L’Extase (Huysmans)

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Le Drageoir aux épices, suivi de Pages retrouvées (1874)
Les Éditions G. Crès et Cie (p. 97-100).


XII

L’EXTASE


La nuit était venue, la lune émergeait de l’horizon, étalant sur le pavé bleu du ciel sa robe couleur soufre.

J’étais assis près de ma bien-aimée, oh ! bien près ! Je serrais ses mains, j’aspirais la tiède senteur de son cou, le souffle enivrant de sa bouche, je me serrais contre son épaule, j’avais envie de pleurer ; l’extase me tenait palpitant, éperdu, mon âme volait à tire d’aile sur la mer de l’infini.

Tout à coup elle se leva, dégagea sa main, disparut dans la charmoie, et j’entendis comme un crépitement de pluie dans la feuillée.

Le rêve délicieux s’évanouit… ; je retombais sur la terre, sur l’ignoble terre. Ô mon Dieu ! c’était donc vrai, elle, la divine aimée, elle était, comme les autres, l’esclave de vulgaires besoins !