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La Comtesse de Lesbos/Chapitre 3

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CHAPITRE III.
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Je prends part à la fête.


Le lustre était éteint, une veilleuse éclairait seule la chambre d’une pâle clarté. La comtesse, après avoir passé une chemise de nuit, s’était glissée dans le lit. J’étais assez embarrassé de ma personne en ce moment. Si je ne tente pas l’abordage, comment pourrai-je sortir décemment d’ici le lendemain ? Et si je le tente, comment serai-je reçu par la belle Lesbienne, qui me paraît se soucier fort peu de mes semblables. Tout était barricadé, j’étais bel et bien prisonnier, je ne pouvais sortir que par un coup d’éclat. Vingt fois je mis la main sur le bouton de la porte ; enfin, après une heure d’anxiété, je le tourne doucement, la porte s’ouvre sans bruit ; je tends l’oreille, j’entends à peine la respiration calme de la dormeuse. J’avais quitté mes vêtements et mes chaussures, je m’avance sur la pointe des pieds jusqu’au bord du lit. La comtesse dormait, les lèvres entr’ouvertes, le bras gauche courbé sous la tête ; elle occupait la ruelle d’un lit très large, laissant une grande place à sa droite.

Décidé à tenter l’aventure, quoi qu’il doive en survenir, je soulève les draps et je m’allonge furtivement, sans que la dormeuse fasse un mouvement. Peu à peu ma main s’insinue par l’échancrure de la chemise, et se referme sur un sein rond et satiné, dont le contour la remplit. La belle soupire, bégayant un nom de femme. Advienne que pourra, poussons l’affaire, me dis-je. J’allonge le cou, je pose mes lèvres sur les lèvres entr’ouvertes de la dormeuse, qui d’abord, inconsciente, me rend longuement mon baiser. Ce baiser mit le feu aux poudres ; j’enlace aussitôt la belle, je l’étreins fortement et je l’embrasse à pleine bouche. Ma brusque attaque la réveille, et, sentant que c’est un mâle qui l’assaille, elle s’écrie : « Quelle audace, maître Charles ! Mais je ne vous ai pas sonné, monsieur. Vous savez, d’ailleurs, que je suis revenue sur ma détermination, et que j’ai renoncé à faire l’essai que j’avais projeté pour cette nuit ; vous voyez bien aussi que je suis toute seule ; et ce n’est certes pas sur moi que je voulais tenter l’expérience. Eh bien, qu’attendez-vous pour vous en aller ? Faudra-t-il que je sonne ? — Madame, dis-je aussitôt, ce n’est pas Charles ; c’est… Je n’eus pas le temps d’achever. Assise sur son séant, la comtesse m’avait reconnu à la lueur de la veilleuse ; l’expression de colère qui altérait ses traits, avait fait place à un sourire un peu narquois, quoique bienveillant. « Que voulez-vous de moi, dit-elle ? Mais, au fait, comment êtes-vous là, dans mon lit ? » je lui racontai comment j’avais été amené à me cacher dans la garde-robe, attiré par sa beauté, retenu par mon amour, et comment j’avais surpris son secret, en devenant l’heureux témoin de leurs ébats amoureux. Je m’attendais à la voir se troubler, il n’en fut rien ; elle me répondit d’une voix calme et paisible, que, puisque j’avais son secret, si toutefois le secret était possible avec la transparence de son pseudonyme, je devais être fixé sur son compte, et sur les faveurs que je pouvais en attendre. « Mais ce Charles, pour lequel vous me preniez ! » Elle me raconta sans sourciller, qu’elle avait eu l’intention d’assister aux ébats de ses soubrettes avec son cocher, qui devait prendre par la voie détournée, pendant qu’elle les aiderait par la route naturelle ; et bien qu’elle fut sûre de la discrétion de cet homme pour des raisons particulières, comme d’elle-même, elle y avait renoncé. Puis, brusquement : « Mais vous êtes un homme du monde, vous, on peut se fier à votre discrétion pour l’expérience en question ; d’ailleurs, je vous paierai ainsi ma dette, en vous offrant ce que j’aime le plus au monde, une de mes soubrettes, qui me sont également chères et dévouées. Je vais sonner Mina, qui sera enchantée de s’acquitter pour moi envers mon sauveur, de la façon que vous l’entendrez ; moi, je vous aiderai, mais j’ai résolu de me consacrer exclusivement à mon sexe, après une expérience concluante que j’ai faite du vôtre, et je ne suis pas près de revenir sur ma décision. » — Je protestai de mon amour pour elle, pour elle seule, amour que je ne pouvais pas reporter sur ses suivantes bien-aimées ; elle ne voulut rien entendre, et je me décidai à accepter le pis-aller qu’on m’offrait, comptant bien arriver ainsi à mes fins.

Elle pousse un des boutons qui sont au chevet du lit, et, se levant aussitôt, elle chausse des mules, et s’avance vers la porte qui s’ouvre, donnant passage à la soubrette blonde, qui a passé un peignoir. Après un colloque de deux minutes, les deux mignonnes s’avancent ; Mina, rejetant son peignoir, et retirant sa chemise sans une hésitation, s’élance sur le lit, suivie de sa maîtresse. Sans mot dire, elle relève ma chemise, prend mon priape dans sa main, et, le voyant superbe, menaçant, elle le montre à sa maîtresse d’un air craintif, mais soumis. La comtesse m’indiquant du doigt le devant, puis le derrière, semble me demander lequel des deux je choisis. L’un après l’autre, pensai-je, mais d’abord le plus ardu à prendre ; et, faisant pirouetter la belle fille nue, je prends les deux hémisphères à pleines mains, indiquant le côté que je choisis. La comtesse se voyant départir le lot qu’elle préfère, me remercie d’un sourire ; puis, faisait incliner Mina, elle me fait considérer, le nez sur l’objet, que la mignonne est vierge de ce côté, comme de l’autre d’ailleurs, ajouta-t-elle. C’était un bien doux sacrifice à accomplir, et je voyais que je n’aurais pas besogne facile pour cet étroit réduit. M’agenouillant devant la belle mappemonde, j’essaie, après avoir humecté les bords du sanctuaire et la tête de mon outil, de percer l’orifice ; mais j’ai beau m’escrimer, je reste à la porte. La comtesse, qui me regarde opérer, s’amuse de l’inutilité de mes efforts. Je sentais que la soubrette, malgré son air soumis, s’y prenait moins que je n’aurais cru. Après un quart d’heure de vaines tentatives, je craignais d’être obligé de renoncer à mon entreprise, quand la comtesse, reprise sans doute du désir d’assister au divertissement, disparaît un moment dans la chambre voisine, et revient bientôt, suivie des deux autres soubrettes, complètement nues. Elles ont sans doute reçu des instructions précises, car Lola, embrassant la croupe de la patiente dans ses bras, la maintient immobile, tandis que Lison écarte brutalement les bords resserrés du bout des doigts, élargissant l’entrée devant la pointe qui la menace ; le gland s’y glisse enfin, la belle éclate en gémissements, mais, insensible à ses lamentations, je pousse en avant, la verge rentre peu à peu dans la gaine serrée, et, grâce au secours qu’on lui prête, elle s’y enfonce bientôt jusqu’à la garde. Lison tient toujours les bords écartés, facilitant le va-et-vient de la grosse machine. Cependant, la comtesse se glisse sous l’empalée, qui gémit toujours et la gamahuche follement, l’aidant à me suivre au paradis. Lison lâche les bords qui se resserrent sur mon engin comme un étau, mais je continue mes vigoureuses poussées, et bientôt mon membre écrasé entre les parois rétrécies, lance des jets brûlants dans la fournaise, tandis que la besognée rugit de volupté sous l’ardente caresse de sa folle maîtresse.

Les deux soubrettes ont disparu ; Lola, en jetant un regard de convoitise sur mon priape. La comtesse revient avec Mina du cabinet de toilette, où je trouve, à mon tour, toutes les commodités de la vie. Quand je reviens, les deux belles créatures, toutes nues, sont sur le lit ; Mina, caressant la grotte d’amour de sa maîtresse du bout pointu de sa langue rose. La comtesse, sans interrompre le divertissement, me dit que, maintenant qu’elle ne me redoute plus, elle me permet d’assister à leurs ébats, bien sûre que je ne suis pas dangereux immédiatement, et que je suis inoffensif pour quelque temps. Ces paroles demandaient une explication, que j’eus plus tard ; le mari de la comtesse, le seul mâle dont elle eût tâté, était vanné pour huit jours après une simple escarmouche. J’ai bien ri, depuis, de la crédulité à laquelle je dus une prompte victoire, qui aurait pu, sans cela, se faire attendre longtemps.

« Au fait, me dit-elle, en me montrant l’exercice auquel se livrait Mina, peut-être êtes-vous versé dans cet art. Si vous voulez remplacer la mignonne, que vos exploits ont un peu lassée, je puis bien vous permettre ça. » — Je m’empresse d’accepter cette offre séduisante, et quand la soubrette a regagné sa chambre, je viens prendre sa place devant le superbe minet.

La toison, que je n’avais guère qu’entrevue à travers la porte vitrée, est vraiment remarquable par sa forme triangulaire, son amplitude, sa couleur, sa finesse, après l’avoir admirée, caressée longuement avec les doigts, j’y cache toute ma figure. Quand j’écarte les touffes, qui masquent l’entrée du sanctuaire, je m’aperçois que la fente est encore très étroite, et que les ravages causés par le mari n’ont guère laissé de traces ; à peine l’hymen est rompu ; c’est presque un pucelage que j’ai sous les yeux. Une pareille aubaine eut réchauffé le membre le plus engourdi, et le mien n’avait pas besoin de cette découverte pour redonner des preuves de sa vigueur. Le clitoris qui ressort sur le bord, amplement développé, est un indice que la comtesse doit être très sensible et très prompte au plaisir. Je commence le jeu, qui plaît tant à la charmante gougnotte, et je lui prouve, en quelques passes savantes, que je n’ai rien à apprendre de la plus habile des Lesbiennes. Après m’avoir témoigné un agréable étonnement, elle se tait, car j’ai recommencé ma manœuvre, et quand elle va être heureuse pour la seconde fois, que son orifice se dilate, bâillant sous ma chaude caresse, je me jette sur son corps, et, avant qu’elle soit revenue de sa surprise, en trois coups de reins vigoureux et rapides, je loge mon priape dans le vagin, où il glisse assez facilement dans les parois lubréfiées. Alors seulement, par de brusques soubresauts, la vaincue cherche à me désarçonner ; je la maintiens sous ma rude étreinte ; et nous étions, l’un et l’autre, si près du bonheur, que la résistance de la belle cesse bientôt ; et quand je l’inonde des preuves brûlantes de mon amour, elle remue convulsivement les fesses, se tordant pâmée dans mes bras, me rendant en morsures sur mes lèvres mes baisers ; et elle s’évanouit sous mon corps.

D’abord cette immobilité m’effrayait ; les yeux fermés, la bouche entr’ouverte, elle restait inerte sans mouvement. Cependant son sein battait, sa gorge se soulevait ; je prends un bouton dans ma bouche, je le suce, je le roule, je le tète, puis, je reprends les lèvres, en m’étendant sur le corps ; la douce chaleur qui s’en dégage, l’ardeur que son vagin brûlant communique à mon priape, toujours prisonnier, lui rendent bientôt toute sa vigueur, et je livre un nouvel assaut. Aux premières secousses, je sens la belle palpiter sous mon corps, unissant ses mouvements aux miens, m’entourant de ses bras, se collant à moi, prenant mes lèvres, pointant sa langue dans ma bouche, et jouissant follement quand je ne suis qu’à moitié chemin. Se reprenant aussitôt à me suivre, elle se trémousse, et me seconde si bien, qu’à la fin de l’escarmouche elle mêle sa rosée à la liqueur que je répands dans le centre des délices.

Un quart d’heure après, étonnée de voir maître Jacques en état de soutenir brillamment une nouvelle lutte, elle me demande si le gaillard était toujours ainsi. Je lui expliquai le phénomène de l’érection, pendant qu’elle caressait émerveillée le bel engin, qui grossissait à vue d’œil dans ses petites mains blanches et douces. Elle me raconta ensuite comment et pourquoi elle avait vécu jusqu’ici dans la croyance que ledit bijou avait besoin d’un long repos après chaque assaut. Quand je lui eus dit, qu’il ne fallait pas en abuser, elle voulut recommencer tout de suite. « Ce sera ma vengeance, » dit-elle. Elle éprouva quatre fois jusqu’au jour, que si la vengeance est le plaisir des dieux, elle est aussi celui des déesses.

Elle n’eut pas un mot de reproche, pas une récrimination sur ce qui s’était passé, pas une allusion à ma brutalité. Son aversion pour les porte-verges, étant basée sur une erreur physiologique, que je venais de détruire, il était possible que mon traitement homéopathique l’eut guérie de son aversion, sans toutefois la guérir de sa passion dominante. En nous séparant au jour, il fut convenu que nous ne nous reverrions que le lendemain soir, avenue de Messine ; la comtesse devant regagner Paris le jour même.


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