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La Chanson française du XVe au XXe siècle/Les Deux Notaires

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La Chanson française du XVe au XXe siècle, Texte établi par Jean Gillequin, La Renaissance du livre (p. 274-275).


LES DEUX NOTAIRES


Hé bonjour, maitre Robin ;
Collègue, ouvrez-moi la porte,
C’est un contrat que j’apporte
A parapher ce matin.
La cliente est fort gentille,
Vous savez que c’est la fille
De monsieur André Bontemps ;
Elle a bientôt dix-huit ans.
      Ah ! maitre Le Bègue,
      Mon très cher collègue,
Vous souvenez-vous du temps
Où nous avions dix-huit ans ?
Nous étions de gais compères
      Et nous n’étions pas,
            Hélas !
      Et nous n’étions pas
            Notaires, (bis)

Que nous étions beaux à voir
Au sein de la capitale !
Comme feu Sardanapale
Nous festinions chaque soir.
On disait : Voilà des princes
Qui sortent de leur province.
— Nous disons que le futur
Se nomme monsieur Arthur.
      — Ah ! maitre Le Bègue,
      Mon très cher collègue,
Paris est un bel endroit ;
Nous y faisions notre droit,
Nous étions célibataires
      Et nous n’étions pas,
            Hélas !
      Et nous n’étions pas
          Notaires, (bis)


Te rappelles-tu Clara ?
Parbleu ! c’était la grisette
Avec son nez en trompette,
Ses yeux noirs et cætera.
— Et puis elle était si vive,
Si fidèle, si naïve !
— Hem ! Le régime adopté
Sera la communauté.
      — Ah ! maitre Le Bègue,
      Mon très cher collègue,
Elle m’adorait. — Tais-toi,
Elle était folle de moi.
— Nous étions célibataires,
      Et nous n’étions pas,
            Hélas !
      Et nous n’étions pas
            Notaires, (bis)

Chut ! Robin, tâchons, mon vieux,
De nous regarder sans rire ;
Songe à ce qu’on pourrait dire
Si l’on nous connaissait mieux.
Tu sais bien que mon épouse
Est un tant soit peu jalouse.
— Il faut bien se résigner,
Il ne reste qu’à signer.
      Ah ! maitre Le Bègue,
      Mon très cher collègue,
Vous êtes un scélérat.
N’oublions pas mon contrat.
Nous nous en passions naguère
      Quand nous n’étions pas
            Hélas !
      Quand nous n’étions pas,
            Notaires, (bis)

Gustave Nadaud.


(Heugel et Cie , Éditeurs, Au Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. Paris.)