La Chanson d’Ève/Au long des eaux pâles

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Société du Mercure de France (p. 191-192).

*

Au long des eaux pâles, dans ces vallées
De lune et de saules argentées,
Au bleu crépuscule, deux à deux,
Une main sur l’épaule,
Ou seules,
De lentes Ombres se promènent :
Ce sont les Âmes.

Étrangères à la terre, elles viennent,
— Par quelles voies de nuit profonde
Et quelles landes d’asphodèles ? —
Vers cette étoile de l’Éden,
Où c’est pour elles
L’autre monde.


En vain je demande en leur tendant les bras :
Êtes-vous heureuses ?
Pas une d’elles qui réponde.
Elles ne comprennent pas.
Elles passent silencieuses,
En un pâle sourire ;
Au sein du bonheur elles soupirent.

Ni les roses et leurs arômes,
Ni ces beaux rivages où croît
La fleur de l’hyacinthe et la fleur du dictame,
N’ont dissipé le vague effroi
Et l’amertume de ces âmes ;
Elles ont souffert autrefois.

Ce sont des Ombres ; et l’ombre les enchante…
Sois-leur douce, ô Lumière, touche-les doucement,
Suavité divine, Coupe où le ciel repose,
Dont elles n’approchent qu’en tremblant,
Et les paupières closes.