La Cathédrale de Lyon/IV

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Henri Laurens (p. 76-97).

L. B. del.
Frise incrustée au-dessus du triforium de l’abside, xiie siècle


IV

DÉCORATION INTÉRIEURE
DE L’ÉGLISE

Les vitraux. — La région lyonnaise est moins riche que d’autres provinces en vitraux anciens. La cathédrale de Lyon conserve cependant une suite fort complète de très beaux spécimens, du xiie au xve siècle, dans l’abside, les chapelles latérales du chœur et les bras de croix.

Vitrail de la fin du xiie siècle. — Dans la chapelle de la Vierge la fenêtre orientale présente une vie de saint Pierre et de saint Paul disposée en cinq zones de trois sujets, encadrées d’une riche bordure.

Vitraux du xiiie siècle. — Fenêtre de l’étage inférieur du chœur. Sept grandes baies renfermant chacune sept médaillons légendaires, brochant sur d’étincelantes mosaïques, répandent dans le chœur des flots de lumière colorée, diaprée de tons les plus éclatants et les plus mystérieux, suivant l’heure du jour.

I. — Les saints fondateurs de l’Église des Gaules : saint Pothin, saint Irénée, saint Polycarpe.

II. — Vie de saint Jean l’Évangéliste.

III. — Vie de saint Jean-Baptiste. Vitrail offert par l’archevêque de Lyon, Renaud de Forez, 1193-1226,

L. B. del.
Décollation de saint Jean. Vitraux de l’abside

représenté agenouillé dans le médaillon inférieur et tenant la verrière qu’il offre à sa cathédrale.

IV. — Vitrail central, la Rédemption. Les sept médaillons principaux de ce vitrail, justement célèbre et admirablement conservé, résument l’œuvre de la rédemption du monde. Dans la bordure, quatorze petits sujets latéraux, représentant, des faits de l’Ancien Testament où des animaux symboliques sont destinés à développer la scène centrale et à en donner la signification mystique :
L. B. del.
Verrière centrale de l’abside
La Rédemption.


io L’Annonciation, la Licorne, symbole de l’Incarnation de Notre-Seigneur et Isaïe montrant le texte : Ecce Virgo (concipiet) ; 2o La Nativité, le Buisson ardent et la Toison de Gédéon ; 3o Le Crucifiement, le Sacrifice d’Abraham et le Serpent d’airain ; 4o La Résurrection, Jonas vomi par la baleine et le Lion du Phisiologus de saint Épiphane et des Bestiaires, ressuscitant ses lionceaux ; 5o La Vierge et saint Jean et deux apôtres assistent à l’Ascension. L’Aigle symbolique montre le soleil à ses aiglons, et la Calandre, — le Charadrius des Bestiaires moralisés — tourne la tête vers un mourant pour le guérir en s’envolant ensuite dans les rayons du soleil ; 6o Les autres Apôtres contemplant Jésus montant au ciel : à droite et à gauche, deux anges tiennent des banderoles ; 7o Dans le nimbe amandaire du sommet, le Christ triomphant porte sa croix, adoré par deux anges placés latéralement.

La calandre

Lors d’une première restauration en 1844, l’ordre des sujets fut malencontreusement interverti et en 1904 le vitrail ayant de nouveau subi une remise en plomb, les médaillons furent replacés dans le même désordre.

Notre gravure et notre description rétablissent, pour la première fois, la verrière telle qu’elle a été conçue, et telle qu’elle devrait être rétablie.

V. — Vie de saint Étienne, deuxième patron de la cathédrale.

La luxure

VI. — L’Enfance de Notre-Seigneur. Les Vertus et les Vices. Comme dans la verrière centrale, la bordure renferme une série de petits sujets, mais indépendants des médaillons principaux : io Les Mages se rendent à Bethléem, (sujet moderne), l’Ébriété et la Chasteté : 2o Hérode donne aux Mages ses instructions, la Cupidité et la Charité ; 3o L’Adoration des Mages, l’Avarice et la Largesse ; 4o Les Mages retournent dans leur pays, la Luxure et la Sobriété ; 5o La Fuite en Égypte, la Douleur et la Joie ; 6o Massacre des S. S. Innocents, la Colère et la Patience : 7o La Purification, l’Orgueil et l’Humilité.

VII. — La Résurrection de Lazare.

Vitraux de la partie supérieure de l’abside, XIIIe siècle. — À l’entrée du chœur, à droite et à gauche, quatre fenêtres à trois baies renferment de grandes figures des Prophètes, en pied, d’un très beau caractère, malheureusement très restaurées. Ces différents personnages tiennent de longues banderoles avec des textes de leurs prophéties. À la suite, les douze Apôtres, également très restaurés, sauf saint Pierre et saint Paul. Au centre, le Christ et la Vierge couronnés, assis sur deux trônes, ont sous leurs pieds les armes de la ville de Lyon : de gueules au lion d’argent couronné d’or et du chapitre de saint Jean : de gueules au griffon d’or. Ce vitrail doit être daté de l’extrême fin du XIIIe siècle.

Rose du transept, XIIIe siècle. — Rose septentrionale. — Les Bons et les Mauvais anges à genoux, en adoration devant le Christ assis au sommet, ou précipités la tête en bas, occupent les deux rangées concentriques de douze médaillons. Au centre, l’allégorie de l’Église triomphante, tenant le calice et la croix et dans un des lobes latéraux le donateur du vitrail, le chanoine Arnoud de Colonges 1241-1250, en costume canonial, tenant à la main la rose qu’il offre à la cathédrale. Une inscription le désigne clairement : Li doïens Ernous me fecis {sic) facere.

L. B. del.
Vitraux du haut du chœur, xiiie siècle
Jérémie.

Rose méridionale. — Au centre le Saint-Esprit. Dans la zone médiane, de petites figures d’anges tenant des rouleaux et des cassolettes, La zone extérieure renferme douze médaillons, représentant, à droite le Péché originel dans le Paradis terrestre, et à gauche la Rédemption, depuis l’Annonciation jusqu’à la Résurrection. Ces deux roses, d’un éclat éblouissant, avec dominante rouge au nord et tonalité plus calme, plus violacée au midi, sont, malgré leurs restaurations, dans un bel état de conservation.

Au-dessus du chœur, une rose, plus petite, contient huit médaillons, dont trois seulement sont anciens. Dans la chapelle de la Croix deux verrières du xiiie siècle contiennent les figures des huit patriarches de la généalogie d’Adam, exécutées sur un

Vitrail du haut de l’abside
La Vierge et le Christ.

seul « carton », mais avec des variantes de coloration.

L. B. del.
Vitrail de la chapelle des Bourbons.

Au-dessus de l’autel, un vitrail moderne, parfaite imitation des vitraux à médaillons légendaires du xiiie siècle exécuté par H. Gérente en 1846, représente l’Annonciation, l’Adoration des Mages et la Vierge au pied de la croix. Les Vertus occupent les médaillons de la rose supérieure.

Rose de la façade. — Les médaillons légendaires de cette grande rose présentent en deux rangées concentriques les vies de saint Jean-Baptiste et de saint Étienne, se détachant sur une riche mosaïque. Ils furent exécutés en 1393 par le peintre-verrier Henriet de Nivelle.

Chapelle du Saint-Sépulcre. — Dans les ajours des deux fenêtres on reconnaît les armes du fondateur de la chapelle, Philippe de Thurey : de gueules au sautoir d’or, entourées d’anges musiciens. Ces panneaux peuvent être attribués à Janin Saquerel, vers 1420. La partie inférieure, peinte par Maréchal, représente l’Invention de la Sainte-Croix et une Pieta entourée par les anges, d’une exécution lourde et opaque.

Chapelle des Bourbons. — Les deux grandes baies qui s’ouvrent au midi ont conservé toute la partie haute de leurs anciens vitraux. Ce sont des anges à longues draperies blanches, d’une merveilleuse exécution et s’enlevant sur des fonds bleu gris. Ils chantent des strophes en l’honneur du Saint-Sacrement, inscrites sur des banderoles qu’ils tiennent à la main. L’un de ces anges, portant les armes du cardinal fondateur, est une figure du plus grand style. Au-dessous, des petits génies ailés soutiennent des guirlandes de feuillages. Ce décor fut exécuté de 1501 à 1503 par Pierre de la Paix.

Dans le bas du vitrail, de grandes figures d’un bon dessin, malheureusement d’une exécution trop chargée, et signées Maréchal 1844, représentent, d’une part saint Bonaventure, saint Louis, sainte Isabelle sœur de Saint-Louis, saint Thomas de Cantorbery et de l’autre, l’Adoration des Mages. Les vitraux des fenêtres hautes de la nef ont disparu et furent remplacés au début du xixe siècle par une mise en plomb géométrale, en verres de couleur. On y a conservé seulement un médaillon aux armes de l’archevêque Philippe de Thurey.


Les chapelles. — I. Chapelle Saint-Pierre. — Contemporaine de la construction de l’abside, au côté
Porte et balustrade de la chapelle des Bourbons.

nord, elle est placée aujourd’hui sous le vocable de la Vierge. Sur l’autel, une statue de Notre-Dame est due au ciseau de Maximilien, élève de Canova. Elle conserve les tombes de l’archevêque Jean de Talaru, du gouverneur de Lyon, François de Mandelot, portant la date de 1588, et du cardinal de Bonald, mort en 1870.

II. Chapelle Saint-Thomas. — Un retrait ménagé dans le mur oriental du transept nord constitue une chapelle, réduite à un simple autel, sous le vocable de saint Thomas. Fondée au xiiie siècle, elle fut restaurée en 1443 par le sacristain Henry de Sacconay qui éleva l’autel actuel et le retable de la Renaissance italienne qui le surmonte, divisé en trois niches par des pilastres aux élégantes arabesques.

III. Chapelle de l’Annonciade. — La première en descendant le bas côté nord, elle fut fondée en 1496 par le custode Pierre de Semur et décorée avec une grande richesse. L’autel a disparu, mais il subsiste encore un précieux morceau de sculpture, ornant toute la paroi orientale, dans lequel on retrouve les coquilles et les corniches de la Renaissance mariées aux gables et aux pinacles du xve siècle Les armes du fondateur Pierre de Semur : « d’argent à trois bandes de gueules » occupent, avec de beaux rinceaux, l’étage supérieur. Au-dessus de ce retable, des anges, musiciens et adorateurs, encadrent le Père Éternel supporté par des séraphins. Ces sculptures ornées de peintures sont, pour la région lyonnaise, un très rare spécimen de statuaire polychrome dont le décor a été peut-être trop retouché lors d’une restauration récente.

IV. Chapelle Saint-Michel. — Édifiée en 1448 par le custode Jean de Grôlée, elle a perdu toute sa décoration primitive. L’autel est surmonté d’un retable de style grec, œuvre de Chenavard ; le lourd vitrail moderne représente saint Jubin recevant la confirmation de la bulle de suprématie de l’Église de Lyon, accordée par Grégoire VII en 1079.

À la suite de cette chapelle s’ouvre le passage qui reliait Saint-Jean à Saint-Étienne. Les deux piliers de la porte et leurs chapiteaux en marbre cipolin sont contemporains de l’abside ; les murs du passage, bordés d’arcatures avec chapiteaux à feuillages, sont du xiiie siècle.

V. Chapelle des Saints-Denis et Austregesille

Fondée au xve siècle par le doyen Claude de Gaste, elle contient la pierre tombale du chanoine comte Crémeaux de Pollionay, mort en 1689.

VI. Chapelle Notre-Dame et Saint-Jean-Baptiste. — Elle fut construite de fond en syme vers 1617 par le doyen Jean Meslet de la Besnerie.

VII. Chapelle des Fonts. — La décoration de cette chapelle, élevée seulement en 1622 par l’archidiacre Antoine de Gilbertes, est entièrement moderne. La peinture du retable, le Baptême du Christ, est due au peintre lyonnais T. Tollet et le vitrail à l’auteur de cette notice. Il représente la Faute originelle, l’Annonce de la Rédemption, le Baptême de Clovis et le Baptême d’un prince tartare lors du concile tenu dans la cathédrale de Lyon en 1274.

Au midi, en partant du chœur :

VIII. Notre-Dame du Haut-Don. — Elle est placée sous le vocable de la Croix, depuis la démolition de l’église Sainte-Croix, sous la Révolution. Comme celle du côté nord, cette chapelle est contemporaine du chœur.

IX. La Madeleine. — Dans le mur oriental du transept s’ouvre la porte de la sacristie du Chapitre, fermée par une très belle grille de fer forgé du xviiie siècle. Immédiatement après le transept une porte et un petit porche, de l’extrême fin du xiie siècle, s’ouvrent sur la cour de l’archevêché. À la suite, la chapelle Saint-Raphaël, élevée en 1494, communiquait, au xviiie siècle, avec la maison des Comtes de Lyon, par des ouvertures donnant dans le grand escalier.

XI. Chapelle du Saint-Sépulcre. — Elle fut fondée en 1401 par l’archevêque Philippe de Thurey et construite par Jacques de Beaujeu, le maître de l’œuvre qui acheva les dernières travées de la nef. Elle comprend deux travées séparées par un arc doubleau et voûtées sur arcs d’ogive. Une grande baie élégamment ajourée l’éclairait au levant avant la construction de la chapelle Saint-Raphaël et, à côté de l’autel, une fort belle piscine couronnée d’un gable finement sculpté est engagée dans le mur. Au midi, une porte donnait accès dans l’ancien cloître et tout auprès, une belle arcade géminée avec retombée centrale passe pour être le tombeau de Philippe de Thurey. Ne serait-ce pas plutôt l’encadrement d’un ancien Saint-Sépulcre ? Dans le dallage on voit encore trois pierres tombales très bien conservées, dont les effigies représentent des membres du chapitre en costume de chœur, chape ou chasuble, mitre et gants. Ce sont : le précenteur Guillaume de la Poype, 1287 le bâton cantoral à la main ; les trois d’Amanzé, 1461, 1465, 1479 et une seule pierre pour les de l’Aubépin, de Grôlée et de Varax, également du xve siècle.

XII. Chapelle des Bourbons. — Cette chapelle, justement célèbre, fut fondée en 1486 par le cardinal Charles de Bourbon, archevêque de Lyon et achevée par son frère Pierre, duc de Bourbon et comte de Forez, dans les premières années du xvie siècle. Comme la précédente, elle comprend deux travées et s’ouvre sur le collatéral sud par deux hautes arcades, décorées, comme la voûte, de nervures et de pendentifs. À trois mètres au-dessus du sol

Photo L. Bégule.
Chapelle des Bourbons

règne une galerie ménagée dans l’épaisseur de la muraille, La décoration sculptée, dentelle de pierre ajourée et fouillée avec une prodigieuse délicatesse, est une des merveilles de l’art décoratif au xve siècle. Elle rivalise avec celle de Brou pour la finesse, mais la laisse bien loin derrière elle pour la pureté de style. Aux gorges des piliers, aux formerets, à l’arc doubleau, profondément refouillés, se détachent sur le vide le monogramme du cardinal ainsi que son emblème, le dextrochère avec manipule, tenant un glaive flamboyant. Ailleurs, les chiffres de Charles, Pierre et Suzanne de Bourbon, d’Anne de France et la devise célèbre « N’espoir ne peur » mélangés à des grappes et des feuilles de vigne. Vis-à-vis l’autel, la balustrade de la galerie est ajourée comme une dentelle avec le nom du fondateur, Charles, inscrit en toutes lettres. Au côté méridional, le cerf ailé des Bourbons, enlacé du ceinturon et portant le mot : « Espérance » en lettres gothiques, occupe les ajours. À la corniche, au-dessous, rampent des vignes sauvages et des chardons (emblème de l’ordre de Notre-Dame de Bourbon).

Le cardinal avait voulu être enseveli dans sa chapelle ; son tombeau, splendide mausolée de marbre blanc sur lequel il était représenté agenouillé et les mains jointes, a été détruit par les protestants, en même temps que de nombreuses statues qui garnissaient toutes les niches.

La chapelle est éclairée par une rose flamboyante et deux grandes baies dont les parties supérieures ont conservé leurs anciens vitraux.

Le chœur d’hiver du chapitre. — Après la chapelle des Bourbons, une porte, surmontée d’un arc en plein cintre, fait communiquer les bas côtés avec le cloître du xve siècle en contre-bas de huit marches, et dont il reste encore cinq travées. Cette galerie sert de chœur d’hiver au chapitre. Au tympan intérieur de cette porte, abritée sous un petit porche et qui, primitivement, s’ouvrait sur le préau du cloître, un élégant bas-relief du xive siècle, polychromé et doré, mais en partie mutilé, représente la Vierge-Mère entre deux anges céroféraires.


L’horloge astronomique. — À l’entrée du bras de croix septentrional, on rencontre la célèbre horloge, si populaire à Lyon et universellement connue pour son mécanisme et ses figures automatiques. Dès le xive siècle, Saint-Jean possédait deux horloges, l’une à l’extérieur, l’autre à l’intérieur, la « petite horloge » qui fut saccagée par les protestants, puis restaurée en 1598 par un horloger lyonnais, Hugues Levet, et un bâlois, Nicolas Lippius. Au milieu du xviie, l’instrument fut encore remanié par Guillaume Nourrisson et, à la fin du xviiie siècle, l’horloger Charmy la mit dans l’état où nous la voyons aujourd’hui. Le soubassement de cet instrument compliqué montre, sur des cadrans, un calendrier perpétuel, indiquant les années, les mois, les jours, les fêtes ecclésiastiques, l’office du jour, etc. Le disque intérieur, recouvert d’une rosace ajourée, contient l’almanach ecclésiastique, embrassant une période de 66 ans. Au-dessus, un astrolabe très compliqué présente les phases de la lune, la position du soleil à chaque époque de l’année, etc. Un cadran indique les heures. Un autre cadran ovale, sur la face droite, indique les minutes à l’aide d’une aiguille articulée qui suit exactement le bord extérieur du cadran, sans jamais le dépasser. Lorsque l’heure approche, le coq qui est au sommet de la tour chante trois fois et bat des ailes ; aussitôt des anges jouent sur des clochettes l’hymne de la fête de saint Jean : « ut queant laxis » ; d’autres battent la mesure et renversent le sablier. L’ange Gabriel apparaît, ouvre la porte de la chambre de la Vierge et la salue. Marie se tourne vers lui, le Saint-Esprit descend sur elle sous la forme d’une colombe, et, au-dessus, Dieu le Père bénit par trois fois. Après quoi l’ange s’en va, le lambris se referme ; un suisse majestueux fait le tour de la galerie supérieure et, le carillon terminé, l’heure sonne.


La cathédrale en 1500. — C’est au commencement de la Renaissance qu’il faut se transporter par l’imagination pour se représenter la cathédrale longuement et patiemment élaborée pendant trois siècles et qui apparaît enfin dans toute sa radieuse jeunesse, telle que l’avaient obscurément pressentie les générations successives qui y travaillèrent. Cette période d’épanouissement correspond à la première moitié du xvie siècle. Essayons de revoir le noble édifice tel qu’il était avant la grande dévastation de 1562, dans une atmosphère lyonnaise
Photo L Bégule.
L’horloge
toute pénétrée d’italianisme. C’était alors le temps des « pétrarquisants » lyonnais, subtils et mystiques ; de Maurice Scève et de Louise Labbé, de l’Académie de l’Angélique ; il y eut comme un épanouissement lyonnais éphémère qui marqua la période de splendeur de Saint-Jean.

Dans cette abside surbaissée, somptueusement décorée d’incrustations et dans cet admirable vaisseau, rayonnant de l’éclat de leurs verrières toutes achevées, se déroulait le cérémonial de l’antique liturgie, observée de temps immémorial par un chapitre dont les membres, qui portaient le titre de « Comtes de Lyon » et qui avaient compté parmi eux quatre rois de France, jouissaient des plus hautes prérogatives. Ils avaient eu notamment, pendant de longues années, le droit d’élire l’archevêque et, aussi, de porter la mitre pendant les offices qui étaient chantés avec une austère gravité, de mémoire et sans aucun accompagnement, par un clergé qui, sous Louis XIV, comptait deux cents membres. Le maître-autel, plus enfoncé dans l’abside qu’aujourd’hui, n’était qu’une table rase, ornée de parements d’étoffes plus ou moins riches selon l’importance des fêtes ; tout autour une balustrade de cuivre. De part et d’autre de l’autel, deux croix processionnelles avaient été fixées là, au xiiie siècle, en souvenir du concile général de 1274 où avait été prononcée la réunion des Églises latine et grecque. L’autel n’avait pas de chandeliers : il était éclairé par trente-trois flambeaux posés sur des candélabres de place en place dans le chœur.

Devant l’autel, particularité spéciale à l’église de Lyon, était le « râtelier » rastellarium, sorte de traverse en métal posée sur deux colonnes et supportant sept cierges qui rappelaient les sept chandeliers de la vision de saint Jean l’Évangéliste : seul l’archevêque, officiant dans les grandes solennités, pouvait passer sous ce candélabre.

Dans le chœur, à gauche, près de l’autel, se trouvait le célèbre tombeau du cardinal de Saluces, mort en 1419. Ce mausolée, œuvre de Jacques Morel et dont la description nous est révélée par le prix fait daté du 20 septembre 1420, était une des merveilles de la sculpture française du xve siècle. Tout en marbre, il était orné sur ses faces de dix-huit statues d’albâtre : six apôtres de chaque côté, au chevet un Dieu de Majesté ayant à ses côtés la Vierge présentant à son Fils le cardinal agenouillé : au pied, sainte Catherine entre saint Jean-Baptiste et saint Étienne. À la tête du mausolée le cardinal était représenté à genoux sur un coussin, les mains jointes et appuyées sur un cartouche avec la devise : in sola Dei misericordia spero salvari.

Le chœur, qui renfermait encore d’autres sculptures, était clos par un jubé d’une rare magnificence entre la sixième et la septième travée. Ce jubé passait pour l’un des plus riches de France et était décoré sur le pourtour, à l’intérieur comme à l’extérieur, de précieuses sculptures représentant des sujets de l’Ancien Testament. Pour sa construction, des marbres précieux, des colonnes de jaspe et de porphyre avait été employés à profusion et un grand crucifix recouvert de lames d’argent surmontait la grande porte de sa façade, en travers de la nef. Les chapelles et les autels secondaires, adossés au jubé et à la plupart des piliers, avaient chacun leur vie propre, leurs desservants, leurs dotations et leurs cérémonies particulières. Les chapelles latérales ouvertes successivement dans les collatéraux, entre les contreforts, étaient enrichies de retables, de clôtures et de mausolées, vrais bijoux de pierre et de marbre, ciselés avec des délicatesses d’orfèvre.

Ajoutons l’effet produit à l’intérieur de la cathédrale par les verrières, alors au grand complet dans les fenêtres hautes et dans les chapelles, d’où la lumière descendait, polychromée et adoucie, sur la paix des tombeaux et l’on comprendra quelle pouvait être, aux jours des grandes fêtes, l’impression religieuse d’un pareil vaisseau, encore solennisé par le souvenir des scènes historiques qui s’y étaient déroulées. À l’extérieur, les trente-deux grandes statues en pied des ébrasements des trois portails et du bas de la façade, les innombrables figures d’anges, de prophètes et de saints, alors intactes, qui peuplaient les voussures, toute la faune des innombrables gargouilles animant cette façade couronnée par le Dieu de majesté étincelant de dorures au sommet du pignon.


Les tableaux. — La cathédrale possédait un certain nombre de toiles léguées par le cardinal Fesch et dont quelques-unes n’étaient pas sans valeur. Depuis la loi de séparation d’autres tableaux, provenant de l’Archevêché et du grand Séminaire sont venus en trop grand nombre chercher un refuge sous les voûtes de l’église, dont les lignes sévères n’avaient nul besoin de ce décor encombrant et hétéroclite. Parmi les principaux, on peut citer :

Transept méridional : Mariage mystique de sainte Catherine, œuvre très remarquable de l’école de Rubens. — Descente du Saint-Esprit sur les apôtres, œuvre du milieu du xviiie siècle, signée, Jean Restout. — Chapelle Saint-Raphaël : Flagellation de saint André. — Chapelle du Saint-Sépulcre : saint Vincent de Paul prêchant devant les dames de la cour de Louis XIII, par Meynier, xixe siècle. — Au-dessus de la porte du chœur d’hiver : Présentation au temple, école du xviiie siècle. — Revers de la façade, au-dessus du portail méridional : l’Adoration des Mages, très beau tableau de l’époque Louis XVIII. — Chapelle des fonts : Mort de Louis XIII. — Chapelle Saint-Jean Baptiste : Circoncision, signée, Claude Vignon. — Au-dessus de l’autel : La femme adultère, belle œuvre de l’école du Poussin. — Chapelle Saint-Austrégésille : Présentation, œuvre intéressante du xviiie siècle. — Chapelle Saint-Michel : Baptême du Christ, par Picot. — Transept septentrional, en face de l’horloge astronomique : saint Jean à Pathmos, toile de Lagrenée, 1758.