La Bonne Maman

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Œuvres complètes de BérangerH. Fournier2 (pp. 184-185).


LA BONNE MAMAN


couplets


À UNE DAME DE TRENTE ANS, QUE L’AUTEUR APPELAIT
SA GRAND’MÈRE


Air : J’étais bon chasseur autrefois


Au dire du proverbe ancien,
L’amitié ne remonte guère.
Bon petit-fils, je n’en crois rien
Quand je pense à vous, ma grand’mère :
Ces titres, quelquefois si doux,
Vous paraîtraient-ils insipides ?
Bonne maman, consolez-vous ;
Vous n’avez point encor de rides.

L’âge a-t-il éteint vos désirs ?
Blâmez-vous les tendres chimères ?
Censurer les plus doux plaisirs
Est le plaisir de nos grand’mères.
Les ans font-ils neiger sur nous,
À nos yeux tout se décolore.
Bonne maman, consolez-vous ;
Vous ne blanchissez point encore.


L’amour a peur des grand’mamans ;
Mais, à prix d’or, combien de vieilles
Ont à leurs gages des amants
Dont les missives font merveilles !
On sait, pour lire un billet doux,
Quel moyen prennent ces coquettes.
Bonne maman, consolez-vous ;
Vous lisez encor sans lunettes.

Quoi ! Sans rides, sans cheveux blancs,
Et sans lunettes à votre âge !
Voyons si vos genoux tremblants
Des ans n’attestent pas l’outrage.
Oui, je vois trembler vos genoux
Que l’Amour tendrement caresse.
Bonne maman, consolez-vous ;
Prenez un bâton de vieillesse.