L’Italie d’hier/Florence

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Charpentier & Fasquelle (p. 81-82).

FLORENCE

Ville toute anglaise, où les palais sont presque du triste noir de la ville de Londres, et où tout semble sourire aux Anglais, et en première ligne le Moniteur Toscan, qui ne s’occupe que des choses de la Grande-Bretagne. Ville, où les trois quarts des rues sentent mauvais, où les femmes ont sur la tête des paillassons pour chapeaux, où l’Arno, quand il a de l’eau, a de l’eau couleur café au lait, où les quais sont une exposition de ritirate, où la place ducale a l’air d’un déballage d’antiquités, où il fait une humidité puante, laissant le corps sans ressort — une ville qui n’a pour elle que le bon marché de la vie, et le merveilleux musée des Uffizi.

Déjeuner chez Donnet, un café qui tient la place à Florence du café de Paris, chez nous. Là, une tasse de chocolat, avec un pain grillé et un rond de beurre, le déjeuner du pays, coûte un demi paul : cinq sous et demi.

Dans ce café, un type : le fleurisseur de la boutonnière des gens, le marchand de camélias. Un glabre, à la figure chafouine, avec deux maigre bouquets de poils de barbe, en forme de papillottes, près des oreilles, le cou enveloppé d’un cache-nez sans couleur, le corps dans le veston râpé d’un jockey anglais : un être gris et mystérieux, vous faisant l’effet de l’eunuque d’un sérail de fleurs, quand il vient à vous, un bouquet de camélias blancs dans une main, et sous un bras, un grand panier évasé, d’où se penchent en dehors toutes les voluptueuses nuances de chair des camélias carnés, des camélias, comme éclaboussés de gouttelettes de sang de Vénus.