La Chanson d’Ève/Mes sœurs des fontaines

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Société du Mercure de France (pp. 51-52).

*

Mes sœurs des fontaines,
En riant, cette nuit, me chantent leurs peines.

Comme de longues roses blondes
Elles montent, lentement,
Des eaux, en un ruissellement
De lune et d’onde.

Je les écoute. Leur plainte douce
Me pénètre,
Comme la voix d’une eau qui fuit,
Ou pleure peut-être,
Parmi des mousses,
Dans la nuit.


Et leur voix est lointaine,
Leur si frêle voix.
Elles chantent : sœur humaine,
Est-ce que tu nous vois ?

Oui, leur dis-je, ô mes sœurs, et sur elles
J’ouvre ma bouche ardente qui rit,
Et mes yeux merveilleux d’être émerveillés d’elles.

Et je ris à leurs paroles,
Elles ne savent pas pleurer,
Mais comme de l’onde leur rire tombe,
Mon rire monte.