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L’Ombre des jours/La Mort favorable

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 175-176).


LA MORT FAVORABLE


Ô Mort de t’avoir crainte un jour, je me repens,
Ô fille de Cybèle auguste et du dieu Pan
Dont les bras ont porté la terre et le feuillage,
Toi, divine, par qui le cœur est enfin sage,
Que faisais-je quand triste aux approches du soir
Je me cachais de toi et craignais de te voir…
— Pourtant pour nous si las, si vains, pour nous qui sommes
Toujours blessés de joie ou d’ennuis, pauvres hommes,
Qui mieux que toi connais le baume et le secret,
Le breuvage, le lit, le vent limpide et frais,

La bonne, harmonieuse et longue sauvegarde…
— Voici, je n’ai plus peur de toi, je te regarde.
Je t’aime, comme j’ai parfois aimé l’été,
Je n’ai plus de désirs, ni de félicité
À toucher le printemps, ses rosiers et ses roses ;
J’ai vécu tous les jours, j’ai vu toutes les choses,
Tous les maux de l’esprit humain, je les ai sus,
J’ai porté le malheur des vœux vifs et déçus,
J’ai connu la rosée et l’âpre sécheresse,
Je sais comme l’espoir ondoyant monte et baisse,
Comme l’on est souvent au sortir du sommeil
Épouvanté de voir le jour tendre et vermeil,
Comme rien, hormis toi, n’est égal ou durable ;
— Lance-moi ton lacet, tes flèches et ton sable,
Et que je jette en toi la douleur et l’ardeur,
De ma raison malade et de mon mauvais cœur…