Œuvres complètes de Béranger/La Bonne Fille, ou les Mœurs du temps

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
H. Fournier (1pp. 31-33).


LA BONNE FILLE
OU
LES MŒURS DU TEMPS


1812


Air : Il est toujours le même (Air noté )


Je sais fort bien que sur moi l’on babille,
                        Que soi-disant
                J’ai le ton trop plaisant ;
                Mais cet air amusant
                Sied si bien à Camille !
                Philosophe par goût,
                Et toujours et de tout
Je ris, je ris, tant je suis bonne fille.

Pour le théâtre ayant quitté l’aiguille,
                        À mon début,
                Craignant quelque rebut,
                Je me livre en tribut
                Au censeur Mascarille,
                Et ce cuistre insolent
                Dénigre mon talent ;
Mais moi j’en ris, tant je suis bonne fille.

Un sénateur, qui toujours apostille,
                        Dit : je voudrais
                Servir tes intérêts.

                Lors j’essaie à grands frais
                D’échauffer le vieux drille.
                Quoi qu’il fît espérer,
                Je n’en pus rien tirer ;
Mais j’en ai ri, tant je suis bonne fille.

Un chambellan, qui de clinquant pétille,
                        Après qu’un jour
                Il m’eut fait voir la cour,
                Enrichit mon amour
                De ce jonc qui scintille.
                J’en fais voir le chaton :
                C’est du faux, me dit-on ;
Et moi j’en ris, tant je suis bonne fille.

Un bel esprit, beau de l’esprit qu’il pille,
                        Grâce à moi fut
                Nommé de l’Institut.
                Quand des voix qu’il me dut
                Vient l’éclat dont il brille,
                Avec moi que de fois
                Il a manqué de voix !
Mais j’en ai ri, tant je suis bonne fille.

Un lycéen, qui sort de sa coquille,
                        Tout triomphant,
                Dans ses bras m’étouffant,
                De me faire un enfant
                Me proteste qu’il grille ;
                Et le petit morveux,
                Au lieu d’un, m’en fait deux ;
Mais moi j’en ris, tant je suis bonne fille.


Trois auditeurs me disent : Viens, Camille,
                        Soupe avec nous ;
                Que nous fassions les fous.
                J’étais seule pour tous :
                L’un d’eux me déshabille.
                Puis le vin met dedans
                Nos petits intendants ;
Et moi j’en ris, tant je suis bonne fille.

Telle est ma vie ; et sur mainte vétille
                        J’aurais ici
                Pu glisser, Dieu merci !
                Dans ses jupons aussi
                Je sais qu’on s’entortille ;
                Mais les restrictions,
                Mais les précautions,
Moi je m’en ris, tant je suis bonne fille.



Air noté dans Musique des chansons de Béranger :


LA BONNE FILLE
OU LES MŒURS DU TEMPS.

Air : Il est toujours le même.
No 13.



\relative c'' {
  \time 2/4
  \key c \major
  \tempo "Allegro."
  \autoBeamOff
  \set Score.tempoHideNote = ##t
    \tempo 4 = 100
  \set Staff.midiInstrument = #"piccolo"
\partial 4 s8 c | c4 (b8) a | g4. f8 | e f g c | b c r e 
e4. c8 | d4. b8 | c a g fis | g4. g8 | c g f e | f4. f8 
e f g a | e[ (d)] c c' | b c d b | c4. e8 | d e f d 
e4. c8 | c4 (b8) a | a4 (g8) | f | e f g c | b c4 \bar "||"
}
\addlyrics {
Je sais fort bien que sur moi l’on ba -- bil -- le Que 
soi- di -- sant J’ai le ton trop plai -- sant Mais cet air a -- mu -- sant Sied 
si bien à Ca -- mil -- le. Phi -- lo -- so -- phe par goût Et tou -- jours et de 
tout Je ris je ris tant je suis bon -- ne fil -- le.
}

Haut