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L’Illusion/Le Sage

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L’Illusion
Œuvres de Jean LahorAlphonse Lemerre, éditeurL’Illusion (p. 357).




LE SAGE


 
Le vieux Viçvamitra dans les austérités
Avait vécu cent ans, et le farouche ascète
Assombrissait parfois de regards irrités
Le ciel clair, où les Dieux anciens menaient leur fête.

Le peuple entier du ciel redoutait ce géant,
Car le vieillard pouvait d’une seule parole,
S’il les méprisait trop, renvoyer au néant
Tous ces amants divins dont la Terre était folle.

Il avait si longtemps, du fond de ses forêts,
Jugé les vanités du ciel et de la terre ;
Il avait pénétré d’effroyables secrets :
Mais, comme il était bon, il préférait les taire.

Il savait qu’eux aussi les Dieux devaient périr,
Que tous étaient encor plus vains que nous ne sommes,
Et qu’un mot suffirait pour faire évanouir
Ces fantômes créés par le songe des hommes.