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L’Ombre des jours/L’Adolescence

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 155-156).

L’ADOLESCENCE


Voilà, tu ne sauras jamais rien de mon être,
Tu n’as pas regardé dans mon cœur, la fenêtre
Était lisse pourtant qui donnait sur ma vie,
Mais tu n’auras pas eu la patiente envie
De t’asseoir près de moi et de comprendre un peu.
Pourtant ce que l’on veut surtout, ce que l’on veut,
C’est la tendresse, et c’est l’amour finalement…
Alors on croit qu’on rit, qu’on plaisante, qu’on ment
Et c’est ainsi qu’on passe à côté de l’étreinte ;
Ah ! tous les chagrins tus, toutes les gaîtés feintes,

Le rappel enfantin des choses anciennes,
Et puis, durant l’été qui s’accroche aux persiennes,
Dans la chambre, pendant les chauds après-midi,
Tout ce que tu disais et tout ce que j’ai dit…
— La poussière dorée au plafond voltigeait,
Je t’expliquais parfois cette peine que j’ai
Quand le jour est trop tendre ou bien la nuit trop belle
Nous menions lentement nos deux âmes rebelles
À la sournoise, amère et rude tentative
D’être le corps en qui le cœur de l’autre vive ;
Et puis un soir, sans voix, sans force et sans raison,
Nous nous sommes quittés ; ah ! l’air de ma maison,
L’air de ma maison morne et dolente sans toi,
Et mon grand désespoir étonné sous son toit ! …