. Elle aura eu cependant un résultat, c’est de justifier la presse des attaques dont elle avait été l’objet, et de prouver la justice des plaintes portées contre la caducité et le désordre de l’administration militaire. Elle a prouvé en effet que l’Angleterre était plus organisée pour la paix que pour la guerre, que tous ses départemens ministériels et administratifs avaient été créés dans un esprit de surveillance constitutionnelle, pour se contrôler les uns par les autres et se servir mutuellement de cour des comptes. C’est l’excuse du gouvernement, c’est aussi l’excuse de lord Raglan. Le commandant en chef de l’armée anglaise n’était réellement le maître de rien, et il se trouvait attaché à tant de différentes branches par tant de cordes et de nœuds, qu’il ne pouvait remuer ni bras ni jambes. On raconte qu’il y a quelques années, quand lord Raglan était chef de division de l’administration militaire, et que le vieux M. Hume rognait impitoyablement les budgets de la guerre, un jour qu’on avait soumis au gouvernement un plan de réforme et d’augmentation de l’armée, lord Raglan se contenta de mettre sa tête dans ses mains en disant : Joseph Hume ! et il ne fut plus question du projet. Lord Raglan, commandant en chef d’une armée en campagne, semble s’être toujours considéré comme un chef de division de ministère, et on dirait que le fantôme de Joseph Hume l’avait suivi en Crimée. Il n’a pas osé être un peu inconstitutionnel, ce qui lui aurait été assurément pardonné.

Ce qui a été prouvé encore par l’enquête, c’est qu’on avait entrepris l’expédition de Crimée avec la conviction tant soit peu précipitée qu’on prendrait Sébastopol sans coup férir et sans brûler une amorce. La déposition du général Evans, jusqu’à présent la plus intéressante, prouve aussi que la principale cause des pertes éprouvées par l’armée anglaise a été l’excès de fatigue. Les hommes, selon lui, auraient résisté à tout, au climat et aux privations, s’ils n’avaient pas été condamnés à faire dans les tranchées un travail au-dessus des forces humaines. Le tort du général anglais a été de vouloir partager la besogne en parties égales, quand les forces n’étaient pas égales. Disons aussi que cette célèbre « marche de flanc, » qui, après la bataille de l’Alma, a complètement et tout à coup changé le caractère des opérations, et dont on a fait naguère tant d’honneur au général anglais, n’a pas reçu le suffrage unanime des autorités compétentes en pareille matière. Comme nous n’avons certainement pas la prétention de juger des opérations stratégiques, nous voudrions citer ici l’opinion d’un officier-général anglais, sir Howard Douglas, l’auteur du Traité d’Artillerie navale. Nous croyons que quelques extraits d’une brochure publiée par lui, il y a déjà plusieurs mois, ne seront pas sans intérêt.


« Au commencement de l’année 1854, disait-il, il ne restait que peu d’espoir du maintien de la paix, et il fut bientôt nécessaire d’envoyer une armée anglaise en Orient pour coopérer avec une armée française. Avec beaucoup d’efforts, l’Angleterre parvint à équiper et à embarquer un peu plus de vingt mille hommes ; les canons, les munitions, les provisions devaient suivre aussi vite qu’on pourrait les rassembler. On ne put expédier alors que quelques batteries de campagne, à peine dans la proportion d’un canon pour mille hommes. Des hommes et des chevaux du train, des chariots de munition, des civières pour les malades et les blessés, des sapeurs et des mineurs, enfin tout ce qu’il faut à une armée en campagne, on ne put le donner qu’en très petite proportion, quelquefois pas du tout. C’est ainsi qu’avec un faible pied de paix l’Angleterre s’est trouvée engagée dans une guerre formidable… »


Sir Howard Douglas passe à des considérations scientifiques sur la force de Sébastopol, et il ajoute :


« En calculant le nombre des forces requises pour assiéger et pour prendre Sébastopol, il aurait fallu ne pas perdre de vue que cette ville est une vaste forteresse située sur les deux rives d’un port qui ressemble à une large rivière, et que le côté nord, occupé par la citadelle, domine la partie sud. C’est donc une forteresse divisée en deux parts par une rivière non guéable, et par conséquent les divisions du corps assiégeant ne peuvent se porter mutuellement assistance. Pour investir une place de ce genre, il faut une armée double de celle qu’il aurait fallu, si cette interruption de communications n’avait pas existé. Dans ce cas aussi, l’ennemi tenant la campagne avec une nombreuse armée d’observation, une ligne de circonvallation très étendue et très forte était nécessaire. D’autre part, on savait que Sébastopol était pour vue de tous les moyens possibles de défense ; elle avait un vaste arsenal naval déjà fortifié, et qui, à la moindre attaque, pouvait être considérablement renforcé ; elle avait d’énormes approvisionnemens de munitions, et, outre les artilleurs attachés à la place, elle pouvait emprunter à la flotte de nombreux renforts d’artilleurs faciles à exercer. Il n’y a pas une opération militaire qui puisse être calculée avec autant de certitude que le siège d’une forteresse, pourvu que ce siège soit entrepris avec des moyens suffisans et conduit avec l’habileté nécessaire ; mais il n’y a pas d’opération qui soit plus désastreuse qu’un siège entrepris avec des forces insuffisantes, comme, en 1812, celui de Badajoz (auquel l’auteur assistait). L’armée assiégeante doit être assez forte pour investir la place de tous les côtés accessibles, de manière à empêcher quoi que ce soit d’entrer ou de sortir, et elle doit être, en nombre, cinq fois supérieure, et jamais moins de trois fois, à la garnison. De plus, il doit y avoir une armée en campagne, principalement de cavalerie, pour protéger les opérations du siège, et empêcher qu’elles ne soient interrompues par l’armée d’observation de l’ennemi. L’armée de la Crimée s’est trouvée évidemment trop faible pour l’objet qu’elle voulait atteindre, et même la victoire de l’Alma n’a pu que l’affaiblir encore… »


Sir Howard Douglas examine ensuite la conduite de la campagne après la victoire de l’Alma, et il exprime l’opinion qu’on s’est trompé en attaquant par le sud, et que la célèbre marche de flanc a été une faute stratégique. Nous citons :


« Il est très à regretter qu’à cause de l’insuffisance des forces, il soit devenu nécessaire d’abandonner la ligne d’opérations par laquelle on s’était d’abord rapproché de la place, et sur laquelle ou avait, à l’Alma, défait l’armée qui couvrait Sébastopol. Cette bataille est un brillant fait d’armes pour les deux armées ; mais par suite du changement de plan, il faut reconnaître que, sauf l’effet moral, elle a été stérile, el, sous certains rapports, nuisible. En mettant le siège devant Sébastopol, on peut affirmer avec certitude que le point d’attaque le plus avantageux était le côté nord. Là, le terrain est le point le plus élevé, et le grand ouvrage octogone qui le couronne est la clé de la place. Ceci pris, les batteries du Télégraphe et du Wasp sur les hauteurs du nord, et le fort Constantin et autres forts au-dessous, étant commandés et pris à revers, doivent promptement succomber, en même temps que la ville, les bassins, l’arsenal et les casernes du côté sud du port seraient à la merci des alliés, qui avec le feu de leurs batteries auraient pu les détruire entièrement. Au contraire, en attaquant la place par le sud pendant que l’ennemi occupe les hauteurs nord, quand même on emporterait les hauteurs du sud, la ville, avec ses bassins et ses arsenaux, ne sera pas tenable pour les assiégeans tant qu’on n’aura pas pris le grand fort du nord et toutes ses dépendances, qui sans aucun doute auront été considérablement fortifiés avant que les alliés soient en mesure de les attaquer. La marche de flanc vers le sud a livré complètement à l’ennemi une communication libre entre la place assiégée et l’armée d’observation, et a laissé ouverte sa ligne d’opérations depuis sa base à Pérékop ; elle a aussi révélé le fait alarmant, que, faute de forces suffisantes, Sébastopol ne pouvait pas être investie de tous les côtés, qu’on était forcé de tourner le point le plus avantageux au lieu de l’attaquer, et de laisser à l’ennemi sa communication libre avec son point le plus fort, sa citadelle ; enfin qu’au lieu d’assiéger Sébastopol, l’armée alliée n’allait attaquer qu’une position retranchée sur les hauteurs du sud, laquelle était appuyée sur ses derrières par les ouvrages les plus forts de la place et restait libre de recevoir des renforts de toute espèce, pendant que de son côté l’attaque se faisait sans la protection d’une armée en campagne indispensable pour couvrir la force assiégeante. La marche de flanc de toute l’armée au sud a donc été une faute de stratégie. »


Sir Howard Douglas appuie sur l’impossibilité de prendre une ville forte sans l’investir ; il cite à cette occasion le siège de Silistrie l’année dernière et le siège de Mantoue par le général Bonaparte en 1796, et il dit :


« La position des alliés devant Sébastopol est à peu près semblable à celle de Napoléon ier quand il assiégea Mantoue. Ce grand général, se voyant en danger d’être immédiatement enveloppé par les deux armées qui s’avançaient au secours de la place, n’hésita pas à lever le siège, abandonnant mêmes son artillerie de siège. Il jeta toute son armée successivement sur chacune des deux armées autrichiennes, et en les battant l’une après l’autre il frappa le coup décisif qui le fit maître du nord de l’Italie.

« La manière dont les troupes campées devant Sébastopol ont pu supporter leurs fatigues, leur travail dans les tranchées, est un vrai miracle dans l’histoire de la guerre. Les forces destinées à garder les tranchées, ne peuvent pas être calculées en proportion avec la force de la garnison, puisque la place n’étant pas investie, on ne peut pas le savoir ; mais ce que nous savons, c’est que les hommes de service dans les lignes représentaient à peu près la moitié de la force effective de la division qui les donnait, et que la plus grande partie des hommes qui ont si héroïquement repoussé l’attaque d’Inkerman venaient de faire leur nuit dans la tranchée. La force nécessaire pour garder les tranchées devrait ne pas être moindre des trois quarts de la force de la garnison, et si cette proportion n’est point gardée, les opérations et les travaux de siège seront continuellement exposés à être renversés ou détruits par les sorties. De fréquentes sorties d’une place assiégée sont fortement condamnées, surtout dans les premiers temps de l’attaque, alors que les travaux sont encore éloignés, parce que, quand même elles réussiraient, la perte d’un seul homme dans une place entièrement investie est plus sérieuse pour les assiégés que ne le serait celle de six ou sept pour les assiégeans ; mais quand la garnison est forte, quand l’armée assiégeante est inférieure (ce qui est le cas de Sébastopol, qui n’est pas investi), la maxime est retournée, et la perte d’un seul homme est beaucoup plus sérieuse pour les assiégeans… Dans ces circonstances, les Russes ont eu raison de faire de fréquentes sorties, et de recourir à des opérations de défense offensive qu’ils n’auraient pas pu risquer, si la place avait été investie. Dans ces attaques, si vaillamment repoussées qu’elles aient été, l’armée alliée a subi de bien plus grandes pertes que dans la poursuite du siège… Rien ne pouvait justifier l’attaque de Sébastopol à une période si avancée de la saison que la certitude de l’enlever par un coup de main… L’auteur de cet écrit n’a point cru à la nouvelle de la prise, et savait qu’elle ne pouvait être vraie… Les hauteurs du sud pourront être couronnées par nos batteries, mais les positions que l’on voudrait établir par la pente qui descend vers la ville, les docks et l’arsenal, seraient tellement exposées au feu du grand ouvrage octogone et des batteries qui ont dû être placées de l’autre côté, que l’occupation de la place est entièrement impossible avant qu’on n’ait d’abord fait taire les forts du nord ; pour cela, il faut un autre siège, et voilà la conséquence de la faute qu’on a commise en attaquant la place du mauvais côté. Stratégiquement parlant, le siège de Sébastopol a été mal commencé ; la place n’est pas investie ; ses communications avec la campagne, avec l’armée qui la tient, et avec ses bases, sont libres ; les secours et les renforts peuvent à la fois et entrer et sortir ; la force défensive dans la place est en communication directe avec la force offensive au dehors. Les assiégés ne peuvent pas savoir à quel nombre ils ont affaire… Une place comme celle-là n’a pas à capituler, et ne capitulera pas, attaquée comme elle l’est, quand même l’attaque réussirait. La garnison ne peut pas être prise, car, après avoir fait une résistance désespérée, elle peut se retirer sur les hauteurs du nord, ou bien elle peut évacuer simplement la place, et aller joindre l’armée en campagne après avoir rendu la ville inhabitable et détruit toutes les provisions de guerre qu’elle contenait… »


Le général Howard Douglas conclut en disant qu’il faudra recommencer la campagne sur un nouveau plan, et retourner à l’Alma ; nous citons encore ce dernier passage :


« L’erreur capitale, dit-il, ayant été d’envahir la Crimée avec des forces trop peu considérables, et d’assiéger une place aussi fortifiée sans l’avoir d’abord investie, il faudra envoyer assez de troupes pour réparer cette erreur ; mais il ne faudrait pas envoyer du côté du sud plus de monde qu’il n’en faut pour garder et assurer les positions déjà occupées ; ce qui vaudrait le mieux, ce serait d’envoyer des forces suffisantes pour investir et attaquer la ville du côté du nord. Il faudrait s’assurer d’Eupatoria ; c’était sans but après qu’on avait renoncé à l’attaque par le nord, mais ce serait très utile si on la reprenait, et il faudra prendre des moyens efficaces pour empêcher les communications de l’ennemi entre Sébastopol et Pérékop. Jamais on ne devrait entreprendre un siège avant d’avoir défait l’ennemi en campagne, de sorte qu’on puisse poursuivre les opérations du siège sans interruption. C’est ce que les alliés auraient pu faire, s’ils avaient fait leur descente en Crimée à une époque moins avancée de la saison, et avec plus de forces et de préparatifs de toute sorte… Ce serait encore une grande faute de débarquer à Balaklava les forces qu’on destine à la campagne de 1855, et il faudra adopter des plans stratégiques bien différens pour l’année qui vient ; mais naturellement, et pour des raisons que tout le monde comprendra, nous n’en voulons pas dire plus long. »


Cette opinions d’un homme du métier, si forte qu’elle soit, n’est cependant que l’opinion d’un individu ; mais qu’arriverait-il, si le comité de la chambre des communes allait s’ériger aussi en juge des opérations militaires ? Ainsi que nous le disions en commençant, il ne s’agit pas ici d’un fait accompli, mais d’événemens en cours d’exécution. Quelle indépendance, quelle sécurité, quelle confiance, quelle liberté d’action peuvent avoir des généraux à plusieurs centaines de lieues, quand ils savent qu’ils sont, dans leur pays, soumis jour par jour à des jugemens qu’ils ne peuvent contrôler, à des accusations qu’ils ne peuvent repousser ? Ce qui peut arriver de plus fatal aux gouvernemens constitutionnels, c’est que les pouvoirs dont ils se composent, et sur l’équilibre desquels ils reposent, sortent de leurs attributions. L’histoire de tous les temps en offre assez d’exemples, et les hommes politiques qui dans le parlement combattaient l’enquête avaient le véritable sentiment des dangers qu’elle peut faire courir au gouvernement parlementaire. Un peu d’énergie de la part du nouveau ministère aurait maîtrisé la chambre. Malheureusement lord Palmerston a manqué son moment, il n’a pas su prendre, plus que lord Raglan, une dictature momentanée que l’opinion publique lui avait mise dans les mains. Quand le comité aura terminé son enquête et fait son rapport, que fera la chambre ? Se constituera-t-elle en pouvoir exécutif ? On dit qu’un conseil de guerre ne se bat jamais ; nous voudrions bien savoir ce que ferait un conseil de guerre de six cent cinquante-neuf membres ! Heureusement qu’il reste au ministère anglais la ressource d’une dissolution, et ce sera probablement la seule manière dont le gouvernement et le parlement puissent sortir des embarras qu’ils se sont créés.


John Lemoinne.