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La Comédie de la Mort (1838)/Le Spectre de la Rose

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La Comédie de la MortDesessart éditeur (p. 225-226).


LE SPECTRE DE LA ROSE.


Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal,
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée

Des pleurs d’argent de l’arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.

Ô toi, qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser,
Toutes les nuits mon spectre rose
À ton chevet viendra danser :
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme,
Et j’arrive du paradis.

Mon destin fut digne d’envie ;
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d’un aurait donné sa vie,
Car j’ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l’albâtre où je repose
Un poëte, avec un baiser,
Écrivit : Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser.