L’enseignement de l’agriculture dans l’instruction primaire

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L’enseignement de l’agriculture dans l’instruction primaire

extrait du procès-verbal de la séance du 6 février 1879, de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la haute-loire.

M. le Ministre de l’agriculture et du commerce a transmis récemment à la Société une circulaire du 16 août 1878, qui a pour objet une demande d’informations sur les moyens d’organisation de l’enseignement agricole primaire. Il y est dit que « la Chambre des députés a été saisie d’une proposition de loi déjà votée par le Sénat et relative à l’enseignement départemental et communal de l’agriculture. La commission de la Chambre chargée d’étudier cette loi a pensé que les conseils généraux et les principales associations agricoles devaient être appelés à donner leur opinion sur les nouvelles dispositions qu’il s’agit de consacrer législativement ».

La circulaire, avant de formuler les questions auxquelles devront être faites des réponses précises, rappelle que des chaires d’agriculture existent déjà au nombre de 30, dont 9, la plupart fort anciennes, sont établies sur des bases variables ; les 21 autres ont été constituées dans divers départements depuis 1875. En outre, six concours pour de semblables chaires sont annoncés pour 1878 ou 1879[1].

« Le développement de l’institution a été, comme on le sait, constamment progressif, et il est permis d’affirmer, aujourd’hui, que l’expérience a pleinement confirmé l’efficacité des mesures adoptées par l’administration de l’agriculture à cet égard. » D’autres considérations sont développées en ce qui concerne le traitement et les conditions d’aptitude et d’admission du professeur chargé du cours d’agriculture à l’École normale primaire et de faire des conférences nomades sur différents points du département.

Quant aux questions énoncées dans la circulaire, la Société, consultée par M. le Président, fait les réponses suivantes :

« 1o L’association croit-elle qu’il soit utile et urgent d’organiser l’enseignement agricole dans les départements et les communes ? »

L’assemblée émet un avis très-favorable.

« 2o Le délai de six années accordé aux départements pour voter les fonds nécessaires à l’organisation de cet enseignement lui semble-t-il trop considérable ? »

L’assemblée pense que ces fonds, dont le chiffre ne saurait être bien élevé, devraient être votés des la première année. Elle appuie cette opinion sur l’exemple de notre département qui, l’un des premiers, en 1856, créa à l’École normale une chaire d’agriculture sans que le Conseil général refusât le vote immédiat des émoluments du professeur.

« 3o Convient-il d’obliger le professeur à prendre sa résidence près de l’École normale ? »

Réponse négative[2].

« 4o Est-il nécessaire d’imposer aux candidats aux fonctions de professeur d’agriculture, en dehors des conditions d’âge et de nationalité, la condition d’être munis d’un diplôme de bachelier ès sciences ou celle d’avoir suivi le cours d’une école d’agriculture ? »

Le diplôme de bachelier ès sciences ne semble pas absolument nécessaire. Mais il est essentiel que le titulaire ait suivi les cours d’une école d’agriculture, comme l’a fait notre professeur de l’École normale qui est ancien élève, avec diplôme, des écoles de la Saulsaie et de Saint-Anjeau.

« 5o L’association croit-elle que la loi doive indiquer un programme d’examen ? »

Réponse négative. Le programme pourra être formulé dans un arrété ministériel ou préfectoral.

« 6o Croit-elle que le concours doive avoir lieu pour un seul, pour plusieurs ou pour tous les départements de France à la fois ? »

Au premier aspect, il semblerait que le concours devrait être pour plusieurs départements à la fois ; néanmoins il faut considérer que le cours devra s’adapter le plus possible aux conditions particulières des cultures du pays, lesquelles ne peuvent être bien connues par le jury d’examen que dans chaque chef-lieu de préfecture. Sous ce rapport, on éviterait aussi le déplacement onéreux des personnes choisies dans le département pour faire partie du jury.

« 7o Pense-t-elle qu’il faille soumettre les professeurs actuellement en exercice aux épreuves d’un nouveau concours ? »

Non, pour la Haute-Loire.

« 8o Déterminer de quelle façon doit être composé le jury d’examen. »

Le jury pourrait comprendre, comme dans le passé, des conseillers généraux, des présidents d’associations agricoles, (Société départementale et Comices d’arrondissement), l’inspecteur d’Académie, le directeur de l’École normale et l’inspecteur général d’agriculture, président.

Il est ensuite donné communication d’un rapport de M. Richard, du Cantal, à M. le Ministre de l’agriculture, lequel a été inséré au Journal officiel et reproduit par M. Barral dans le Journal de l’agriculture (no du 11 janvier 1879). Il a pour objet de rendre compte à M. le Ministre d’une mission qui avait été conférée à cet éminent agrologue pour examiner dans quelle condition est l’enseignement de l’agriculture dans les écoles primaires des départements du ressort de l’académie de Clerment, et dans ceux des Hautes et Basses-Alpes. Rappelant justement les vues des assemblées nationales constituantes de 1789 et de 1848 en faveur des populations rurales, M. Richard applaudit à la pensée du gouvernement « de faire instruire les enfants des cultivateurs de manière à ce qu’ils puissent comprendre les grandes ressources que l’exploitation du sol bien dirigée offre à leur avenir en même temps qu’à la puissance et à la prospérité du pays. »

Après un exposé des différentes phases qu’a subies le projet d’institution, l’auteur fait observer que l’enseignement agricole, tel qu’il est dans l’instruction primaire des départements qu’il a été chargé d’examiner, malgré l’incontestable bonne volonté de ceux qui s’en occupent, a besoin d’être réglementé pour atteindre pleinement le but que le gouvernement se propose pour nos campagnes. Il ajoute en terminant : « J’ai trouvé, Monsieur le Ministre, partout auprès des fonctionnaires de l’Université à tous les degrés, comme auprès des administrateurs des départements, l’adhésion la plus empressée à vos idées sur l’instruction agricole. J’ai cherché à les développer et à les vulgariser par des conférences. Partout elles ont été accueillies avec autant de sympathie que de reconnaissance pour l’administration de l’instruction publique, qui veut désormais les faire appliquer dans les écoles des villages. Vous pouvez donc être assuré d’avance, Monsieur le Ministre, que votre désir de faire enseigner sérieusement l’agriculture dans l’instruction primaire pourra être accompli à la satisfaction de tous. »

Outre les deux documents officiels dont le résumé vient d’être fait, M. le président de la Société, qui est retenu chez lui par une indisposition, a transmis, par une lettre à M. le président de la réunion, les observations suivantes :

« La question de l’enseignement agricole, en ce moment à l’ordre du jour de la plupart des sociétés d’agriculture, est des plus intéressantes pour la Haute-Loire, département dans lequel on se préoccupe, depuis une trentaine d’années, de propager ce genre d’instruction.

« On se rappelle que notre ferme-école de Nolhac fut instituée l’une des premières par un arrêté ministériel du 10 novembre 1849, après un avis favorable du Conseil général conforme aux conclusions d’un rapport que j’avais eu l’honneur de lui lire au nom d’une commission spéciale. Cette école, ouverte le 5 novembre 1850, n’a pas cessé de prospérer, d’abord sous la direction de notre regretté ami M. Chouvon, ensuite sous celle de notre confrère M. Nicolas. On sait également qu’elle a fourni un professeur d’agriculture primaire subventionné par le département dans l’arrondissement d’Yssingeaux, ainsi que des serviteurs éclairés aux agriculteurs de notre pays et des contrées voisines.

« Notre école normale primaire comporte également un professorat agricole bien organisé, qui fonctionne depuis l’année 1836 où il fut créé par l’initiative de M. de Chèvremont, préfet de la Haute-Loire, avec subvention départementale annuelle. Le titulaire est M. Nicolas, aujourd’hui directeur de la ferme-école, et, comme il a été dit, ancien élève, avec diplôme, des écoles de la Saulsaie et de Saint-Anjeau. L’enseignement donné aux élèves-maîtres, qui, à titre d’instituteurs, le propagent ensuite dans les campagnes, est combiné au double point de vue théorique, par les leçons de l’école normale, et pratique par des travaux de culture à la ferme de Malaval (commune de Vals près le Puy), appartenant à notre confrère M. Béliben et dont l’inauguration fut faite en 1856 avec solennité par le préfet auxquels s’étaient joints des conseillers généraux, les chefs d’administration publique du Puy et les autorités municipales de Vals.

« Notre Inspecteur d’Académie, M. Nicolas, frère du professeur d’agriculture, que j’ai consulté, a bien voulu m’écrire qu’il veille à l’enseignement agricole dans nos écoles primaires et qu’il se propose même d’en faire une obligation réglementaire à tous nos instituteurs, mesure très-efficace dont nous serons heureux de le féliciter.

« En attendant, il m’a informé que des instituteurs s’efforcent de donner à leurs élèves les premières notions d’agriculture et de la taille des arbres. « Lorsqu’une maison d’école nouvelle se bâtit, ajoute M. l’inspecteur, l’administration exige en général qu’elle soit à proximité d’un jardin d’expériences. »

« Qu’on veuille bien me permettre d’ajouter qu’ayant rempli, sous l’administration de M. de Chèvremont, les fonctions de maire dans la commune de Vals, j’y avais établi des conférences agricoles hebdomadaires, dont la réussite attestait les sympathies avec lesquelles nos populations rurales sont portées à accueillir la vulgarisation des principes d’une agriculture progressive.

« Cette situation de l’instruction agricole primaire, d’origine déjà ancienne, fort honorable pour la Haute-Loire, fait regretter que la circulaire ministérielle ayant désigné nominativement neuf départements, les premiers pourvus de cet enseignement, ait omis le nôtre ; oubli involontaire, sans doute, d’un progrès accompli, comme bien d’autres, dans le pays qui, trop modeste, l’avait laissé ignorer probablement à l’autorité gouvernementale.

« Quoi qu’il en soit, M. Richard, du Cantal, appelé l’année dernière au Puy par sa mission ministérielle, en a été instruit. Ce fut a l’occasion d’une conférence, dans un déjeuner auquel M. le préfet Labordère avait eu la courtoisie de convier, avec le savant délégué du gouvernement, le président et d’autres membres de notre Société des amis des sciences. M. Richard ayant bien voulu reconnaître que la Haute-Loire, sous tous les rapports de l’enseignement agricole, était un des plus avancés, nous fit l’offre gracieuse d’en informer M. le Ministre de l’agriculture et du commerce.

« Encouragés par ces flatteuses marques d’approbation, nous conçûmes dès lors la pensée que notre ville, chef-lieu d’un département intéressant par la densité de sa population et par la riche variété de ses productions, pourrait bien avoir des droits à une station agronomique, d’autant plus que cette ville est appelée à devenir un centre important de rayonnement de voies ferrées et que, dans ce but, la Haute-Loire sera très-probablement comprise pour diverses lignes dans le réseau complémentaire des chemins de fer[3]. Notre Société, si désireuse de contribuer en toutes choses au bien public, se fera donc un devoir, sans aucun doute, de solliciter de l’État la création d’une station agronomique semblable à celles dont d’autres départements sont déjà dotés. C’est ainsi que se réalisera le fonctionnement définitif du laboratoire départemental qu’avec le concours du Conseil général, en ma qualité de président de la Société d’agriculture, j’avais entrepris d’établir au lycée du Puy et qu’en même temps il sera possible de mettre le plus à profit le musée d’agriculture que nous avons déjà compris dans le programme des annexes du vaste et beau palais des sciences et des arts de notre ville.

« Il me reste à dire que les circonstances actuelles sont très-favorables à l’organisation complète et définitive de l’enseignement agricole primaire, qui, pour n’avoir pas été généralement réalisée en France, n’en a pas moins été désirée, depuis près d’un siècle, par tous les bons esprits.

« Il est à notre connaissance que la Société nationale des agriculteurs de France et d’autres associations agricoles déjà consultées par M. le Ministre ont émis des avis favorables. Il paraît en avoir été de même des conseils généraux, au nombre desquels celui de la Haute-Loire a exprimé une opinion fidèle aux traditions intelligentes du pays. La commission parlementaire qui a entrepris l’étude de cette question ne semble pas moins disposée à lui donner une bonne solution. Les puissantes sympathies du gouvernement lui sont acquises : À M. Teisserenc de Bort, qui avait témoigné une vive sollicitude pour tout ce qui concerne les besoins de l’agriculture, succède au ministère M. Lepère, précédemment sous-secrétaire d’État au ministère de l’intérieur, député de l’Yonne et président, depuis plusieurs années, du conseil général de ce département. C’est en cette qualité que certainement il n’a pas été étranger à la création d’une station agronomique et d’une chaire d’agriculture dans l’Yonne où l’enseignement primaire agricole est établi depuis 1875. »

Ces communications de M. Aymard, président de la Société, sont accueillies très-sympathiquement par l’assemblée qui décide l’envoi immédiat de la présente délibération à M. le Ministre de l’agriculture, ainsi que sa publication dans le deuxième fascicule des mémoires de la Société, lequel est en cours d’impression.





  1. Depuis la publication de la circulaire, diverses chaires ont été créées et mises au concours, notamment dans l’Ariège, dans la Loire, Eure-et-Loir, etc.
  2. Le lieu de la résidence importe peu, pourvu que le professeur satisfasse à toutes les prescriptions concernant son cours.
  3. Voyez au premier fascicule des mémoires de notre Société, 1878, p. 86-108, le rapport de la commission municipale du Puy sur les chemins de fer de la Haute-Loire et les procès-verbaux du Conseil génénal de la deuxième session de 1878.