L’astronomie, poème en six chants/Chant sixième

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F. Didot frères (p. 245-296).

L’ASTRONOMIE.




CHANT SIXIÈME.

Après un long voyage aux limites du monde,
Après avoir erré sur l’abîme de l’onde,
Parmi les noirs écueils et les flots étonnés,
Que la carène encor n’avait point sillonnés,
Quand du haut de ce mât d’où s’agrandit la vue,
Par un agile enfant la terre est aperçue ;
Ah ! que le voyageur entend avec transport
Le cri victorieux qui lui promet le port !
Terre ! terre ! féconde et sage bienfaitrice,
Toujours l’homme t’implore, et ta bonté propice
L’accueille, le nourrit, le porte, et dans ton sein,
Lorsque tout l’a quitté, tu le reçois enfin.

Donne, donne un asile à ma nef imprudente,
Qu’égarèrent les feux d’une route brillante ;
Laisse-moi, descendu de la voûte des cieux,
Contempler à loisir tes destins glorieux :
Ton globe n’est qu’un point dans la sphère infinie,
Mais son noble habitant fut doué de génie :
Eh ! parmi tous ces corps lumineux, éclairés,
Brûlants ou refroidis, attirants, attirés,
Planètes ou soleils, comètes, satellites,
Qu’importent les grandeurs ? qu’importent les limites ?
Ces mondes et le tien, sur leur axe agités,
Roulent inaperçus dans cette immensité.
Plus grande que Vénus, que Mars et que Mercure,
Ceins ton front de forêts, pare-toi de verdure ;
Que l’automne et l’été, variant leurs couleurs,
Répandent sur ton sein et les fruits et les fleurs,
Doux charme des saisons, variété féconde,
Qu’ignore Jupiter aux limites du monde.
Et vous, de cette terre enfants industrieux,
Qui cultivez son sein, qui lisez dans ces cieux,

Mesurez sa grandeur du pôle à cette zone
Qu’enferme le tropique, et parcourt l’Amazone.
Oh ! du génie humain succès toujours croissants !
Colomb ajoute au monde, et Galilée aux sens ;
L’un agrandit la terre et l’autre l’Empyrée :
Herschel peuple de feux cette voûte azurée,
Et Copernic, Kepler, Newton, à tous ces corps
Marquent leur rang, leurs lois, leur force et leurs rapports.
À ces lois, cependant, du globe de Cybèle
L’essor capricieux parut long-temps rebelle ;
Les sages qu’en son vol Newton sut devancer
Sur ses vastes calculs n’oseraient prononcer.
Ils hésitent, leur art à la planète obscure
Demande vainement sa forme, sa mesure ;
Picard et Cassini la cherchent, et leur main
Ouvre et ferme vingt fois le compas incertain.
« Sortons, sortons du doute, a dit La Condamine :
« Mesurons les degrés que le pôle domine ;
« Partageons-nous la terre, allons sous l’équateur,
« Le pendule à la main, juger la pesanteur.

« Que sa marche révèle à la vue attentive
« Du centre plus distant la force moins active. »
Il dit, il part : Godin, Bouguer, vont sur ses pas
Chez les fils du soleil affronter les frimas ;
La neige est sous leurs pieds, la flamme est sur leurs têtes ;
Les Andes les verront, défiant les tempêtes,
Élever leurs signaux sur les rochers déserts,
Et soumettre au compas le nouvel univers.
Hélion a neuf fois, sur ces rives sauvages,
Traversant l’équateur, ramené les orages ;
Neuf fois il a revu, de leurs tubes armés,
Ces enfants de l’Europe à leur tâche animés.
Quels périls lasseraient leurs efforts, leur constance ?
Sur un mont où le feu s’ouvrit un gouffre immense,
La Condamine, seul, dans la nuit égaré,
Hasardait sur la glace un pied mal assuré.
Point de guide au ciel même, et la mort l’environne :
Le sentier est glissant, le cratère bouillonne :
Partout le précipice, et, dans ce lieu d’horreur,
Aucun asile au loin ne s’offre à son malheur

Il se sent pénétré par l’humide nuage ;
Le givre à coups pressés sillonne son visage ;
La flamme tour à tour vient éblouir ses yeux,
Retombe au fond du gouffre ou s’éteint dans les cieux,
Et le laisse éperdu dans l’horreur des ténèbres.
Adieu France, famille, amis chers et célèbres :
Oh ! qu’un trépas stérile est amer loin de vous !
Daignez, daignez sur lui jeter un œil plus doux,
Cieux, qui fûtes toujours son étude chérie ;
Sciences qu’il servit, postérité, patrie,
À ce Pline nouveau luttant contre la mort
Donnerez-vous des pleurs, apprendrez-vous son sort ?
Dieux ! que vois-je ? perçant les ombres redoutables,
Des gémeaux fabuleux les astres secourables
Brillent à l’orient : « Voilà, voilà Castor,
C’est lui, je vois son frère, et c’est ici le nord.
Le nord : de ce côté la pente est moins perfide. »
Il dit, marche à pas lents, suit l’astre qui le guide ;
Et le soleil enfin qui frappe ces sommets
Le rend aux compagnons de ses nobles succès (1).

Muses, dites leur gloire, et du pôle du monde
Qu’à vos chants de triomphe une autre voix réponde !
Prenez vos harpes d’or, êtres mystérieux
Qui peuplez de Fingal le ciel harmonieux,
Et, dédaignant enfin des exploits fantastiques,
Bardes, chantez du nord les héros pacifiques !
Voyez-les imprimant sur vos âpres climats
L’ineffaçable trait de leurs savants compas.
Les prismes du Kittis qui brillent dans la nue,
Des angles calculés marquent la cime aiguë.
Docile au voyageur, le renne bondissant
Dans ces routes sans trace emporte un char glissant ;
Les fleuves, arrêtés dans leur course rapide,
Offrent à la mesure une base solide,
Et la toise qui court sur leurs sentiers unis,
Se confie au niveau de ces flots aplanis(2).
Que des pins renversés les tiges résineuses
S’élèvent en brasier sur ces rives neigeuses,
Et de l’homme engourdi protégeant le repos,
Que la flamme pétille où murmuraient les eaux.

Il faut qu’incessamment de la voûte de glace
Le fer à coups pressés brise et perce la masse,
Pour tirer d’une source épuisée à l’instant
Le liquide trompeur qui se gèle en sortant.
La vie est un combat dans ces tristes contrées,
Mais l’art a su dompter ces monts hyperborées.
Du du degré qui s’allonge qui en fuyant l’équateur
La courbe se revèle à l’œil observateur.
Le marbre en redira la grandeur véritable ;
Et là, sur les confins de la terre habitable,
Restent gravés ces noms à la gloire promis,
Lemonier, Le Camus, Clairault et Maupertuis.
Uranie a parlé, que Neptune réponde ;
Sous la voile de Cook lancés autour du monde,
Que d’autres voyageurs, non moins audacieux,
De tous les points du globe interrogent les cieux.
Élèves de la France, enfants de l’Angleterre,
Pingré, Chappe, Masson, dispersés sur la terre,
Allez, allez, armés d’un magique instrument,
Aux deux pôles, au Gange, épier le moment

Où Vénus du soleil franchira l’orbe immense,
Et surprendre à ce dieu l’aveu de sa distance (3).
Sur le mont qu’autrefois gardait Adamastor
La Caille vient s’asseoir loin du flambeau du nord :
Dans le ciel peu connu qui brille sur sa tête
Dix mille astres comptés deviennent sa conquête.
Il divise à son gré ces vastes régions.
Législateur, par lui les constellations
Consacrent les travaux de la docte Uranie,
Les instruments des arts, les bienfaits du génie.
Tel que l’homme nouveau qui nomma dans Éden
Les êtres habitants du céleste jardin,
Puissant nomenclateur du nouvel hémisphère,
L’astronome a peuplé l’Olympe qui l’éclairé.
Il dispose, il ordonne, il place dans les cieux(4)
Le triangle, autrefois signe mystérieux,
Le burin patient, la palette brillante,
Le ciseau consacré par les dieux qu’il enfante,
L’équerre et son niveau, la règle et le compas
Qui marche en pivotant et mesure ses pas,

La pompe d’où l’air fuit pour produire le vide,
Et l’aiguille soumise au pôle qui la guide.
Là le fourneau d’Hermès fond les métaux ardents,
Le pendule animé compte ici les instants.
Du ciel le télescope a conquis les royaumes,
Et le verre puissant donne un corps aux atomes.
Un jour, lorsque le temps dans un long avenir
Aura détruit nos arts et notre souvenir,
Lisant ces mêmes noms, écrits à cette place,
L’homme dira sans doute : Oui, je revois les traces
Des antiques travaux, et du ciel les deux parts ;
Leur contraste éloquent l’atteste à nos regards :
Sous les astres du nord les peuplades sauvages
Ne virent dans ces feux que bizarres images,
Des ourses, des dragons, des monstres fabuleux,
Tandis qu’à son génie associant les dieux,
Le midi, plus savant, confiait aux cieux mêmes
Des arts qu’il inventa les fidèles emblèmes.
Hélas ! quand à nos yeux s’offrent des monuments.
Telle est souvent l’erreur de nos vains jugements ;

Par les siècles guidé, l’homme pourra sans doute
Prendre un vol plus heureux vers la céleste voûte,
Et connaître, éclairé par des arts plus puissants,
Des secrets jusqu’alors interdits à nos sens.
Mais, heureux d’agrandir son illustre héritage,
Il n’aura point le droit de mépriser notre âge,
Qui, bienfaiteur aussi de la postérité,
A sur l’expérience assis la vérité.
De ce qu’il a fondé l’avenir doit s’instruire,
Il y peut ajouter, mais n’y peut rien détruire.
Oui, la terre accomplit dans un ordre constant
Autour d’un point central ses lois, son mouvement ;
Chaque astre voyageur va roulant sur lui-même,
Et le soleil réside au centre du système,
Il est le souverain, l’âme de tous ces corps,
Dont l’art a calculé la marche, les rapports,
Comparé la grandeur, mesuré les distances,
Et tracé dans les cieux les orbites immenses.
Lorsqu’au signal soudain d’une puissante voix
La matière se mut pour la première fois,

Par un ordre éternel, deux forces différentes
Fixèrent les destins des planètes errantes ;
En mille sens divers tous les globes lancés
Allaient fuir dans le vide, incessamment poussés,
Sans jamais s’écarter de leur route première,
Sans atteindre jamais la fin de leur carrière ;
Si par une autre force en limitant leur cours,
Un centre plus puissant ne les fixait toujours.
Par ce double pouvoir lancée et retenue,
Chaque sphère poursuit son orbite connue :
Tout se meut, rien ne change et ne peut s’arrêter.
Affranchis de la loi qui les fait graviter,
Les mondes dispersés se perdraient dans l’espace ;
Que la pesanteur seule agisse sur leur masse,
Les gardes de Saturne et ceux de Jupiter
Roulent précipités des voûtes de l’Éther ;
La lune, s’échappant de sa route brillante,
Vient tomber en éclats sur la terre tremblante ;
Enfin, sur le soleil s’écroulent Uranus,
Ces mondes loin de lui si long-temps retenus ;

La terre, Jupiter, la comète elle-même,
Les soleils l’un sur l’autre avec tout leur système,
Vont former, des débris de tant d’astres divers,
Une masse immobile au sein de l’univers.
Rassurez-vous, mortels, le mouvement des sphères,
Leur ordre est maintenu par deux forces contraires.
Mais quel bras imprima le premier mouvement
À ces corps que leur centre attire incessamment ?
Quelle cause produit cet attrait invisible
Qu’éprouve de si loin la matière insensible ?
Quel contraire pouvoir en agitant ces corps
Les fait fuir de leur centre et les chasse au dehors ?
L’homme interroge en vain et le ciel et la terre :
Newton a dit les lois, la cause est un mystère.
Le caillou que ma fronde a long-temps agité
S’échappe vers les cieux, malgré la gravité ;
Il m’obéit encor, déjà loin de ma vue :
Ma force qui le suit le soutient dans la nue ;
L’air s’ouvre devant lui par mon bras refoulé :
La pierre inerte monte au séjour étoilé ;

Mais son ardeur s’épuise à vaincre le fluide,
L’obstacle rallentit son essor moins rapide,
Et de la pesanteur l’invincible pouvoir
Le ramène à mes pieds pour ne plus se mouvoir.
Cette force, non loin de l’heureuse Cybèle,
Captive incessamment sa compagne fidèle.
Commence-t-elle à croître ? un filet argenté
Se courbe à l’occident que Phébus a quitté.
Est-elle en son décours ? arrondi vers l’aurore,
Son croissant fuit le dieu qui la poursuit encore.
La pointe de ses dards menace tour à tour
L’espace que le ciel oppose aux traits du jour.
De sept nuits en sept nuits, plus brillant ou plus sombre,
Son disque se dégage ou se plonge dans l’ombre,
Se dévoile à demi, s’arrondit par degrés,
Et disparaît enfin dans les cieux azurés.
Sur l’orbe du soleil sa marche est inclinée.
Mais avant d’accomplir sa dix-neuvième année,
Coupant sur tous les points le zodiaque ardent,
Son char qui le parcourt a gagné l’occident.

C’est non loin de ces nœuds, où dans sa route oblique
Le globe de Phébé divise l’écliptique,
Qu’elle ose du soleil nous dérober les feux,
Ou le rend à la terre, et se cache à tous deux :
Quatre lustres ont vu ses courses incertaines,
Et le ciel reproduit les mêmes phénomènes.
Par ces nœuds inconstants, ses caprices divers,
Phébé semblait braver les lois de l’univers :
Laplace l’a soumise, et la sphère infinie
Obéit tout entière au sceptre du génie.
Notre terre en grosseur passe cinquante fois
L’astre dont le croissant nous ramène les mois :
En vain il voudrait fuir ; à sa distance extrême
La terre l’atteindrait en dix tours sur soi-même.
La fille de Latone au visage si doux
Va roulant à la fois sur son axe et sur nous.
Ses révolutions qu’un temps égal opère,
Fixent toujours nos yeux sur le même hémisphère,
Et du globe paisible, à notre sort lié,
L’œil humain ne peut voir qu’une seule moitié ;

L’autre face, sans cesse évitant notre vue,
Ne connaît point la terre et lui reste inconnue.
D’hémisphères gémeaux ô bizarres destins !
L’un obscur, effleuré de quelques feux lointains,
Suit un guide invisible en sa marche tracée,
Sans savoir que la terre est près de lui placée.
Pendant ses longues nuits, si lentes dans leur cours,
Égales en durée à quinze de nos jours,
Il roule enveloppé de ténèbres profondes.
Pour lui plus de flambeau dans l’abîme des mondes
Jusqu’au jour qui lui rend son maître couronné.
Cependant que vers nous sans cesse ramené,
L’autre voit dans les nuits briller un orbe immense.
Qui du soleil jaloux fait oublier l’absence.
Que dis-je, pour jouir d’un spectacle si beau,
Pour admirer aux cieux le terrestre flambeau,
Cette lune, qu’on dit par la glace envahie,
Conserve-t-elle encor quelques restes de vie ?
Nous contemplons son disque, image du chaos,
Et ces mers où jamais ne s’agitent les flots,

Et les gouffres profonds qui creusent ses campagnes :
Rien ne s’y meut que l’ombre au pied de ses montagnes.
Rien n’y change, tout dort : quelques points lumineux
De volcans non éteints semblent les derniers feux.
Mais autour de ce globe il n’est point d’atmosphère,
Qui brise les rayons du soleil qui l’éclaire.
Jamais sur ces déserts un nuage flottant
Ne promène à nos yeux une ombre d’un instant ;
Et l’art a pu graver les fidèles images
De sa face immuable et de ses froides plages.
Que la reconnaissance y consacre à jamais
Ces noms qu’ont illustrés de sublimes bienfaits :
Ptolémée, Archimède, Eudoxe, Eratosthènes,
Kepler, vous avez droit aux célestes domaines ;
Gassendi, Copernic, Ticho, noms glorieux,
Phébé s’honorera de vous redire aux cieux (5).
Et toi, dont la nature occupa le génie,
Pline, monte à la place où t’appelle Uranie ;
La mer te révéla, pour prix de tes travaux,
Le pouvoir inconnu qui tourmente ses flots,

Et, devançant Newton, de ce grand phénomène
Tu demandais la cause au ciel qui le ramène.
La marche de Phébé, la colère des mers,
Fixent l’œil attentif sur leurs rapports divers.
La lune vient d’atteindre au haut de sa carrière,
Déjà l’Océan gronde et franchit sa barrière ;
Elle fuit, il s’apaise ; elle se rallentit,
Le flot séditieux l’attend et s’amortit.
L’astre est-il plus voisin ? De sinistres orages,
Des vagues en fureur insultent les rivages.
Est-ce donc que Phébé chaque jour vient deux fois
Refouler l’Océan qui mugit sous le poids ?
Non, mais des flots émus pour soulever l’empire,
Au lieu de les presser sa force les attire.
Phébus, qui de plus loin appelle nos regards,
De ce pouvoir caché lui laisse les trois parts.
Quand le frère et la sœur, opposés l’un à l’autre,
De leurs disques rivaux prêtent l’éclat au nôtre,
Ou quand le dieu du jour et la reine des mois
Sous l’humide occident se plongent à la fois,

Neptune, maîtrisé par leur double influence,
Vers ces astres amis se soulève et s’élance.
Mais sur notre horizon le croissant de retour
Fait-il obliquement tomber les traits du jour ?
Les flots sollicités par deux forces contraires
N’élèvent qu’à demi leurs écumes amères,
Et le dieu, pour atteindre à toute sa hauteur,
Attendra qu’Hélion franchisse l’équateur.
Ô mystères ! Laplace a fait tomber ces voiles (6).
Lalande, poursuivant et fixant les étoiles,
A montré par milliers à l’univers surpris
Ces feux par lui rangés au céleste lambris (7) ;
Humboldt observera sur la montagne altière
Comment l’air fait fléchir les traits de la lumière ;
Et l’art, plus sûr que l’œil, à l’esprit détrompé
Marquera le vrai lieu par l’objet occupé (8).
Bienfaiteur de nos sens, conquérant qu’on admire,
Viens, Herschel, du soleil viens reculer l’empire.
Treize mondes nouveaux, apparus sous les cieux,
Dans la création prennent place à nos yeux (9).

Notre âge a vu briller ces merveilles savantes,
Notre âge qu’ont troublé les discordes sanglantes,
La colère des rois parcourant l’univers,
Et les peuples émus, s’agitant dans leurs fers.
C’était peu que de Mars la fureur impunie
Renversât dans Manheim le temple d’Uranie,
Dans Copenhague en feu, du haut de ses vaisseaux,
Nelson d’un astronome a détruit les travaux (10).
Ce fut au bruit des vents déchaînés sur nos têtes,
Quand la foudre appelait les publiques tempêtes,
Quand le sol ébranlé s’entr’ouvrait sous nos pas,
Que Delambre et Méchain, armés de leur compas,
Des sables de Dunkerque aux rivages de l’Èbre,
Sur la terre marquaient cette ligne célèbre
Qui du globe inégal mesure les degrés :
Tel aux yeux des humains, par lui-même éclairés,
Hermès gravait jadis, de sa main immortelle,
Le type des grandeurs sur la pierre fidèle ;
Mais d’un art plus parfait empruntant le secours,
Nos savants bienfaiteurs l'ont fixé pour toujours,

Et, grâce au monument élevé par ces sages,
Les peuples, affranchis de bizarres usages,
Pourront dans tous les temps soumettre aux mêmes lois
La ligne, la surface, et le cube et le poids.
Émules de Delambre, achevez sa victoire,
Portez sous d’autres cieux et son art et sa gloire :
Allez, Svanberg, cherchez sous les astres glacés
Les pas de Maupertuis non encor effacés ;
Lambton, aux bords du Gange affrontez les obstacles :
Uranie autrefois y rendait ses oracles ;
Et vous, de notre France ô l’espoir et l’orgueil,
Saisissez le compas de Méchain au cercueil,
Poursuivez ses travaux jusqu’à cette île ardente
Où des serpents jadis répandaient l’épouvante.
Parmi tant de succès et de périls divers
Méchain trouva la mort ; vous, Arago, des fers ;
Et Biot ira plus tard, défiant les orages,
De l’extrême Thulé chercher les noirs rivages (11).
Fière de ses enfants, riche de leurs travaux,
La France à les juger appelle leurs rivaux,

Et l’Europe savante, à Paris invitée(12),
Par ses ambassadeurs s’y voit représentée.
Élite des mortels, venez, et des Français
Proclamez les travaux, partagez les succès.
Rien n’est désordonné dans la nature entière,
Rien ne reste en repos : tout change ; la matière
Pèse, attire, et, soumise aux lois du mouvement,
S’assemble, se disperse, et roule incessamment.
Voyez-vous la comète en sa route brillante ;
Elle semble égarée, et n’est qu’obéissante.
Volez, mondes légers, que l’on croyait errants ;
Promenez dans les cieux vos disques transparents :
Arbitres autrefois des destins de la terre,
Vous portâtes long-temps l’épouvante et la guerre ;
Plus tard, vous répandiez, astres consolateurs,
Sur les mondes vieillis vos feux réparateurs.
Vos destins sont changés ; planètes solitaires,
Comme nous, du soleil vous êtes tributaires ;
Sa force vous captive, et comme nous, en lui
Dans votre orbe allongé vous trouvez un appui.

Tel que le char volant dans des flots de poussière,
Poursuit la borne assise au bout de la carrière.
Revient, tourne, s’éloigne, et reprenant son cours,
Ne la touche jamais, et l’effleure toujours ;
Telles dans votre ellipse et votre essor rapide,
Que poursuit ou devance un lumineux fluide,
Par-delà les confins de l’antique Uranus
Vous fuyez, vous plongez dans des cieux inconnus ;
Vers un autre soleil vous semblez entraînées,
Mais un regard, après des centaines d’années,
Un regard vous rappelle, et du maître éclatant
Le cortège en son sein vous reçoit un instant.
Votre apparition soudaine, inattendue,
Surprend l’œil, qui des cieux parcourait l’étendue :
Par un art diligent vos pas sont mesurés ;
D’un soleil plus voisin vos astres éclairés,
Brillent, changent de phase, et prompts à disparaître,
Se perdent dans l’espace, innombrables peut-être ;
Ils échappent à l’œil qui les épie en vain :
Comment les reconnaître en leur cours incertain ?

Des planètes qu’au ciel ils trouvent sur leur route
Le pouvoir attirant les égare sans doute.
Trois d’entr’eux seulement, plusieurs fois signalés,
Promettent des retours que l’homme a calculés.
Mais leur course est immense et non pas sans limites :
Hélion, jusqu’à lui ramenant leurs orbites,
Permet qu’en tous les sens leur vol capricieux
Divise l’écliptique et traverse les cieux.
Tantôt loin des regards du souverain du monde,
Tantôt couverts des feux dont le dieu les inonde,
Ces globes inconstants dispersent à l’entour
Des vapeurs que blanchit la lumière du jour ;
Écharpe radieuse ou crinière embrasée,
Dont la flamme au soleil est toujours opposée,
À travers le tissu de ce voile léger
Perce l’éclat lointain d’un rayon étranger.
La comète elle-même au ciel dont elle émane
Se montre quelquefois sur un char diaphane.
Mais si près du soleil ces astres emportés,
Tour à tour refroidis, tour à tour dilatés,

Perdent incessamment quelques parts de leur masse,
Qui vers d’autres destins vont errer dans l’espace(13).
Et voilà ces objets, terreur de nos ayeux,
Où la terre lisait la colère des cieux !
« Voyez-vous, disaient-ils, ces arides campagnes,
Les pas de l’Océan gravés sur nos montagnes,
La terre calcinée et ses flancs déchirés,
Sur la poudre des champs les marbres égarés,
Ces os devenus pierre, où des races éteintes
Le temps, sur des débris, déposa les empreintes,
Innombrables témoins d’un désastre lointain,
Qui de notre planète a changé le destin ?
Sans doute que du ciel sur la terre tremblante,
Tombant avec fracas, une comète errante
Troubla l’axe du monde, et soulevant les eaux,
De l’homme industrieux renversa les travaux.
Tout périt, disparut sans laisser nulles traces,
Les champs et les cités, les empires, les races,
Les arts, les souvenirs. Quelques rocs escarpés,
Par la noire tempête incessamment frappés,

Reçurent les débris de ce vaste naufrage.
Là, seuls, nus, au milieu d’une mer sans rivages,
Les plus infortunés, car ils vivaient encor,
N’attendaient que la mer, la famine et la mort ;
La mort, à chaque instant plus pâle et plus affreuse,
S’avançait en roulant sur la vague orageuse.
Après trois longues nuits, les autans conjurés
Ont enfin, dispersant les lambeaux déchirés
Du voile ténébreux qui couvrait l’hémisphère,
Rendu la terre au ciel et le ciel à la terre ;
Mais en vain à ce ciel qui les avait proscrits,
Les mères, les vieillards redemandaient leurs fils ;
Par la faim enhardis, sur la fange liquide
Quand ils osent enfin poser un pied timide,
Oh terreur ! plus d’espoir ! leurs champs sont ravagés,
Leur famille est éteinte, et les climats changés.
Même les animaux descendus des montagnes
Ne reconnaissent plus leurs bois et leurs campagnes.
De son génie alors rappelant le secours,
L’homme de ses travaux recommença le cours ;

Et depuis cinq mille ans qu’il invente et répare,
Un désastre nouveau peut-être se prépare. »
Ainsi de nos ayeux s’exprimait la douleur.
Et comment, en effet, défier le malheur,
Alors que d’un Néron la fatale puissance
De ces astres cruels attesta l’influence ?
Un globe teint de sang s’est levé sur l’Ossa,
Et soudain, dans les flots où domine Crissa,
Hélice, aux naufragés long-temps hospitalière,
Avec ses citoyens s’abîme tout entière.
Un Arabe imposteur, un farouche Timour,
Vont-ils porter la mort aux lieux où naît le jour ?
La comète a paru, sinistre messagère,
Semant devant leurs pas l’épouvante et la guerre.
Un autre Mahomet a-t-il d’un bras puissant
Aux murs de Constantin arboré le croissant ?
Le Danube étonné se trouble au bruit des armes,
La Grèce est dans les fers, l’Europe est en alarmes :
Et, pour comble d’horreur, l’astre au visage ardent
De ses ailes de feu va couvrir l’occident.

Au pied de ses autels, qu’il ne saurait défendre,
Callixte, l’œil en pleurs, le front couvert de cendre,
Conjure la comète, objet de tant d’effroi :
Regarde vers les cieux, pontife, et lève-toi !
L’astre poursuit sa course, et le fer d’Huniade
Arrête le vainqueur, qui tombe sous Belgrade(14).
Dans les cieux cependant le globe suspendu,
Par la loi générale à jamais retenu,
Ignore tes terreurs, l’existence de Rome,
Et la terre peut-être, et jusqu’au nom de l’homme,
De l’homme, être crédule, atome ambitieux,
Qui tremble sous un prêtre et qui lit dans les cieux.
Parmi ces feux sans nombre et ce vaste silence
L’élève d’Uranie en conquérant s’élance ;
Mais pour de tels travaux les avares destins
N’ont accordé qu’un sens et qu’un jour aux humains.
C’est par un point douteux, fuyant dans l’étendue,
Que l’astre se révèle à notre faible vue,
Notre œil seul peut l’atteindre au haut du firmament,
Mais son cours dure un siècle, et la vie un moment.

N’importe, ce moment suffit à des conquêtes.
La marche de ces feux, qui roulent sur nos têtes,
Sert de mesure au temps, et ce temps à son tour
Mesure leur vitesse et promet leur retour.
L’homme a doué ses yeux d’une force nouvelle ;
Il s’arme du compas, de l’équerre fidèle,
Compte les pas égaux du pendule agité,
Et le calcul enfin, par lui-même inventé,
Atteint la certitude à nos sens inconnue,
Et la reporte au ciel dont elle est descendue.
Mais dans ce ciel encor que de faits remarqués
Sont à peine entrevus et sont mal expliqués !
De ces points rayonnants, dont le nombre est immense.
Chaque jour loin de moi recule la distance.
Plus le verre est puissant qui vers eux me conduit,
Plus leur éclat redouble et leur corps se réduit ;
Mais aux yeux de l’esprit il croît dans l’étendue,
L’imagination vient aider à la vue.
Sirius, nous dit-elle, ardent en son courroux,
S’il venait se placer entre Phébus et nous,

D’un côté frapperait le quadrige fragile,
Et de l’autre broîrait notre globe d’argile(15).
Pourtant ce Sirius entre mille soleils
Peut-être est le moins grand de tant d’astres pareils.
Leur axe échappe à l’œil et trompe la mesure ;
Ils sont fixés, dit-on, à cette voûte obscure :
Et voilà qu’une étoile entraîne dans les cieux(16)
Un groupe dont l’éclat se confond à mes yeux,
Des astres différant de grandeur, de lumière,
En roulant l’un sur l’autre achèvent leur carrière.
L’éclat de ces soleils, ou moins vif ou plus pur,
Imite le rubis, et l’opale et l’azur.
Le Lion tout sanglant presse l’Hydre livide,
La Vierge épand sur nous une clarté timide ;
L’Aigle d’un œil de feu parcourt le firmament,
Et l’ardent Sirius, pareil au diamant,
Éblouit nos regards de ses flèches brillantes.
C’est peu : le ciel connaît des étoiles changeantes(17)
Dont l’éclat inconstant, mais toujours ramené,
Pâlit et se ranime en un temps ordonné.

La tête qui tomba sous les coups de Persée
Reprend après trois jours sa splendeur éclipsée.
Céphée, Antinoüs, l’Hydre, Léviathan,
La Lyre harmonieuse, et le Cygne éclatant,
D’un pareil phénomène étonnent notre vue.
L’astre brille et s’éteint, grossit et diminue,
Ici dans quelques jours, quelques mois écoulés,
Plus loin, après dix ans sur huit accumulés.
D’un globe sans clarté la marche régulière,
Vient-elle d’un soleil éclipser la lumière ?
Ou lui-même, en tournant, offre-t-il à nos yeux
Un côté tantôt sombre et tantôt radieux ?
Il est des changements dans la sphère azurée
Dont l’art ne peut encore assigner la durée.
Tel astre s’est éteint qui peut renaître un jour ;
Tel autre a dans le ciel disparu sans retour.
Voyez-vous ces Gémeaux à la terre fidèles,
D’une sainte amitié doux et brillants modèles,
Habitants du Ténare et des sacrés parvis :
Aux âges reculés, quand leurs astres amis

Se levaient dans les cieux pour conjurer l’orage,
Le fils de Jupiter y brillait sans partage ;
Aujourd’hui c’est Castor, à son éclat rendu,
Qui fait pâlir son frère aux Enfers descendu.
Sous un voile léger déguisant ce mystère,
La fable ingénieuse instruisait le vulgaire ;
Mais la science antique aurait-elle connu
Ce qu’après tant d’efforts nos yeux ont entrevu ?
Ou plutôt serait-il dans notre destinée,
Sans cesse au même point par le temps ramenée,
D’apprendre, d’inventer, d’oublier, et toujours
Dans un cercle borné de suivre un même cours ;
Pareille à tous ces corps errant dans la nuit sombre,
Éclatants aujourd’hui, demain plongés dans l’ombre,
Tantôt fuyant, tantôt poursuivant à grands pas
Un but qui les attire et qu’ils n’atteignent pas ?
Non, non, l’esprit humain marche dans la science ;
Chaque jour, chaque instant, la lente expérience
Ajoute à sa richesse et conduit par degrés
Jusqu’à la vérité ses pas mieux assurés :

Chaque jour il confie à la presse fidèle
De faits mieux observés une moisson nouvelle ;
Mais n’allons plus sonder, follement indiscrets,
De la marche des deux les éternels secrets :
Sachons abandonner d’insolubles problèmes ;
Que notre orgueil échappe à l’attrait des systèmes.
Il est de ces esprits, du monde séparés,
Sublimes, loin de nous, dans l’espace égarés ;
Laissons-les, sans troubler leurs conquêtes paisibles,
Tenter ces régions pour nous inaccessibles :
Le monde ne sait pas qu’ils habitent les cieux.
Ainsi près du soleil, loin de nos faibles yeux,
L’oiseau de Jupiter aux ailes étendues
Aime, combat, triomphe, et plane dans les nues.
Qu’Herschel poursuive au loin ces nuages confus,
Dans l’espace pour lui par milliers répandus,
D’atomes vaporeux lumineux assemblage,
Où déjà la comète et se forme et surnage ;
Qu’il y cherche une terre, et qu’un soleil nouveau
Dans ces cieux agrandis allume son flambeau ;

Ces doutes, hasardés par un esprit sublime,
Aux respects des mortels ont un droit légitime :
Nos regards, élancés aux profondeurs du ciel,
Verront peut-être un jour ce que crut voir Herschel,
Atteindront ce fluide, ou plus dense ou plus rare,
Où des mondes futurs le destin se prépare :
Déjà par ses secours que d’astres découverts
Dans la zone qui ceint l’orbe de l’univers !
L’univers ! qu’ai-je dit ? ah ! pardonne, ô grand Être,
Pardonne à cet orgueil qui voudrait tout connaître.
Créateur des soleils, source de la clarté,
Nous diras-tu leur nombre et leur immensité ?
L’univers est borné, si notre esprit l’embrasse ;
L’univers que je vois n’est qu’un point dans l’espace.
Placez l’observateur sur l’ardent Sirius,
Un fil lui cachera l’orbite d’Uranus,
Et les mondes flottants que le soleil attire,
Et cet astre lui-même avec tout son empire.
La Terre, les Gémeaux, les Ourses, Procyon,
Et l’énorme Baleine et l’immense Orion,

Et les signes brillants qu’enferme le tropique,
Et cette écharpe d’or dont l’éclat pacifique
Montre aux yeux éblouis et d’un long tube armés
D’innombrables soleils l’un sur l’autre semés ;
Enfin ce qui remplit la sphère radieuse
Pour les mondes lointains n’est qu’une nébuleuse,
Pareille à ces vapeurs d’atomes pâlissants
Dont les faibles clartés n’arrivent à nos sens
Qu’après avoir couru, de leurs deux émanées,
Dans l’espace désert, des millions d’années (18).
Oh ! quand pourront nos yeux sonder ces régions ?
Qui me transportera parmi ces légions
De mondes animés par leurs métamorphoses ?
Qui me dira les lois, le principe, les causes,
La nature en travail, et ces orbes flottants,
Vapeur, poussière, corps, puis astres éclatants,
Véritables soleils dont les flammes fécondes
Éclairent un empire et gouvernent des mondes ?
Serait-il vrai qu’un jour sur leur trône écrasés
Ces monarques du ciel, déchus, éteints, brisés,

Doivent se disperser en poussière impalpable,
Des mondes renaissants matière inépuisable ?
Les torrents de lumière, au sein du firmament,
Peuvent-ils sans tarir couler incessamment ?
Enfin cette substance, invisible et fluide,
Qui reçut un vain nom pour occuper le vide,
L’éther, qui dans ses flots voit nager tous les corps,
Peut-il, sans les user, fatiguer leurs ressorts ?
Ainsi dans l’univers tout s’agite et circule,
S’assemble et se détruit, l’astre et la molécule ;
Tout change, et, s’élançant dans les âges lointains(19),
Court sous une autre forme à de nouveaux destins ;
Cet avenir obscur, les mystères de l’Être,
Qui les expliquera ? la mort, la mort peut-être.
Dans ces lieux souterrains où par de durs travaux
L’avarice poursuit les sels ou les métaux,
Il est des malheureux dont la faible paupière
N’a jamais du soleil entrevu la lumière.
Nés dans les profondeurs des antres ténébreux,
Jamais un jour serein ne se leva pour eux ;

Ils n’en connaissent point la fraîcheur ravissante,
Ni d’une belle nuit la pompe éblouissante.
Mais pour d’autres mortels, leur dit-on, un ciel pur
Brille, et la nuit revêt son écharpe d’azur,
Resplendit de saphirs et de rubis sans nombre ;
Et tandis qu’enfouis dans votre asile sombre
Vous n’avez sous les yeux que les tristes clartés
Des flambeaux résineux aux forêts empruntés,
Ils ont pour se guider un soleil, des étoiles,
Des cieux dont l’œil humain peut écarter les voiles,
Des arts qu’ils ont créés, dont les secours puissants
Rapprochent l’univers de leurs débiles sens.
Ces feux qui vont roulant sous des voûtes profondes,
Ces feux sont des soleils, ces soleils sont des mondes,
Ces mondes ont des lois. Comme à de tels récits
Les pâles habitants de ces antres noircis
Brûleront de détruire une injuste barrière !
Pourront-ils s’élancer jusques à la lumière ?
Qui les délivrera de leur obscurité ?
Tel est l’homme, aspirant après la vérité :

C’est au jour qui pour lui s’éteindra sans renaître,
Qu’à ses yeux dessillés elle doit apparaître,
Qu’elle fera briller son immortel flambeau :
La lumière l’attend sur le seuil du tombeau.
Voyez-vous tous ces corps, et l’atome et les sphères,
Rouler assujétis à deux forces contraires,
Par l’une vers un centre en vain précipités,
Par l’autre incessamment de leur orbe écartés,
Dans l’espace captifs, errants dans leur empire,
Et fuyant le repos qui toujours les attire ?
Voyez l’homme, il subit aussi les mêmes lois ;
Sublime intelligence et matière à la fois,
Il penche vers la terre, et toujours son génie
S’élance vers les biens que le sort lui dénie.
Faible atome perdu dans cette immensité,
Il veut embrasser tout, le ciel, l’éternité,
Les causes et la fin, le temps et la nature,
Et lui-même à ses yeux n’est qu’une énigme obscure.
Aveugle, il consuma sa vie à s’égarer ;
Plus savante la mort seule peut l’éclairer.

Ainsi, m’abandonnant à ces graves pensées,
J’oubliais les clartés dans les cieux effacées :
Vénus avait pâli devant l’astre du jour,
Dont la terre en silence attendait le retour ;
Avide explorateur durant la nuit obscure,
J’assistais au réveil de toute la nature :
L’horizon s’enflammait, le calice des fleurs
Exhalait ses parfums, revêtait ses couleurs ;
Deux insectes posés sur la coupe charmante
S’enivraient de plaisir, et leur aile brillante
Par ses doux battements renvoyait tous les feux
De ce soleil nouveau qui se levait pour eux ;
Et je disais : Devant le créateur des mondes
Rien n’est grand, n’est petit sous ces voûtes profondes,
Et dans cet univers, dans cette immensité
Où s’abîme l’esprit et l’œil épouvanté,
Des astres éternels à l’insecte éphémère,
Tout n’est qu’attraction, feu, merveille, mystère.



NOTES

DU SIXIÈME CHANT.




(1). PAGE 249, VERS 20.


Le rend aux compagnons de ses nobles succès.

« M. de La Condamine, né ardent et curieux, doué de ce mouvement de l’esprit qui met sur la voie des découvertes, dans une assemblée de l’Académie de Paris, où on discutait cette grande question devenue si difficile par la contradiction des faits, proposa, en 1733, de lever toutes les difficultés en envoyant des académiciens déterminer un degré du méridien vers l’équateur, et répéter dans la zone torride les mesures qui avaient été faites en France, afin de les comparer ensemble. Il s’offrit lui-même pour ce voyage. »

(Bailly, Hist. de l’astronomie moder., disc, premier.)

« Ce qu’ils eurent de fatigues, de malheurs à supporter, ne saurait se concevoir (Biog. univer.). » Voyez le Journal du voyage à l’équateur, par La Condamine.

Bouguer qui fut, dit-on, l’ame de l’expédition, en publia les résultats dans son grand ouvrage Théorie de la figure de la terre.


(2). PAGE 250, VERS 16.


Les prismes de Kittis...... de ces flots aplanis.

Le Kittis est l’une des montagnes les plus septentrionales

de la Laponie.

« Vers le milieu de l’heptagone formé par les triangles se trouvait une base plus grande qu’aucune qui eût jamais été mesurée (elle fut de 7407 toises), et sur la surface la plus plate, puisque c’était sur les eaux du fleuve (de Tornéo) que nous devions la mesurer, lorsqu’il serait glacé. » (Maupertuis, Figure de la terre).


(3). PAGE 252, VERS 2.


Où Vénus du soleil franchira l’orbe immense,
Et surprendre à ce dieu l’aveu de sa distance.

Des savants de diverses nations se dispersèrent sur les différents points du globe pour observer, en 1761, le passage de Vénus sur le soleil : Le Gentil à la côte de Coromandel (voyez les notes du Vme chant), l’abbé Chappe à Tobolsk, Pingré à l’île Rodrigue, près l’île de France, Maskelyne à l’île Sainte-Hélène, Masson au cap de Bonne-Espérence. L’Académie de St.-Pétersbourg envoya des astronomes sur les confins de la Tartarie et de la Chine.

Le second passage, en 1769, fut observé avec le même zèle par l’abbé Chappe en Californie, où il mourut de la peste ; par Pingré, à Saint-Domingue ; par le P. Christophe, capucin, à la Martinique. L’Angleterre envoya huit observateurs sur divers points du globe. Le roi de Suède en plaça douze dans ses états. Le roi de Danemarck, un à Wardus. Sept autres occupèrent divers points de la Laponie russe, de la Russie d’Asie, de la mer Caspienne. Ainsi plus de trente personnes observèrent ce passage sur tous les points de l’Europe,

où il y avait des observatoires permanents.
(4). PAGE 252, VERS 15.


Il (La Caille) dispose, il ordonne, il place dans les cieux
Le triangle........

« Terraque composuit cœlum, quæ pendet ab illo. »

(Manilius, Astronomie, I.2.)

On porte à dix mille le nombre des étoiles observées par La Caille pendant son séjour au cap de Bonne-Espérance. On a désigné ici les constellations qu’il a ajoutées à celles que ses prédécesseurs avaient déjà formées dans l’hémisphère austral : le Triangle, le Burin du graveur, le Chevalet du peintre, l’Atelier du sculpteur, l’Équerre et le Niveau, la Règle, le Compas, la Machine pneumatique, la Boussole, le Fourneau du chimiste, l’Horloge ou le Pendule, le Télescope, le Microscope, l’Octant, le Rhéticule rhomboïde.


(5). PAGE 260, VERS 16.


Par ses nœuds inconstants, ses caprices divers(la lune),…
La terre l’atteindrait en dix tours sur soi-même…
L’autre voit dans les nuits briller un orbe immense…
..........il n’est point d’atmosphère......
Phébé s’honorera de vous redire aux cieux.

La lune, chaque fois qu’elle traverse l’écliptique, avance un peu vers l’occident. Cette révolution s’accomplit en 18 ans 223 jours et quelques minutes, de sorte qu’à la fin de cette période la lune se trouve couper l’écliptique au même point où elle avait passé dix-neuf ans auparavant, et alors tous les phénomènes recommencent dans le même ordre.

On remarquait autrefois tant d’irrégularités dans les mouvements de la lune, avant que les astronomes modernes les

eussent expliqués, qu’Halley appelait cet astre Siduscontumax.

(50 fois....) Le volume de la lune est la 49e partie de celui de la terre. La terre a 9,000 lieues de tour, et la plus grande distance de la terre à la lune n’est pas de 90,000 lieues.

« Qu’on se place dans la lune, on aura une nuit de quinze fois 24 heures et un jour de durée égale. Une aussi longue absence du soleil, autant que le défaut d’atmosphère, doit y causer un refroidissement considérable. Dans un jour aussi étendu, l’accumulation de la chaleur doit la rendre excessive. Chaque nuit est un hiver rigoureux, chaque jour un été fatigant.... Notre habitant de la lune n’aura jamais le spectacle de la terre s’il se trouve sur l’hémisphère qui nous est inconnu ; mais, à la face opposée, les phases terrestres changeront graduellement et à vue dans une seule nuit. La clarté solaire disparaissant, sera sur-le-champ remplacée par celle que refléchira la terre, d’abord sous la forme d’un croissant ; mais à mesure que la terre approchera de l’opposition, la phase terrestre prendra plus d’étendue, et bientôt la terre sera vue pleine sous un angle de 2°, c’est-à-dire avec une surface treize fois plus grande que la lune, et environ treize fois plus de lumière. Nos mers, nos plaines, nos montagnes, nos volcans et nos neiges, par le contraste de leurs reflets, produiront des teintes variées et des taches que notre rotation fera voir sous des aspects sans cesse différents. Après environ sept fois et demie 24 heures, on aura le minuit. Enfin la phase se trouvant dirigée vers le côté opposé, le soleil reparaîtra du côté de la convexité du disque terrestre, et le jour renaîtra. Il n’aura jamais le spectacle de la nuit ni des étoiles, puisque l’éclat du jour sera aussitôt remplacé par celui que notre globe reflète. »

(Uranog. de M. Francœur.)

« L’atmosphère lunaire, si elle existe, est d’une rareté extrême, et telle, qu’aucun tics animaux terrestres ne pourrait respirer et vivre dans la lune, et que, si elle est habitée, ce ne peut être que par des animaux d’une autre espèce. Aux bords de la partie éclairée du disque lunaire, les montagnes se présentent sous la forme d’une dentelure, qui s’étend au-delà de la ligne de lumière d’une quantité dont la mesure a fait connaître que leur hauteur est au moins de 3,000 mètres. On reconnaît par la direction des ombres que la surface de la lune est parsemée de profondes cavités semblables aux bassins de nos mers. »

(Exp. du syst. du moude, I. ier, ch. 4.)

On a essayé de deux systèmes pour la nomenclature des taches de la lune. Hévélius y avait transporté les noms des régions du globe terrestre, quoiqu’il n’y eût aucune ressemblance de formes ; on ne s’accoutuma point à voir dans ces taches l’Europe, la Méditerranée, la Sicile, le mont Etna, et l’on adopta la nomenclature proposée par le P. Riccioli. Celui-ci remplaça les noms d’Hévélius par ceux de quelques astronomes anciens et modernes, et de beaucoup de jésuites, ses confrères, sans s’oublier lui-même. Les principales taches, les seules dont on fasse usage dans les observations (pour reconnaître et mesurer l’immersion et l’émersion du corps de la lune dans les éclipses), sont au nombre de quarante-neuf, dont trente portent des noms d’hommes et onze le nom de mers ou de promontoires.


(6). PAGE 262, VERS 9.


Et toi (Pline) dont la nature occupa le génie,
....................
O mystère ! Laplace a fait tomber ces voiles !

« La connaissance précise du flux et du reflux de la mer paraît appartenir à cette époque (de l’école d’Alexandrie). Possidonius reconnut les lois de ce phénomène qui, par ses rapports évidents avec les mouvements du soleil et de la lune, appartient à l’astronomie, et dont Pline le naturaliste a donné une description remarquable par son exactitude, liv. 2, § 99. »

(Exposition du syst. du monde, I. 5, ch. 2.)

« Il résulte des rapports généraux entre les phénomènes des marées et les actions du soleil et de la lune sur la mer, une certitude entière que ces phénomènes ont pour cause unique l’attraction de ces deux astres conformément à la loi de la pesanteur universelle.

« L’action du soleil et de la lune sur la mer, suite nécessaire de l’attraction universelle, démontrée par tous les phénomènes célestes, étant confirmée directement par les phénomènes des marées, elle ne doit plus laisser aucun doute. Elle est portée maintenant à un tel degré d’évidence qu’il existe sur cet objet un accord unanime entre les savants. »

(Ibid., liv. 4, chap. ii.)

(7). PAGE 262, VERS 12.


Ces feux par lui (Lalande) rangés au céleste lambris.

Catalogue de 50,000 étoiles par M. Le François Lalande.

« Ausus etiam rem Deo improbam, adnumerare posteris stellas, et sidera ad normam expangere. »

(Pline, Hist. nat., I. ii, ch. 26.)

(8). PAGE 262, VERS 16.


(Humboldt) marquera le vrai lieu par l’objet occupé.

Observations de M. de Humboldt sur le phénomène de la réfraction, faites, de 1799 à 1804, sur les hautes montagnes

dos Cordillères.
(9). PAGE 262, VERS 20.


Treize mondes nouveaux....prennent place à nos yeux.

Uranus, et ses six satellites en 1781 ; Cérès, 1801 ; Pallas, 1802 ; Junon, 1803 ; Vesta, 1807 ; les sixième et septième satellites de Saturne, 1789.


(10). PAGE 263, VERS 7.


.....dans Manheim.....dans Copenhague en feu.

« En 1798, des bombes tombèrent sur l’observatoire de Manheim. »

(Lalande, Hist. de l’astron., p. 799.)

« M. Bugge, astronome royal de Danemarck, avait perdu ses livres, ses manuscrits et toutes ses observations par le feu, dans le bombardement de Copenhague par les Anglais. »

(Delambre, Hist. de l’astr. mod., I. 15.)

(11). PAGE 264, VERS 18.


Que Delambre et Méchain.. Allez, Svanberg..Lambton.
Méchain trouva la mort ; vous, Arago, des fers ;
Et Biot....de Thulé....chercher les noirs rivages.

« En 1801 et 1802, une nouvelle mesure du degré sous le cercle polaire fut exécutée par MM. Svanberg, Ofverboom et Holmquist, savants suédois : ils trouvèrent le degré de 57, 196 toises , c’est-à-dire 208 toises plus petit que celui déterminé par les astronomes français.

En 1802 et 1803, la société asiatique du Bengale voulut faire mesurer la presqu’île de l’Inde d’une mer à l’autre, vers le parallèle de Pondichéry. Le major Lambton, auteur du projet et chargé de l’exécution, commença par la mesure d’un arc du méridien, sur la côte de Coromandel, dans la latitude de 12° 32’, et d’un arc perpendiculaire au méridien. Il en conclut la longueur du degré correspondant au milieu de l’arc de 56744,9 toises. »

(M.Voiron, Hist. de l’astr, de 1781 à 1811, 3e part., 1re sect., art. 5.)

« La France ayant adopté un système de mesure fondé sur la grandeur du méridien terrestre, MM. Méchain et Delambre avaient été chargés de mesurer exactement l’arc de ce méridien compris entre Barcelone et Dunkerque. Les opérations de la partie boréale furent exécutées par M. Delambre. La partie qui s’étend de Barcelone à Rhodez fut confiée à M. Méchain. Il mourut victime de son dévouement à l’astronomie, avant d’avoir pu joindre les triangles d’Espagne à ceux des stations françaises ; et, par suite des guerres et des désordres du temps, la grande méridienne de France fut seule terminée, et ne le fut qu’en 1799.

En 1806, MM. Biot et Arago furent chargés de la terminer en Espagne, et la prolongèrent jusqu’à l’île de la Formentera, le point le plus austral de l’arc (l’ancienne Ophiuse, ou île des Serpents) ; et après un séjour de près de deux ans dans les îles Baléares, malgré tous les obstacles que la nature et les hommes opposèrent à leurs immenses travaux, ils eurent l’avantage de terminer d’une manière digne de leurs prédécesseurs la plus belle entreprise qui ait jamais été exécutée sur les mesures terrestres…………

L’arc mesuré par Delambre et Méchain était de 9°,6738. Il a été prolongé par les opérations de leurs continuateurs jusqu’à 12°,3704, ou à 13°,744875 de la division décimale. En multipliant ce nombre de degrés par les 100,000 mètres que contient chaque degré décimal, ils auraient obtenu le nombre de mètres que devait contenir l’arc mesuré, si la terre était exactement sphérique. Ayant donc fait à ce nombre la réduction qu’exige l’aplatissement de la terre, , donné par la théorie de la lune, ils ont trouvé, pour la distance entre Dunkerque et Formentera, un résultat qui ne diffère de celui que donnent les mesures des triangles que de 41 centièmes de mètre ou de 1 pied 3 pouces 1 ligne. »

(Hist. de l’astr. de M. Voiron, 3e part., 1re sect., art. 3e.)

« M. Arago, victime de la haine excitée par l’invasion des Français, fut jeté dans les prisons de Boses. Pris par les corsaires, jeté par la tempête sur des côtes ennemies, etc., il ne revit la France qu’en 18. »

(Voir dans M. Voiron, ibid., les détails de ce voyage.)

M. Biot a fait, en 1817, un voyage aux îles Schetland ou Orcades, dont la principale est l’ancienne Thulé, pour prolonger vers le nord la mesure de l’arc du méridien.


(12). PAGE 265, VERS 1.


Et l’Europe savante, à Paris invitée…..

Les envoyés d’Espagne furent MM. Ciscar et Pedrayés ; du roi de Sardaigne, M. Balbo, remplacé ensuite par M. Vassali ; de Rome, M. Franchiui ; de Toscane, M. Fabroni ; de Milan, M. Mascheroni ; de Gènes, M. Multedo ; de la république helvétique, M. Trolles ; de la Hollande, MM. Œnée et Van-Swinden ; du roi de Danemarck, M. Rugge. Savants Français MM. Borda, Brisson, Coulomb, Darcet, Delambre, Haüy, Lagrange, Laplace, Lefèvre-Gineau, Legendre, Mechain et Prony.


(13). PAGE 268, VERS 2.


Volez, mondes légers… vos feux réparateurs…
Comme nous, du soleil vous êtes tributaires…
Un regard vous rappelle… vous revoit un instant…
Brillent, changent de phase… innombrables peut-être Promettent des retours que l’homme a calculés…
Leur vol capricieux divise l’écliptique…
Se montre quelquefois sur un char diaphane…
...vers d’autres destins vont errer dans l’espace...

Newton avait soupçonné que les comètes pouvaient finir par être absorbées par le soleil, servir d’aliment à ses feux et réparer peut-être l’émission continuelle de sa lumière.

« Diximus cometas esse genus planetarum in orbibus valdè excentricis circa solem revolventium. »

(Principes de Newton.)

« Les comètes, qu’on a regardées pendant long-temps comme des météores, sont des astres semblables aux planètes. Leurs mouvements et leurs retours sont réglés suivant les mêmes lois que les mouvements planétaires. »

(Exposition du système du monde, 1. 2, ch. 5.)

« Nous voyons que la puissance du soleil suit la comète de 1680 jusqu’à une distance de 5,700 millions de lieues, et que là cet astre est encore assez fort pour arrêter la course fugitive de la comète et la faire revenir vers lui. »

(Bailly, Hist. de l’astr. mod., tom. 3, disc. 4.)

La plus longue apparition des comètes observées jusqu’ici n’est que de quelques mois.

« La lumière des comètes est toujours faible et douce ; c’est une lumière du soleil qu’elles réfléchissent sur nous aussi bien que les planètes. Cela est prouvé spécialement par la phase observée dans la comète de 1744, dont la partie éclairée n’était visible qu’à moitié. »

(Mémoires de l’Académie, 1744, pag. 304.)

« Si ces phases ne s’observent pas toujours, c’est que l’atmosphère épaisse où la plupart des comètes sont noyées disperse la lumière, en sorte qu’elles nous semblent toujours d’une forme à-peu-près ronde. »

(Astronomie de Lalande, 1. 19.) « Une évaluation très-modique fera mouvoir dans nôtre système solaire pour le moins cinq cents millions de comètes. »
(Lambert, Système du monde.)

On connaît aujourd’hui la marche de trois comètes périodiques ; il n’y a que peu d’années que M. Biot disait : « Il n’y a jusqu’à présent qu’une seule comète dont la révolution sidérale soit bien connue et dont le retour soit certain, c’est celle de 1682, déjà observée en 1607, 1531 et 1456, et qui a reparu en 1759 ; elle emploie environ 76 ans à faire sa révolution et doit reparaître en 1832. »

(Traité élémentaire d’ast. phys. 1. 4, ch. 8.)

« Ces astres ne se meuvent pas tous dans le même sens comme les planètes. Les uns ont un mouvement réel direct, d’autres ont un mouvement rétrograde ; les inclinaisons de leurs orbes offrent toutes les variétés d’inclinaisons depuis l’orbe couché sur le plan de l’écliptique jusqu’à l’orbe perpendiculaire à ce plan. »

(Exposition du système du monde, 1.2, ch. 5.)

« Les masses des comètes sont d’une petitesse extrême ; les diamètres de leurs disques doivent donc être presqu’insensibles, et ce qu’on nomme leur noyau est, selon toute apparence, formé en grande partie des couches les plus denses de la nébulosité qui les environne. Aussi Herschell, avec de très-forts télescopes, est-il parvenu à reconnaître dans le noyau de la comète de 1811 un point brillant, qu’il a jugé avec raison être le disque même de la comète. Ces couches sont encore extrêmement rares, puisque l’on a quelquefois aperçu des étoiles au travers. »

(Ibid.)

(Sénèque avait consigné cette dernière observation dans ses Questions naturelles, ch. 18.)

« On voit, dit Delambre, les étoiles à travers la queue, à travers la chevelure, on dit même à travers le noyau. »

(Ast. du 18e siècle, article Pingré.)

« Les substances évaporables d’une comète, diminuant à chacun de ses retours au périhélie, elles doivent, après plusieurs retours, se dissiper entièrement dans l’espace, et la comète ne doit plus alors présenter qu’un noyau fixe ; ce qui doit arriver plus promptement pour les comètes dont la révolution est plus courte. On peut conjecturer que celle de 1682, dont la révolution n’est que de 76 ans, et la seule à laquelle on ait jusqu’ici soupçonné des phases, approche de cet état de fixité. Si le noyau est trop petit pour être aperçu, ou si les substances évaporables qui restent à sa surface sont en trop petite quantité pour former par leur évaporation une tête de comète sensible, l’astre deviendra pour toujours invisible ; peut-être est-ce une des causes qui rendent si rares les réapparitions des comètes, et la disparition de plusieurs plus prompte qu’on ne devait s’y attendre.

(Exp. du syst. du monde, 1. 2, ch. 5.)

(14) PAGE 271, VERS 6.


Néron… attesta l’influence…
Hélice… s’abîme tout entière.
Un Arabe imposteur, un farouche Timour…
Un autre Mahomet… tombe sous Belgrade.

Il parut deux comètes du temps de Néron, l’une en l’année 55 de l’ère chrétienne, à-peu-près à l’époque où il parvint à l’empire, et l’autre en l’année 64.

La submersion des villes d’Hélice et de Buris dans la mer de Crissa fut précédée de l’apparition d’une comète ou d’un météore.

( V. Sénèque, Quest. nat., I. 6, ch. 25 et 26)

La comète de 603 parut au temps de Mahomet, et celle de 1240 parut à l’époque de l’irruption de Tamerlan.

Après la prise de Constantinople par Mahomet II, en